Sortir de notre impuissance politique Quotes
Sortir de notre impuissance politique
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Geoffroy de Lagasnerie286 ratings, 4.26 average rating, 33 reviews
Sortir de notre impuissance politique Quotes
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“La catégorie de désobéissance civile tend à séparer la dissidence ordinaire (c’est-à-dire la délinquance des classes populaires, quotidiennes…), qui devrait être sanctionnée, de la désobéissance civile - c’est-à-dire la délinquance de la classe moyenne -, qui, elle, serait « morale » et donc devrait échapper à la répression. La classe moyenne blanche considère ainsi sa délinquance à elle comme morale, digne, chic, contrairement à celle des classes populaires - les seconds sont des délinquants, les premiers des citoyens exposés à la criminalisation… (p. 51-52)”
― Sortir de notre impuissance politique
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“J’insiste sur le fait que, comme pour toute autre action, la question de la violence ne doit jamais être discutée du point de vue de la légalité. La Légalité n’importe pas et nous devons rompre avec tout légalisme éthique - la Loi n’a pas de contenu éthique parce que, en dernière instance, elle est seulement la volonté particulière d’autres individus qui est parvenue à s’imposer dans le système politique et à être soutenue par la police. D’ailleurs, lorsque l’argument de la légalité est présenté par les autorités, il ne faut jamais oublier de rétorquer que la personne la plus condamnée de France est le préfet de police de Paris, avec 135 condamnations pour entrave au droit d’asile en 2016. Puisque les hommes et les femmes d’État savent s’affranchir de la Loi pour leurs propres objectifs, il n’y a aucune raison que nous ne puissions faire de même. Ce qui compte, toujours, c’est la justice et l’éthique - et la conformité à la Loi n’est pas un critère pertinent pour l’analyse. Quelque chose peut être légal et répugnant (la morte de Trayvon Martin) et quelque chose peut être hors du droit et pur (la fuite d’Edward Snowden par exemple). Nous ne devons jamais utiliser les catégories de légalité ou d’illégalité pour évaluer nos actions ou celles des autres.”
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“Quand vous vous définissez comme non violent, en fait, d’un point de vue holistique, vous acceptez tout simplement de laisser le monopole de la violence à l’État, vous ratifiez le fait que lui se donne le droit de limiter votre action et éventuellement, de vous bousculer, de fixer les limites de vos manifestations et de vous arrêter - et vous vous laissez faire. Dire « Je suis non violent», ce n’est pas être contre la violence. C’est dire : « Je suis favorable à la violence d’État et j’accepte de ne pas me défendre contre elle. » (p. 47)”
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“Le droit est l’un des rares pouvoirs qui peuvent contraindre un gouvernement à reculer ou à agir - peut-être est-ce même le seul. C’est la raison pour laquelle nous devrions essayer le plus possible de l’investir comme un instrument de lutte : porter plainte contre l’État, multiplier les guérillas juridiques, utiliser le droit européen et international, faire preuve d’imagination juridique. Nous devons considérer ce champ comme l’un des lieux évidents de l’action radicale. (p. 47)”
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“Il y a eu de nombres exemples, ces dernières années, de recours à l’action directe : les associations qui affrètent des bateaux pour secourir les migrants qui se noyaient dans la Méditerranée, Carola Rackete qui force en 2019 un blocus italien pour débarquer des hommes et femmes sauvés en mer vers le port de Lampedusa, Cédric Herrou et les militants qui apportent aux migrants aide et assistance, celles et ceux qui réquisitionnent des logements vides pour y loger là encore des migrants ou des mineurs isolés, des antifascistes qui se mobilisent pour empêcher un rassemblement d’extrême droite ou la signature d’un auteur réactionnaire… En un sens, les actes des lanceurs d’alerte qui publient des documents en ligne ressortissent à la même catégorie puisque l’on peut assimiler ces pratiques à du sabotage : perturber le fonctionnement d’une institution de l’intérieur de l’institution. C’est probablement en France l’association 269 Libération animale, peut-être l’un des groupes les plus innovants politiquement actuellement, qui en fait l’usage le plus beau et le plus conséquent : au lieu de se contenter de faire des vidéos d’abattoirs, dont l’effet se limite souvent au fait de distribuer des peines aux ouvriers qui y travaillent, ses membres libèrent des animaux sur le point d’être exécutés dans des abattoirs puis les installent et les laissent vivre dans des sanctuaires, sorte d’utopie pratique réalisée, dont sont absentes les logiques de l’exploitation animale […]. Lorsque le Black Panther Party organisa en 1967 des patrouilles armées pour policer la police et veiller à ce qu’elle respecte la Loi et la constitution, et la menaçait d’intervenir dans le cas contraire, puis lorsqu’il mit en place des programmes de santé, d’éducation, et de distribution alimentaire dans les quartiers noirs pour remplacer le gouvernement défaillant, c’est aussi de l’action directe qu’il développa. (p. 43-44)”
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“Les formes politiques que nous mobilisons et que nous prenons pour des modes d’action sont en réalité des rituels dénués d’efficacité. Nous confondons la politique et le spectacle et ce que nous appelons « lutter » ressortit très souvent à du « happening » : nous nous mettons en scène sur le mode du comme si, nous nous signifions comme sujet luttant… sans prendre le temps de nous demander ce que signifierait véritablement lutter. Comme si, en fait, nous préférions les gains psychiques et subjectifs - narcissiques - de la lutte à l’obtention d’une victoire réelle. Peut-être y a-t-il même à gauche une forme d’angoisse de la victoire et que le recours à des formes inoffensives procède du désir inconscient de ne jamais accéder au pouvoir - quand cette ambition est, au contraire, un désir assumé des gens de droite qui n’ont aucun problème avec l’exercice de la puissance. (p. 39-40)”
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“[…] on peut se demander si le fait que nous élaborions nos discours, sans doute parfois de manière inconsciente, en direction des dominants ou de nos ennemis ne peut pas constituer une sorte de perte de temps et aboutir au développement de stratégies rhétoriques vouées à l’échec : lorsque nous nous adressons au ministre de l’Intérieur à propos des pratiques policières, au ministre du Travail à propos des réformes du chômage, peut-on réellement espérer les faire changer d’avis ? À quoi sert même de leur parler, de s’adresse à eux, de discuter ? Qu’espère-t-on ? Toute personne qui a regardé des « débats » à l’Assemblée nationale sait que des arguments puissants et rationnels ne changent rien à la conviction du groupe majoritaire… L’adresse aux dominants ne pourrait-elle pas être l’une des formes de l’impuissance politique - c’est-à-dire l’une de ces formes d’action qui nous enferment et nous piègent dans l’ineffectivité à mesure qu’elles se développent ?”
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“Günther Anders ancre son acceptation du recours à la violence dans une critique des formes traditionnelles de la contestation. Il dit que la contestation contemporaine prend la plupart du temps deux formes : soit des formes joyeuses, comme la manifestation, où nous chantons et sourions, soit des formes autosacrificielles, dont la grève de la faim est la modalité la plus extrême et la grève la modalité plus courante, où nous nous faisons souffrir nous-mêmes. Mais dans les deux cas, Anders s’interroge : comment de telles modalités pourraient-elles faire plier les gouvernants et ceux qui nous menacent ? Ces méthodes qui définissent ce que nous appelons les « pratiques de la lutte », ne lui semblent pas susceptibles de modifier les comportements des dominants. (p. 16)”
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