Le génocide voilé Quotes

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Le génocide voilé: Enquête historique Le génocide voilé: Enquête historique by Tidiane N'Diaye
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“Le terme de génocide est souvent employé pour qualifier la traite et l'esclavage pratiqués par l'Occident. Alors qu'il convient de reconnaître que dans la traite transatlantique un esclave, même déshumanisé, avait une valeur vénale pour son propriétaire. Ce dernier le voulait d'abord efficace, mais aussi rentable dans le temps, même si son espérance de vie était des plus limitées. Il est sans doute difficile d'apprécier l'importance de la saignée subie par l'Afrique noire au cours de la traite transatlantique. Du Bois l'estime à environ quinze à vingt millions d'individues. P. Curtin, quant à lui, en faisant une synthèse des travaux esistants, aboutit en 1969 à un total d'environ neuf millions six cent mille escales importés, surtout dans le Nouveau Monde, plus faiblement en Europe et à São Tomé, pour l'ensemble de la période 1451-1870. Mais quelle que fût l'ampleur de cette traite, il suffit d'observer la dynamique de la diaspora noire qui s'est formée au Brésil, aux Antilles et aux États-Unis, pour reconnaître qu'une entreprise de destruction froidement et méthodiquement programmée des peuples noirs, au sens d'un génocide — comme celui des Juifs, des Arméniens, des Cambodgiens ou autres Rwandais —, n'y est pas prouvée.

Dans le Nouveau Monde la plupart des déportés ont assuré une descendance. De nos jours, plus de soixante-dix millions de descendants ou de métis d'Africains y vivent. Voilà pourquoi nous avons choisi d'employer le terme d'«holocauste» pour la traite transatlantique. Car ce mot signifie bien sacrifice d'hommes pour le bien-être des autres hommes, même si cela a pu entraîner un nombre incalculable de victimes. En outre, la plupart des nations occidentales impliquées dans le commerce triangulaire ont aujourd'hui reconnu leur responsabilité et prononcé leur aggiornamento. La France, entre autres, l'a fait une loi — qualifiant la traite négrière et l'esclavage de «crime contre l'humanité» — votée au Parlement le 10 mai 2001. Ce qui a marqué clairement un changement d'attitude chez les Français face à une page de leur histoire jusqu'alors mal assumée. D'autres voix se sont élevées pour présenter les excuses d'un pays, telle celle du président Clinton, ou demander «pardon pour les péchés commis par l'Europe chrétienne contre l'Afrique» (Jean-Paul II, en 1991, à Gorée).

[...]

Seul le génocide des peuples noirs par les nations arabo-musulmanes n'a toujours pas fait l'objet de reconnaissance aussi nette. Alors que ce crime est historiquement, juridiquement et moralement imprescriptible. Car bien qu'il n'y ait pas de victimes ni de coupables hérédiatires, les descendants des peuples impliqués ne peuvent refuser d'assumer une certaine responsabilité. On pouvait cependant espérer que les résolutions adoptées par la conférence de l'ONU à Durban (2-9 septembre 2001) iraeient dans ce sense. Mais dans l'esprit, l'acte, si solennel fût-il, n'était qu'une entreprise fallacieusement orientée, doublée d'une dénonciation sélective. Durban n'a pas donné une vision d'ensemble honnête et objective de la terrible «tragédie noire» passée. Puisque, de nos jours encore, beaucoup associent par réflexe traite négrière au seul traffic transatlantique organisé à partie de l'Europe et des Amériquees, qui a conduit à la mort ou à la déportation de millions d'Africains dans le Nouveau Monde.

La confusion vient du fait que la colonisation européenne de l'Afrique noire avec son système de travail forcé a suivi la fin de la traite transatlantique, ce qui incite à assimiler les deux évènements. Alors que la traite et le travail forcé des peuples noirs n'ont pas été une invention des nations européennes.”
Tidiane N'Diaye, Le génocide voilé: Enquête historique
“Si la ponction transatlantique a duré du XVIe au XIXe siècle environ, les Arabo-Musulmans ont razzié les peuples noirs du VIIe au XXe siècle. Du VIIe au XVIe siècle, pendant près de mille ans, ils ont même été les seuls à pratiquer ce misérable négoce, en déportant près de dix millions d'Africains, avant l'entrée en scène des Européens. Car le continent noir ne fut définitivement connu des Occidentaux, sous son nom et à sa place actuelle, qu'à partir de 1499, lorsqu'il fut visité pour la première fois par Vasco de Gama à son retour de l'Inde. Alors que l'arrivée des Arabes, qui les ont précédés, n'inaugura pas «cent ans de solitude» pour les peuples noirs, mais mille ans de supplices abominables.”
Tidiane N'Diaye, Le génocide voilé: Enquête historique