Introduction to Sufi Doctrine Quotes

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Introduction to Sufi Doctrine (The Spiritual Classics) Introduction to Sufi Doctrine by Titus Burckhardt
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“Dans l’intemporel, la liberté prêtée aux êtres individuels retourne à sa source divine ; en « ce jour-là », Dieu seul est le « Roi absolu » : l’essence même du libre arbitre », son fond inconditionné, s’identifie dès lors à l’Acte divin. C’est en Dieu seul que la liberté, l’acte et la vérité coïncident, et c’est pour cela que certains Soufis disent que les êtres, au jugement dernier, se jugeront eux-mêmes en Dieu, conformément d’ailleurs à un texte coranique selon lequel ce sont les membres de l’homme qui accusent ce dernier.
L’homme est jugé d’après sa tendance essentielle ; celle-ci peut être conforme à l’attraction divine, elle peut être opposée à elle ou encore indécise entre les deux directions ; ce sont là respectivement les voies de « ceux sur lesquels est Ta grâce », de « ceux qui subissent Ta colère », et de « ceux qui errent », c’est-à-dire qui se dispersent dans l’indéfinité de l’existence, où ils tournent pour ainsi dire en rond. En parlant de ces trois tendances, le Prophète dessina une croix : la « voie droite » est la verticale ascendante ; la « colère divine » agit en sens inverse ; la dispersion de ceux qui « errent » est dans l’horizontale. Les mêmes tendances fondamentales se retrouvent dans tout l’univers ; elles constituent les dimensions ontologiques de la « hauteur » (at-tûl), de la « profondeur » (al-’umq) et de l’« ampleur » (al-’urd). L’Hindouisme désigne ces trois tendances cosmiques (gûnas) par les noms de sattva, rajas et tamas, sattva exprimant la conformité au Principe, rajas la dispersion centrifuge et tamas la chute, non seulement dans un sens dynamique et cyclique, bien entendu, mais aussi dans un sens statique et existentiel.
On peut dire également qu’il n’y a, pour l’homme, qu’une seule tendance essentielle, celle qui le ramène vers sa propre Essence éternelle ; toutes les autres tendances ne sont que l’expression de l’ignorance créaturielle, aussi seront-elles retranchées, jugées. La demande que Dieu nous conduise sur la voie droite n’est donc rien d’autre que l’aspiration vers notre propre Essence prétemporelle. Selon l’exégèse ésotérique, la « voie droite » (aç-çirât al-mustaqîm) est l’Essence unique des êtres, comme l’indique ce verset de la sourate Hûd : « Il n’y a pas d’être vivant que Lui (Dieu) ne tienne par la mèche de son front ; en vérité, mon Seigneur est sur une voie droite ». Ainsi cette prière correspond à la demande essentielle et foncière de toute créature ; elle est exaucée par là même qu’elle est proférée.
L’aspiration de l’homme vers Dieu comporte les deux aspects qu’exprime le verset: « C’est Toi que nous adorons [ou servons], et c’est auprès de Toi que nous cherchons refuge [ou aide] » ; l’adoration, c’est l’effacement de la volonté individuelle devant la Volonté divine, qui se révèle extérieurement par la Loi sacrée et intérieurement par les mouvements de la Grâce ; le recours à l’aide divine, c’est la participation à la Réalité divine par la Grâce et, plus directement, par la Connaissance. En dernière analyse, les mots : « C’est Toi que nous adorons » correspondent à l’« extinction » (al-fanâ), et les mots « c’est auprès de Toi que nous cherchons refuge » à la « subsistance » (al-baqâ) dans l’Être pur. Le verset que nous venons de mentionner est ainsi l’« isthme » (al-barzakh) entre les deux « océans » de l’Être (absolu) et de l’existence (relative).”
Titus Burckhardt, Introduction to Sufi Doctrine
“Les orientalistes qui soutiennent l’hypothèse d’une origine non musulmane du Soufisme soulignent généralement le fait que la doctrine soufique n’apparaît pas, dans les premiers siècles de l’Islam, avec tous les développements métaphysiques qu’elle comportera par la suite. Mais cette remarque, pour autant qu’elle est valable à l’égard d’une tradition ésotérique – donc se transmettant surtout par un enseignement oral –, prouve le contraire de ce qu’ils prétendent, car les premiers Soufis s’expriment dans un langage très proche du Coran, et leurs expressions concises et synthétiques impliquent déjà tout l’essentiel de la doctrine. Si celle-ci devient, par la suite, plus explicite et plus élaborée, il n’y a là qu’un fait normal et propre à toute tradition spirituelle : la littérature doctrinale augmente, non pas tant par l’apport de nouvelles connaissances que par la nécessité d’endiguer les erreurs et de ranimer une intuition faiblissante.”
Titus Burckhardt, Introduction to Sufi Doctrine
“La liberté étant partout ce qu'elle est, c'est-à-dire sans contrainte interne, on peut dire que l'homme est libre de se damner, de même qu'il est libre de se jeter dans un abîme, s'il le veut ; cependant, dès que l'homme passe à l'action, la liberté devient illusoire dans la mesure où elle va contre la vérité : celui qui se jette volontairement dans un abîme se prive par là même de sa liberté d'agir.
Il en va de même pour l'homme à tendance infernale : il devient l'esclave de son choix, tandis que l'homme à tendance spirituelle s'élève vers une plus grande liberté.
d'autre part, puisque la réalité de l'enfer est faites d'illusion, - car l'éloignement de Dieu ne peut être qu'illusoire -, l'enfer ne saurait exister éternellement à coté de la Béatitude, bien que, selon sa propre vision, sa fin ne puisse pas se concevoir ; c'est là l'éternité à rebours des états de damnation. Ce n'est donc pas sans raison que les Soufis insistent sur la relativité de toute chose créée, et affirment que le feu de l'enfer se refroidira après une durée indéfinie ; tous les êtres seront finalement résorbés en Dieu.
Quoi qu'en pensent certains philosophes modernes, la liberté et l'arbitraire se contredisent ; l'homme est libre de choisir l'absurde, mais il n'est pas libre en tant qu'il le choisit ; la liberté (dans ce cas là) et l'acte ne coïncident pas dans la Créature”
Titus Burckhardt, An Introduction to Sufism: The Mystical Dimensions of Islam