Conversation à Jassy Quotes
Conversation à Jassy
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Pierre Pachet1 rating, 5.00 average rating, 1 review
Conversation à Jassy Quotes
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“26 avril (1996). {Les lieux, les dates et les personnages évoqués dans les pages qui suivent sont aussi authentiques que possible.} Les souvenirs sont encore là, les impressions plutôt (les chiens la nuit, les trottoirs et la chaussée crevée après l'hiver, les sons de la langue roumaine…) qui ne sont pas encore des souvenirs, mais semblent disponibles, mobilisées, présentes. Ce n'est pas que je me souviens : je sais comment faire pour descendre au rez-de-chaussée après le réveil, traverser le terrain qui sépare la Casa de Oaspeți [la Maison d'hôtes de l'Université] de la rue, entre les voitures abandonnées (un car allemand immobilisé là sans doute depuis longtemps) ou en cours de réparation sur un pont rudimentaire, passer devant l'Academia de Arte devant laquelle de bon matin sont déjà rassemblés des étudiants en musique, à côté du robinet vissé à un simple tuyau planté dans le sol, et qui coule toujours (les chiens viennent périodiquement y boire). Tout cela m'est présent. Mais je sens aussi comment ces diverses sensations s'écartent les unes des autres, se désolidarisent déjà : certaines prennent de l'importance aux dépens des autres, forment de petits groupes, s'organisent en "souvenirs" aptes à entrer dans la mémoire profonde.”
― Conversation à Jassy
― Conversation à Jassy
“Occidental que je suis dans l’âme, confortablement installé sur cinquante années de prospérité écoulées depuis la fin de la guerre (avec un généreux plan Marshall pour commencer), j’ai tendance à regarder ces bizarreries sans indulgence. Qu’attend-on pour réparer la chaussée, les routes, pour réparer en général ?
(p. 32)”
― Conversation à Jassy
(p. 32)”
― Conversation à Jassy
“Je n'aimais pas poser les questions qui poussaient mes interlocuteurs à se moquer en soupirant de notre crédulité d'Occidentaux survitaminés et sous-informés.
(p. 18)”
― Conversation à Jassy
(p. 18)”
― Conversation à Jassy
“C'est à Jassy, selon une note de bas de page du livre des souvenirs d'Alexandre Safran, qui fut grand rabbin de Roumanie de 1940 à 1947, que fut écrit par Naftali Herz Imber, en 1878 le poème en hébreu, « Hatikvah », « L'espoir », qui fut mis en musique en 1882 par Samuel Cohen sur une mélodie moldave, et devint un chant sioniste connu, puis l’hymne national Israël.
(p.56-57)”
― Conversation à Jassy
(p.56-57)”
― Conversation à Jassy
“Pour remercier nos amis de ces promenades et de ces conversations, après qu'ils nous ont régalés de fromages parfumés et de vin rouge de Moldavie, je leur offre ma traduction de "La République" de Platon, dont je suis naïvement fier. Le médecin accepte volontiers, tout en s'empressant de me dire –j'en suis d'abord un peu désappointé– qu'il a déjà lu ce dialogue : il a été traduit en roumain par un grand philosophe, persécuté sous le régime communiste, qui avait été contraint de faire paraître cette traduction sous le nom d'un de ses étudiants. J'ai compris plus tard : il s'agissait de Constantin Noica, qui avait été disciple de Heidegger, et était en effet nourri de philosophie grecque. Pour certains intellectuels roumains, sous le règne de Ceaușescu, comme pour cet ami médecin aujourd'hui, Noica représentait un espoir, le surgissement contemporain d'une pensée authentiquement nationale, développée dans une solitude hautaine et rompant avec la dégradation spirituelle de l'Occident. Il proposait des fondements philosophiques, "ontologiques", au nationalisme. Notre ami ne voulait pas que j'ignore cela, que je méconnaisse cette actualité –pour lui en tout cas, pour les Roumains cultivés– de Platon. Face à ces perspectives grandioses, ma traduction pouvait lui paraître frivole, facultative. Je n'avais rien à proposer au lecteur, sinon de partager le plaisir que j'avais pris à lire le philosophe grec. L'ami roumain, vivant là où il vivait, voulait que je sache de quoi le dialogue de Platon était pour lui le signe. J'espère qu'à présent il acceptera de lire le texte pour lui-même.
(page 43-44)”
― Conversation à Jassy
(page 43-44)”
― Conversation à Jassy
“Un panneau pédagogique donne les chiffres de la population juive de Jassy. J’ai pris quelques secondes, avant de sortir, pour les noter au passage, pour moi, pour vous : 1803 : 2420 chefs de famille. 1831:17570 personnes. 1899 : 39 400 personnes. 1921 : 43 500 personnes. 1941 : 35 400 personnes. 1947 : 30 000 personnes. 1980 : 1800. 1996 : 600 personnes. Forte expansion entre 1803 et 1831, et surtout à la fin du siècle vers 1870–1880 (c’est l’époque de l’urbanisation) ; forte émigration vers l’Occident en 1899, puis vers Israël dans les années 1960, aboutissant à la situation actuelle.
(p. 73)”
― Conversation à Jassy
(p. 73)”
― Conversation à Jassy
