Journal Quotes
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Valery Larbaud5 ratings, 3.80 average rating, 0 reviews
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“Ils chantent les chansons entendues partout, et dont beaucoup de voyageurs étrangers fredonnent les refrains, en écoutant, debout sur le pont, ils chantent, naturellement, Santa Lucia, Addio, mia bella Napoli, Margherita, mais c'est l'Italie qui nous salue ainsi à notre départ, avec sa musique toute spirituelle, dont on ne sait pas au juste si c'est de la joie contenue ou des larmes prêtes à couler.
Minuit sonne à Saint-Marc ; c'est le seul bruit que Venise nous envoie. Les habituels préparatifs de la mise en marche s'accomplissent sans trop de grincement. Un petit torpilleur, avec trois lanternes aux couleurs italiennes, s'est placé derrière la Vénus et, au départ, il nous escorte rasant le bord extrême d'écume blanche que fait l'hélice en mouvement.
En mer. Une heure du matin. Je monte sur le pont désert.
Les vers de Laforgue
Ah! que la nuit est lointainement pleine
De silencieuse infinité claire ...
Viennent naturellement à l'esprit : la pleine lune, dans le ciel pur, confond la mer et le ciel en une même teinte grise, transparente et délicate. On ne voit plus rien de la côte, qu'un phare lointain, sur la gauche. Le petit torpilleur avec ses lumières verte, blanche et rouge, ne nous suit plus. Le navire est tout seul dans la vaste clarté lunaire.”
― Journal
Minuit sonne à Saint-Marc ; c'est le seul bruit que Venise nous envoie. Les habituels préparatifs de la mise en marche s'accomplissent sans trop de grincement. Un petit torpilleur, avec trois lanternes aux couleurs italiennes, s'est placé derrière la Vénus et, au départ, il nous escorte rasant le bord extrême d'écume blanche que fait l'hélice en mouvement.
En mer. Une heure du matin. Je monte sur le pont désert.
Les vers de Laforgue
Ah! que la nuit est lointainement pleine
De silencieuse infinité claire ...
Viennent naturellement à l'esprit : la pleine lune, dans le ciel pur, confond la mer et le ciel en une même teinte grise, transparente et délicate. On ne voit plus rien de la côte, qu'un phare lointain, sur la gauche. Le petit torpilleur avec ses lumières verte, blanche et rouge, ne nous suit plus. Le navire est tout seul dans la vaste clarté lunaire.”
― Journal
“Venise, dix heures du soir (samedi)
A bord de la Vénus, Loyd autrichien. On est déjà vraiment en Autriche ; le matelot qui m'a conduit à ma cabine m'a demandé : "Erste Klasse ? ..." Sur la table du salon où j'écris, j'ai des journaux allemands tout autour de moi ; des vues du Tyrol, des visages d'actrices du Trianon-Theater de Berlin. Mon regard, promené au hasard, tombe sur un poème :
Blauer Forellenbach
La Vénus sous pression tremble toute : on sera demain matin à sept heures à Trieste.
La promenade dans les petits coins du navire est toujours amusante ; c'est très propre et très brillant : tout luit, à l'intérieur ; le vernis blanc des cabines, les bois et les glaces des salons, les branches métalliques des lampes. Des avis affichés font penser, rédigés en grec, en serbe, en allemand, en italien, à toute l'activité maritime de l'Adriatique. C'est l'Orient et l'Occident mêlés. Et si l'on se sent en pays allemand au fond de ce steamer, on n'a qu'à remonter sur le pont pour retrouver, tout près, l'Italie. Des gondoles approchent, chargées de passagers et de bagages : les faisceaux des becs électriques au quai des Esclavons, allongeant des reflets blancs sur la lagune pareille à du papier glacé noir, éclairent assez distinctement le Jardin Royal, le palais rose des Doges, la façade rouge du Daniéli, et, en face, la Piazetta. L'embarquement se fait sans bruit ; les gondolent viennent frôler le flanc du navire tourné vers la ville, et les porteurs montent, sans cris, les grosses malles, le long du petit escalier qui pend sur l'eau. De Venise, toujours silencieuse, aucune rumeur ne vient, et les flots sont trop faibles et trop lents pour clapoter ... Pleine de chanteurs, une gondole s'arrête au bas de l'escalier volant. La légère musique italienne : les cordes pincées d'une mandoline, deux voix d'hommes et une voix de femme se mettent à courir de ce brave petit pas alerte et tremblant que l'on connaît si bien.”
― Journal
A bord de la Vénus, Loyd autrichien. On est déjà vraiment en Autriche ; le matelot qui m'a conduit à ma cabine m'a demandé : "Erste Klasse ? ..." Sur la table du salon où j'écris, j'ai des journaux allemands tout autour de moi ; des vues du Tyrol, des visages d'actrices du Trianon-Theater de Berlin. Mon regard, promené au hasard, tombe sur un poème :
Blauer Forellenbach
La Vénus sous pression tremble toute : on sera demain matin à sept heures à Trieste.
La promenade dans les petits coins du navire est toujours amusante ; c'est très propre et très brillant : tout luit, à l'intérieur ; le vernis blanc des cabines, les bois et les glaces des salons, les branches métalliques des lampes. Des avis affichés font penser, rédigés en grec, en serbe, en allemand, en italien, à toute l'activité maritime de l'Adriatique. C'est l'Orient et l'Occident mêlés. Et si l'on se sent en pays allemand au fond de ce steamer, on n'a qu'à remonter sur le pont pour retrouver, tout près, l'Italie. Des gondoles approchent, chargées de passagers et de bagages : les faisceaux des becs électriques au quai des Esclavons, allongeant des reflets blancs sur la lagune pareille à du papier glacé noir, éclairent assez distinctement le Jardin Royal, le palais rose des Doges, la façade rouge du Daniéli, et, en face, la Piazetta. L'embarquement se fait sans bruit ; les gondolent viennent frôler le flanc du navire tourné vers la ville, et les porteurs montent, sans cris, les grosses malles, le long du petit escalier qui pend sur l'eau. De Venise, toujours silencieuse, aucune rumeur ne vient, et les flots sont trop faibles et trop lents pour clapoter ... Pleine de chanteurs, une gondole s'arrête au bas de l'escalier volant. La légère musique italienne : les cordes pincées d'une mandoline, deux voix d'hommes et une voix de femme se mettent à courir de ce brave petit pas alerte et tremblant que l'on connaît si bien.”
― Journal
