Form and Substance in the Religions Quotes

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Form and Substance in the Religions (The Writings of Frithjof Schuon) Form and Substance in the Religions by Frithjof Schuon
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“il faut dire que les progressistes ne se trompent pas tout à fait quand ils estiment qu’il y a quelque chose, dans la religion, qui ne va plus ; en fait, l’argumentation individualiste et sentimentale avec laquelle opère la piété traditionnelle ne mord plus guère sur les consciences, et il en est ainsi, non seulement pour la simple raison que l’homme moderne est irréligieux, mais aussi parce que les arguments religieux habituels, n’allant pas suffisamment au fond des choses et n’ayant d’ailleurs pas eu besoin autrefois de le faire, sont quelque peu usés psychologiquement et ne répondent pas à certains besoins de causalité. C’est un phénomène paradoxal que les sociétés humaines, si d’une part elles dégénèrent avec le temps, accumulent d’autre part des expériences en vieillissant, ces dernières fussent-elles mêlées d’erreurs ; c’est ce dont devrait tenir compte une « pastorale » soucieuse d’efficacité, non en puisant des directives nouvelles dans l’erreur commune, mais au contraire en utilisant des arguments d’un ordre supérieur, intellectuel et non sentimental ; de la sorte, on sauverait au moins quelques-uns, — et un plus grand nombre qu’on ne serait tenté de supposer, — alors qu’avec la « pastorale » scientiste et démagogique on ne sauve personne.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“C’est un abus de langage des plus pernicieux que d’appeler des « sages » les savants physiciens, dont l’intelligence — hormis leur génie s’ils en ont — est en général tout à fait moyenne, et qui ignorent tout ce qui dépasse le monde physique, donc tout ce qui constitue la sagesse. On n’a jamais tant parlé d’« intelligence » et de « génie » qu’à notre époque de nuit intellectuelle, et il n’a jamais été aussi difficile de s’entendre sur le sens de ces mots ; ce qui est certain, c’est que les hommes n’ont sans doute jamais été plus rusés et plus ingénieux que de nos jours. De l’« intelligence », il y en a à revendre, mais la vérité, c’est tout autre chose.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“One of the most pernicious abuses of language is to call erudite physicists “wise”; their intelligence—notwithstanding their genius—if they have any—is usually very ordinary and ignores all that transcends the physical world, in other words, everything that constitutes wisdom. Never has there been more talk of “intelligence” and “genius” than in our epoch of intellectual night, and never has it been more difficult to agree on the meaning of these words; what is certain is that men have probably never been so cunning and ingenious as in our day. There is plenty of “intelligence” to spare, but truth is something altogether different.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“Chez l’homme marqué par le scientisme, l’intuition des intentions sous-jacentes a disparu, et non seulement cela ; le scientisme, axiomatiquement fermé aux dimensions suprasensibles du Réel, a doté l’homme d’une crasse ignorance et a faussé l’imagination en conséquence. La mentalité moderniste entend réduire les anges, les démons, les miracles, bref, tous les phénomènes non matériels et inexplicables en termes matériels, à du « subjectif » et du « psychologique », alors qu’il n’y a là pas le moindre rapport, si ce n’est que le psychisme est lui aussi – mais objectivement - fait de substance extra-matérielle … Quoiqu’il en soit, la déficience de la science moderne porte essentiellement sur la causalité universelle ; on nous objectera sans doute que la science ne s’occupe pas de causalité philosophique, ce qui est faux, car tout l’évolutionnisme n’est pas autre chose qu’une hypertrophie imaginée en fonction de la négation de causes réelles, et cette négation matérialiste aussi bien que sa compensation évolutionniste, relève de la philosophie et non de la science.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“Se convertir d’une religion à une autre, c’est non seulement changer de concepts et de moyen, mais aussi remplacer une sentimentalité par une autre. Qui dit sentimentalité, dit limitation : la marge sentimentale qui enveloppe chacune des religions historiques prouve à sa manière la limite de tout exotérisme et par conséquent la limite des revendications exotériques. Intérieurement ou substantiellement, la revendication religieuse est absolue, mais extérieurement ou formellement, donc sur le plan de la contingence humaine, elle est forcément relative ; si la métaphysique ne suffisait pas pour le prouver, les faits eux-mêmes le prouveraient.

Plaçons-nous maintenant, à titre d’exemple, au point de vue de l’Islam exotérique, donc totalitaire : aux débuts de l’expansion musulmane, les circonstances étaient telles que la revendication doctrinale de l’Islam s’imposait d’une façon absolue ; mais plus tard, la relativité propre à toute expression formelle devait apparaître nécessairement. Si la revendication exotérique — non ésotérique — de l’Islam était absolue et non relative, aucun homme de bonne volonté ne pourrait résister à cette revendication ou à cet « impératif catégorique » : tout homme qui lui résisterait serait foncièrement mauvais, comme c’était le cas aux débuts de l’Islam, où on ne pouvait pas sans perversité préférer les idoles magiques au pur Dieu d’Abraham. Saint-Jean Damascène avait une fonction élevée à la cour du calife de Damas (4) ; il ne s’est pas converti à l’Islam, pas plus que ne le fit Saint-François d’Assise en Tunisie ni saint Louis en Egypte, ni saint Grégoire Palamas en Turquie (5). Or, il n’y a que deux conclusions possibles : ou bien ces saints étaient des hommes foncièrement mauvais, — supposition absurde puisque c’étaient des saints, — ou bien la revendication de l’Islam comporte, comme celle de toute religion, un aspect de relativité ; ce qui est métaphysiquement évident puisque toute forme a des limites et que toute religion est extrinsèquement une forme, l’absoluité ne lui appartenant que dans son essence intrinsèque et supraformelle. La tradition rapporte que le soufi Ibrāhīm ben Adham eut pour maître occasionnel un ermite chrétien, sans que l’un des deux se convertît à la religion de l’autre ; de même la tradition rapporte que Seyyid Alī Hamadānī, qui joua un rôle décisif dans la conversion du Cachemire à l’Islam, connaissait Lallā Yōgīshwari, la yōginī nue de la vallée, et que les deux saints avaient un profond respect l’un pour l’autre, malgré la différence de religion et au point qu’on a parlé d’influences réciproques (6). Tout ceci montre que l’absoluité de toute religion est dans la dimension intérieure, et que la relativité de la dimension extérieure devient forcément apparente au contact avec d’autres grandes religions ou de leurs saints.
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(4) C’est là que le saint écrivit et publia, avec l’acquiescement du calife, son célèbre traité à la défense des images, prohibées par l’empereur iconoclaste Léon III.
(5) Prisonnier des Turcs pendant un an, il eut des discussions amicales avec le fils de l’émir, mais ne se convertit point, pas plus que le prince turc ne devint chrétien
(6) De nos jours encore, les musulmans du Cachemire vénèrent Lallā, la Shivaïte dansante, à l’égal d’une sainte de l’Islam, à côté de Seyyid Alī ; les hindous partagent ce double culte. La doctrine de la sainte se trouve condensée dans un de ses chants : « Mon gourou ne m’a donné qu’un seul précepte. Il m’a dit : du dehors entre dans ta partie la plus intérieure. Ceci est devenu pour moi une règle ; et c’est pour cela que, nue, je danse » (Lallā Vākyāni, 94)”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“L'Islam a perpétué jusqu'à nos jours le monde biblique, que le Christianisme, une fois européanisé, ne pouvait plus représenter ; sans islam, le Catholicisme eût vite fait d'envahir tout le Proche Orient, ce qui eût signifié la destruction de l'Orthodoxie et des autres Eglises d'Orient et la romanisation – donc l'européanisation – de notre monde jusqu'aux confins de l'Inde ; le monde biblique serait mort. On peut dire que l'Islam a eu le rôle providentiel d'arrêter le temps – donc d'exclure l'Europe – sur la partie biblique du globe et de stabiliser, tout en l'universalisant, le monde d'Abraham, qui fut aussi celui de Jésus ; le Judaïsme étant émigré et dispersé, et le Christianisme s'étant romanisé, hellénisé et germanisé, Dieu « se repentit » - pour employer le mot de la Genèse – de ce développement unilatéral et suscita l'Islam, qu'il fit surgir du désert, ambiance ou arrière-plan du Monothéisme originel. Il y a là un jeu d'équilibre et de compensation dont les exotérismes ne sauraient rendre compte, et il serait absurde de le leur demander (1).

(1) Titus Burckhardt, ayant lu ces lignes, nous a communiqué au sujet du cycle Abraham-Mohammed les réflexions suivantes : « Il est significatif que la langue arabe soit la plus archaïque de toutes les langues sémitiques vivantes : son phonétisme conserve, à un son près, tous les sons indiqués par les plus anciens alphabètes sémitiques, et sa morphologie se retrouve dans le célèbre code de Hammourabi, qui est à peu près contemporain d'Abraham. » - « En fait, la Mecque avec la Kaaba construite par Abraham et Ismaël, est la ville sacrée oubliée, - oubliée à la fois par le Judaïsme, qui ignore le rôle prophétique d'Ismaël, et par le Chrisianisme, qui a hérité le même point de vue. Le sanctuaire de la Mecque, lequel est au Prophète ce que le Temple de Jérusalem est au Christ, - en un certain sens tout au moins, - est comme la « pierre rejetée par les bâtisseurs » et qui devient la pierre d'angle. Cette oublie du sanctuaire ismaélien, en même temps que la continuité Abraham-Ismaël-Mohammed, - le Prophète arabe étant de descendance ismaélienne, - ce double facteur nous montre comment l'économie divine aime à combiner le géométrique avec l'imprévu. Sans aucune importance est ici l'opinion de ceux qui voient dans l'origine abrahamique de la Kaaba un mythe musulman rétrospectif, et qui perdent totalement de vue que les anciens Arabes possédaient une mémoire généalogique à la fois extraordinaire et méticuleuse, comme d'ailleurs la plupart des nomades ou semi-nomades.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“Abraham fut avant Moïse ; Mohammed dût par conséquent apparaître après Jésus ; le « cycle miraculeux » allant du Sinaï au Christ se trouve comme encadré – temporellement parlant – par un autre cycle parallèle et d'un caractère très différent c'est-à-dire marqué davantage par la seule Vérité monothéiste, dans tout ce qu'elle comporte d'absolu et de salvateur par sa nature même, et épris de simplicité primordiale et de transcendance « platonicienne » ; l'Islam comme l'Abrahamisme sont fondamentalement des religions nomades sans histoire, et brûlés par ce Soleil divin toujours présent et toujours éternel. Devant ce Soleil, l'homme n'est rien : que le Khalif Omar conquière une partie du monde antique ou que le Prophète traie sa chèvre, revient presque au même ; c'est dire qu'il n'y a pas de « grandeur humaine » au sens profane et titanesque, qu'il n'y a donc pas d'humanisme fauteur de vaines gloires ; la seule grandeur admise et durable est la sainteté, et celle-ci appartient à Dieu.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“Comme le Christianisme, l'Islam enseigne que Jésus n'a pas eu de père humain, qu'il est « Parole de Dieu », qu'il est né d'une Vierge et que lui et cette Vierge-Mère ont le privilège unique de ne pas avoir été « touchés par le diable » au moment de leur naissance, ce qui indique l'Immaculée Conception ; comme il est impossible même au point de vue musulman que tous ces privilèges incomparables n'aient une signification secondaire, qu'ils ne se soient produits qu'« en passant » et sans laisser de traces décisives, les chrétiens se demanderont comment les musulmans peuvent sans contradiction concilier cette sublimité avec la foi en un Prophète subséquent. Pour le comprendre, - tout argument métaphysique mis à part, - il faut tenir compte de ceci: le Monothéisme intégral comporte deux lignées distinctes, israélite l'une et ismaélienne l'autre ; or, alors que dans la lignée israélite Abraham se trouve pour ainsi dire renouvelé ou remplacé par Moïse, - la Révélation sinaïtique étant comme un second commencement du Monothéisme, - Abraham reste toujours le Révélateur primordiale et unique pour les fils d'Ismaël. Le miracle sinaïtique appelait le miracle messianique ou christique : c'est le Christ qui, à un certain point de vue, clôt la lignée mosaïque et clôt la Bible, glorieusement et irrévocablement. Mais ce cycle allant de Moïse à Jésus, ou du Sinaï à l'Ascension, n'englobe précisément pas tout le Monothéisme : la lignée ismaélienne, et toujours abrahamique, se situait en dehors de ce cycle et restait en quelque sorte disponible ; elle appelait à son tour un achèvement glorieux, de caractère non sinaïtique et christique, mais abrahamique et mohammédien, et en un certain sens « désertique » et « nomade »”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“Le monde, quels que puissent être ses contenus permanents ou transitoires, ne se détache jamais de Dieu ; il est toujours cette substance céleste tombée dans un néant et durcie dans le froid de l’éloignement ; les limites des choses et les calamités qui en résultent en témoignent. Le sage voit dans les choses et à travers elles l’origine divine devenue lointaine, et aussi — en considérant les limitations et les misères — le point de chute qui est inéluctable, et où s’écrasera finalement le monde ; il discerne dans les phénomènes le flux et le reflux, l’expansion et le retour, le miracle existentiel et la limite ontologique.

Mais, surtout, le soufi perçoit par l’« œil du cœur » que « toute chose est Lui » ; le monde, tout en n’étant point Dieu sous le rapport de son existence particulière, n’en est pas moins « l’Extérieur » sous le rapport de sa possibilité profonde ou du miracle permanent auquel il est accroché à tout moment et sans lequel il s’effondrerait dans le néant ; en un sens, il n’est pas Dieu, mais en un autre sens, il « n’est autre que Lui » en vertu de sa causalité divine. Il se peut que les mots ne sauront jamais rendre compte d’une manière satisfaisante de ce mystère ; mais, en un certain point, le monde « est Dieu », ou il n’est pas. Dieu n’est pas le monde, et c’est pour cela, précisément, qu’il est impossible de parler de « l’Extérieur » sans parler aussi de « l’Intérieur » ; le premier n’est vrai que par le second.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions
“L'erreur classique des rationalistes à l'égard des démonstrations métaphysiques, c'est de croire que le métaphysicien admet sa thèse en fonction des arguments qu'il présente, que cette thèse est par conséquent une simple conclusion et qu'elle s'effondre dès qu'on dénonce les points faible qu'on s'ingénie à découvrir, ce qui est toujours facile puisque les données de la démonstrations échappent à l'expérience courante ; en réalité – nous l'avons dit plus d'une fois – les arguments métaphysiques ne sont pas les causes de la certitude, ils en sont les effets ; c'est dire que la certitude dont il s'agit, tout en étant un phénomène subjectif, est faite d'objectivité puisqu'elle est entièrement fonction d'une Réalité qui est indépendante de notre esprit.”
Frithjof Schuon, Form and Substance in the Religions