Adieux au capitalisme Quotes
Adieux au capitalisme: autonomie, société du bien vivre et multiplicité du monde
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Jérôme Baschet34 ratings, 4.06 average rating, 9 reviews
Adieux au capitalisme Quotes
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“En finir avec le système capitaliste ne saurait en aucun cas se réduire à un changement dans le régime de propriété des moyens de production, à la planification de l'économie ou à une répartition plus juste des bénéfices de celle-ci. Cela ne peut signifier autre chose que l'abolition de la valeur et de son écrasante prédominance tant dans l'ordre économique que dans l'ensemble de la vie sociale et subjective. Prendre pleinement la mesure de ce qu'implique l'abolition de la valeur (c'est-à-dire aussi de la prééminence du travail abstrait) n'a rien d'aisé. Mais du moins est-il clair que cela - et cela seul - équivaut à la destruction du moteur même de la folle mécanique du productivisme capitaliste, à savoir la force incontrôlable qui oblige à produire sans cesse davantage sous l'effete de la seule nécessité de l'expansion de la valeur. Une fois éliminée cette compulsion mortifère de la production-pour-la-production-et-pour-le-profit, les producteurs (qu'il conviendrait de ne plus qualifier par ce terme) retrouveront la pleine maîtrise de la création de valeurs d'usage, réalisée sur la base e choix arrêtés et assumés collectivement (tandis que l'autoproduction inscrite dans le temps disponible relèvera de l'entière liberté de chacun). Plus profondément, cela signifie que la production de biens et de services (qu'il serait souhaitable de nommer autrement), tout en demeurant la base nécessaire à la vie, cessera d'être la sphère centrale et déterminante de l'organisation collective, comme elle l'est, de manière très spécifique, dans la justement nommée société de la marchandise. (p. 115)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“L'adhésion à la réalité peut, certes, prendre des formes diverses, où tiennent une place variable l'impératif de survie, le miroitement des modèles d'ascension sociale, les séductions addictives de la consommation, les petits privilèges d'une vie un tant soit peu confortable, les pièges d'une logique concurrentielle qui nous fait obligation de croire qu'il n'y aura pas de place pour tout le monde, la peur de perdre le peu que l'on a et le sentiment d'une insécurité méticuleusement entretenue. Même une bonne dose de scepticisme, voire une solide capacité critique ne portent guère atteinte, le plus souvent, à cette adhésion à un système qui a peut-être renoncé à nous convaincre de ses vertus pour se contenter d'apparaître comme la seule réalité possible, hors du chaos absolu, ainsi que le résume la sentence emblématique de François Furet : "Nous sommes condamnés à vivre dans le monde dans lequel nous vivons". Il n'y a pas d'alternative : telle est la conviction que les formes de domination actuelles sont parvenues à disséminer dans le corps social. Au-delà des opinions de chacun, telle est la norme de fait, en vertu de laquelle l'agir se conforme à une implacable logique d'adéquation à la réalité socialement constituée. (p. 7-8)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Le premier point à prendre en compte est le fait que la production globale actuelle est quantitativement suffisante pour assurer l'alimentation de l'ensemble de la population mondiale. La disponibilité alimentaire mondiale est de 2 790 calories par jour et par personne (données de 2001-2003), ce qui pourrait être suffisant. La sous-alimentation qui affecte aujourd'hui un milliard d'individus pourrait être éradiquée par ure réorganisation de la production, notamment avec une réorientation vers la multiplicité des cultures vivrières et par un rééquilibrage du stock calorique, fort mal distribué (3 490 calories par jour et par personne dans les pays développés, contre 2 254 en Afrique subsaharienne). Quant à la malnutrition (carences en vitamines et minéraux) et à son envers, l'obésité et le surpoids (provoqués essentiellement par la diffusion des habitudes alimentaires promues par le secteur agroalimentaire et la grande distribution), qui affectent chacune un milliard d'individus, ils pourraient être résorbés, sans augmentation quantitative globale, par une réorientation vers une agriculture paysanne développant des pratiques agro-écologiques. Si l'agriculture industrielle actuelle fait valoir de manière tronquée sa supériorité, notamment en termes de productivité par hectare, une évaluation plus globale, incluant l'ensemble des coûts directs et indirects (notamment écologiques), invite à faire pencher la balance de l'efficacité du côté de l'agriculture paysanne. De fait, l'agriculture industrialisée est entraînée dans un cercle vicieux, marqué notamment par l'épuisement et la salinisation des sols, la multiplication des insectes résistant aux pesticides, la hausse des pathologies du bétail ; en outre, elle provoque une baisse du pouvoir nutritif des produits, notamment des fruits et légumes à croissance rapide. Enfin, il faut indiquer que les surfaces agricoles consacrées à des cultures non alimentaires (agrocarburants notamment) doivent être restituées à leur vocation initiale, ce qui offre une marge de manœuvre importante pour assurer à l'ensemble de l'humanité une alimentation quantitativement et qualitativement satisfaisante. On dispose également de deux leviers importants pour atteindre et maintenir cet impératif élémentaire : d'une part, une limitation de l'élevage, particulièrement glouton en énergie et en surfaces (40 % des grains actuellement produits sont destinés à l'alimentation animale) et écologiquement dangereux (importantes émissions de gaz à effet de serre) ; d'autre part, une élimination du gâchis alimentaire (évalué à 30 % au moins dans le système alimentaire industriel mondial, et à 100 milliards de dollars par an uniquement aux États-Unis). (p. 190-192)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Finalement, notre opportunité pourrait tenir à la confluence de trois phénomènes susceptibles de se combiner et se renforcer mutuellement : a) notre capacité à défendre et étendre des espaces partiellement libérés, préfigurant des subjectivités et des relations intersubjectives non capitalistes ; b) l'intensification de la crise structurelle du capitalisme et ses difficultés croissantes à surmonter les obstacles et les contradictions qu'engendre sa propre reproduction ; c) et, enfin, l'insurrection de la Terre Mère qui crie le caractère insoutenable du productivisme compulsif et mortifère du capitalisme. (p. 178)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Mais il est vain de penser qu'on puisse s'en tenir à une attitude qui affirmerait : retirons-nous du capitalisme ; ne cherchons pas à le détruire, mais seulement à construire, à côté de lui, le monde qui nous convient. Car nos espaces libérés sont des espaces de combat : ils ont dû être gagnés contre la pression permanente de la synthèse capitaliste et ils doivent constamment être défendus. Ils ne peuvent se maintenir et croître sans s'affronter aux contraintes qui les entourent et leur destin a partie liée avec les luttes menées ailleurs pour contrer les avancées de la déprédation marchande. L'option consistante à construire dès maintenant, sans attendre le grand Moment révolutionnaire, change la donne et constitue une rupture significative avec les conceptions longtemps dominantes de l'émancipation. Mais elle ne nous libère pas de la question de la conflictualité. On peut configurer diversement les trois pointes du triangle - résister, lutter contre, construire - mais on ne peut pas les dissocier. (p. 167)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Mais, au fond, si un système social injuste et oppressif assure sa permanence, c'est moins parce qu'il bénéficie d'un consentement explicite que dans la mesure où il parvient à créer les conditions d'une conformité pratique de tous ceux qui ne peuvent faire autrement que d'y tenir leur place - ou de s'en faire une - pour subsister. « Il faut bien gagner sa vie » est aujourd'hui l'impérieuse loi de l'adhésion sociale : étonnante formule qui dévoile combien la vie entière est soumise aux exigences du salariat et du travail, et même conditionnée par une telle soumission. La redoutable conjonction de la menace de l'exclusion et de l'obligation concurrentielle généralisée démultiplie encore l'efficacité de cette injonction. Mais il faut aussi reconnaître que celle-ci joue à la fois, dans des proportions variables selon les milieux sociaux, des stricts impératifs de la survie et des satisfactions que fait miroiter la consommation des biens matériels ou immatériels - lesquelles ne sont jamais bien loin de dévoiler leur vacuité ou de basculer dans la servitude lorsque l'endettement massif referme le piège du cycle travail/consommation/travail. Finalement, la vie sociale relève d'un incroyable automatisme qui tient à l'incorporation pratique de ses normes : on agit ainsi parce que les choses sont ainsi.
La permanence d'un système social repose donc sur une étrange tautologie : cela tient parce que cela tient. C'est-à-dire aussi… jusqu'au moment où cela commence à ne plus tenir. Jusqu'au moment où, loin d'entretenir les automatismes qui lui permettent de se reproduire, quelque chose comme une secousse collective amorce une dynamique inverse. S'enclenche alors un processus de dés-adhésion, de reconnaissance de l'arbitraire du monde social, donné jusque-là pour un cadre intangible de vie (ce qui oblige aussi à remarquer que, sous les apparences de la stricte conformité sociale, une part d'insatisfaction latente, non exprimée et sans doute en partie non consciente, devait bien être présente antérieurement). La constitution dominante de la réalité commence alors à se déliter, ouvrant la voie à la désobéissance, à l'insubordination, à l'expérimentation d'autres formes de subjectivité et d'autres manières d'agir. Cette dés-adhésion se nourrit de la digne rage que suscitent tant d'injustices, de souffrances, de destructions, de désastres. Elle suppose d'éprouver combien la réalité présente est inacceptable ; elle consiste à in-accepter l'inacceptable. Mais elle se nourrit aussi de l'espérance mobilisatrice - ou du moins de l'intuition - qu'une autre organisation sociale est possible. Elle se fait lutte, réalité contre réalité, mondes contre mondes. (p. 154-155)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
La permanence d'un système social repose donc sur une étrange tautologie : cela tient parce que cela tient. C'est-à-dire aussi… jusqu'au moment où cela commence à ne plus tenir. Jusqu'au moment où, loin d'entretenir les automatismes qui lui permettent de se reproduire, quelque chose comme une secousse collective amorce une dynamique inverse. S'enclenche alors un processus de dés-adhésion, de reconnaissance de l'arbitraire du monde social, donné jusque-là pour un cadre intangible de vie (ce qui oblige aussi à remarquer que, sous les apparences de la stricte conformité sociale, une part d'insatisfaction latente, non exprimée et sans doute en partie non consciente, devait bien être présente antérieurement). La constitution dominante de la réalité commence alors à se déliter, ouvrant la voie à la désobéissance, à l'insubordination, à l'expérimentation d'autres formes de subjectivité et d'autres manières d'agir. Cette dés-adhésion se nourrit de la digne rage que suscitent tant d'injustices, de souffrances, de destructions, de désastres. Elle suppose d'éprouver combien la réalité présente est inacceptable ; elle consiste à in-accepter l'inacceptable. Mais elle se nourrit aussi de l'espérance mobilisatrice - ou du moins de l'intuition - qu'une autre organisation sociale est possible. Elle se fait lutte, réalité contre réalité, mondes contre mondes. (p. 154-155)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
“Les obstacles qui se dressent pour empêcher la réalisation du monde décrit dans les chapitres précédents, ce monde du faire réconcilié, de la détente temporelle et de la créativité intersubjective, sont considérables et pourraient même paraître insurmontables. Tout esprit sensé perçoit aisément que la perpétuation de la société de la marchandise, et par conséquent le délitement des conditions de survie de l'humanité, reste le plus probable de tous les scénarios. (p. 151)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Quels sont les premiers pas susceptibles d'engager cette conformation interculturelle d'une humanité une et multiple ? Un premier registre, minimal, est celui du respect mutuel entre des manières d'être et de penser distinctes, entre des cultures et des constellations épistémiques différentes. Cette coexistence respectueuse implique la proportionnalité, c'est-à-dire la reconnaissance par chaque collectif de ses limites, de son propre espace et de celui qui correspond à d'autres collectifs. Telle est la base de toute rencontre et de toute coopération entre les multiples collectifs qui composent la mosaïque planétaire.
Encore peut-on souhaiter aller au-delà de la simple acceptation respectueuse de l'autre, pour passer à une reconnaissance de la valeur de l'autre. S'ouvre alors la possibilité d'un dialogue, dans lequel aucun collectif n'aurait de raison de s'engager s'il ne percevait dans le monde de l'autre une chance et une occasion pour transformer son propre monde et l'enrichir, ne serait-ce qu'en le faisant exister en regard d'autres possibles humains et non humains. Un tel dialogue présuppose que l'altérité de l'autre ne demeure pas absolue, totalement impénétrable. La capacité d'écoute, prédisposition à faire place, en soi, à l'altérité de l'autre, s'avère ici éminemment précieuse, sans qu'on puisse garantir qu'elle suffise à déjouer les embûches et les malentendus qui parsèment nécessairement un tel cheminement. Il y faut aussi un effort patient de compréhension - comme saisie de ce qui était jusque-là insaisissable et incorporation de ce qui était étranger - afin d'élaborer des plages de traductibilité entre univers culturels distincts.
Mais encore convient-il d'assumer la conscience d'une incomplétude, car c'est dans la reconnaissance de l'inachèvement de soi comme de la perfectibilité du collectif auquel on appartient que l'ouverture à l'altérité peut avoir quelque chance de s'opérer. C'est depuis l'autre en soi, depuis le non-soi de soi, que s'amorce la rencontre avec l'altérité de l'autre. (p. 138-139)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
Encore peut-on souhaiter aller au-delà de la simple acceptation respectueuse de l'autre, pour passer à une reconnaissance de la valeur de l'autre. S'ouvre alors la possibilité d'un dialogue, dans lequel aucun collectif n'aurait de raison de s'engager s'il ne percevait dans le monde de l'autre une chance et une occasion pour transformer son propre monde et l'enrichir, ne serait-ce qu'en le faisant exister en regard d'autres possibles humains et non humains. Un tel dialogue présuppose que l'altérité de l'autre ne demeure pas absolue, totalement impénétrable. La capacité d'écoute, prédisposition à faire place, en soi, à l'altérité de l'autre, s'avère ici éminemment précieuse, sans qu'on puisse garantir qu'elle suffise à déjouer les embûches et les malentendus qui parsèment nécessairement un tel cheminement. Il y faut aussi un effort patient de compréhension - comme saisie de ce qui était jusque-là insaisissable et incorporation de ce qui était étranger - afin d'élaborer des plages de traductibilité entre univers culturels distincts.
Mais encore convient-il d'assumer la conscience d'une incomplétude, car c'est dans la reconnaissance de l'inachèvement de soi comme de la perfectibilité du collectif auquel on appartient que l'ouverture à l'altérité peut avoir quelque chance de s'opérer. C'est depuis l'autre en soi, depuis le non-soi de soi, que s'amorce la rencontre avec l'altérité de l'autre. (p. 138-139)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
“Il serait tout aussi vain de croire à une essence égalitariste des mondes non occidentaux que de persister à attribuer au seul Occident une vocation démocratique et une mission libératrice. Admettons plutôt que l'histoire des peuples de tous les continents est marquée par un désir d'égalité, tant sur le plan social (accès aux biens matériels et symboliques) que politique (participation aux prises de décision). Loin d'être le monopole d'une seule civilisation, de tels élans doivent être tenus pour un bien commun de l'humanité. Qu'ils aient été subjuguées par des forces contraires ayant fait prévaloir, dans la plupart des cas, la ponction sur le travail d'autrui, la hiérarchisation sociale, la domination masculine et le pouvoir d'État n'empêche pas que ce soit sur ces potentialités égalitaires, manifestées par les "modernes" comme par les supposés "primitifs", par les Occidentaux comme par tous leurs "autres", que peut s'appuyer la construction des multiples chemins susceptibles de conduire les humains hors du monde de la soumission aux choses, de la dépossession des êtres et de la destruction du vivant. (p. 132)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Le "bien vivre" nous avertit que les peuples amérindiens, du moins une part importante d'entre eux, n'aspirent pas aux délices promis par la modernité et la consommation de masse. Bien au contraire, ayant acquis la claire conscience du caractère destructeur de l'économie marchande et de la crise de civilisation dans laquelle s'enfonce le système-monde capitaliste, ils proposent, en s'appuyant sure une revitalisation de leur propre dynamique historique, une tout autre option pour l'humanité. (p. 129)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Le bien vivre, c'est d'abord l'affirmation de la vie, humaine et non humaine, contre ce qui la nie, à savoir la puissance destructrice de la production-pour-le-profit. Supposant la critique de l'idéologie du progrès et du développement, le bien vivre pose le dilemme de manière limpide : capitalisme ou vie. Mais le bien vivre, c'est surtout le qualitatif du vivre humain. Par opposition à la quantification marchande qui mesure tout en argent ou en biens matériels, le qualitatif ne se mesure pas. Il peut seulement s'éprouver en termes éthiques et esthétiques, dans le plaisir de l'être et du faire. Enfin, deux principes sont au cœur du bien vivre : d'une part, une éthique du collectif, qui fait prévaloir la solidarité, l'aide à autrui et la convivialité, au détriment des rapports de compétition et de domination ; de l'autre, un principe d'équilibre général (parfois dénommé harmonie), qui doit prévaloir dans les rapports entre les êtres et notamment entre les humains et la Terre Mère. (p. 127)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Enfin, si l'éducation n'a pas été mentionnée précédemment parmi les "services" à maintenir au même titre que le domaine de la santé, c'est parce que l'on fait l'hypothèse d'une éducation amplement déscolarisée (mais c'est un choix qui ne peut qu'être arrêté collectivement, non sans être régulièrement soumis à révision). Par cette expression, on entend l'acquisition d'un ensemble d'apprentissages théorico-pratiques accomplis "sur le terrain", c'est-à-dire en rapport avec des activités sociales effectives (apprentissages volontaires auprès de praticiens capables de transmettre les outils associés à leur pratique et à la compréhension profonde de celle-ci). Une autre partie des apprentissages élémentaires, rendus d'emblée plus faciles par une distribution sans cesse plus égalitaire du capital intellectuel et culturel parmi les adultes, mais aussi plus attrayants par leur interaction avec les expériences et les curiosités de la vie concrète, pourrait être assumée par des groupes de parents ou d'adultes intéressés, avec le concours, pour des aspects plus spécifiques, des personnes adéquates. Il est aussi possible de favoriser une implication des enfants eux-mêmes, d'une part par leur engagement dans la construction collective des apprentissages et, d'autre part, par le rôle d'accompagnement et de formation, particulièrement valorisant et responsabilisant, que chaque groupe d'âge peut assurer auprès des plus jeunes. Toutefois, si une déscolarisation complète des apprentissages est possible, il est aussi envisageable d'opter pour un système mixte, seulement en partie déscolarisé. Dans ce cas, un noyau de personnes faisant de l'enseignement son mode de participation principal à la production collective des biens et des services, aurait pour fonction d'organiser les apprentissages et de coordonner la participation des groupes de parents, des enfants eux-mêmes, ainsi que des personnes disposant de connaissances particulières dans certains domaines théorico-pratiques. (p. 99-100)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Malgré les incertitudes et les difficultés relevées, ce qu'on a dit jusqu'ici suffit pour avancer sur un point décisif (outre le fait, tout aussi essentiel, que la suppression massive de productions de biens et de services ouvre la voie à une réduction drastique de la pollution, à un usage raisonnable des ressources naturelles et par conséquent à un tarissement de la contradiction actuelle entre les formes d'organisation des sociétés humaines et les conditions écosystémiques de leur reproduction). Par un calcul peut-être encore trop prudent, on peut estimer que, sous le régime d'une logique sociale inédite, l'essentiel de la production d'aliments et de biens manufacturés ainsi que les services de base requis par la collectivité (principalement en matière de santé, à quoi on peut ajouter une chaîne de distribution réduite, ainsi que la part des transports organisée collectivement) pourront être assurés grâce à une activité également répartie entre tous ses membres et demeurant inférieure à 12 ou 16 heures par semaine. La manière d'organiser une telle répartition pourra donner lieu à diverses options qu'il n'est pas nécessaire d'évoquer ici, sinon pour suggérer que chacun devrait pouvoir expérimenter des tâches multiples, soit par une alternance sur des temps courts, soit par des changements au cours de la vie. On peut aussi envisager différentes manières de combiner des tâches productives d'intérêt commun s'inscrivant à des niveau supralocaux (notamment pour les productions lourdes qui demeureraient nécessaires) et d'autres ayant un caractère local (notamment pour la production d'aliments et de services). (p. 97-98)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Pour donner consistance à cette révolution du temps, il suffit de commencer à énumérer les domaines de production de biens et de services dont l'existence actuelle ne se soutient que de la logique de la société marchande, de la double nécessité d'accroître sans cesse la production-pour-le-profit et de reproduire l'organisation sociopolitique qui la rend possible. Osons donc trancher à la racine et mesurer l'ampleur des secteurs qui, dans une société non marchande, soucieuse de surcroît d'écarter toute séparation entre gouvernants et gouvernés, deviendraient parfaitement superflus. On peut éliminer sans hésiter tout le personnel militaire et policier, poursuivre avec les banques, le système financier et les assurances (ces dernières seules pèsent aujourd'hui 15 % du PIB mondial), sans se priver du plaisir d'ajouter la publicité et le marketing( qui absorbent 500 milliards de dépenses annuelles, soit près d'un tiers des budgets militaires mondiaux). Finalement, le principe d'un autogouvernement à tous les échelons, tel qu'on l'a suggéré dans le chapitre précédent, condamnerait l'ensemble des bureaucraties nationales et internationales à une complète inutilité.
Dens pans considérables de l'appareil industriel seront abandonnés, à commencer par la production d'armes et d'équipements militaires. Les impératifs écologiques et l'affirmation de l'agriculture paysanne rendront caduque une grande partie de l'industrie chimique (notamment l'écrasant secteur agrochimique) comme des biotechnologies fortement contestées (OGM notamment). Le secteur agroalimentaire, exemple type d'une marchandisation perverse des formes de production, s'évanouira, au profit d'une valorisation de l'autoproduction et des circuits locaux de production/consommation. […] on voit que chaque abandon de production de biens et de services aura des effets démultiplicateurs importants, puisque les besoins en édifices (bureaux, installations industrielles), en matériaux et en énergie, en infrastructures et en transports, s'en trouveront diminués d'autant. Le secteur de la construction sera par conséquent ramené à une échelle bien plus raisonnable qu'aujourd'hui, ce qu'accentuerait encore la régénération des pratiques d'autoconstruction (ou du moins une participation directe des utilisateurs eux-mêmes, aux côtés d'artisans plus expérimentés). Chaque suppression dans la production de biens et de services éliminera à son tour toutes les productions nécessaires à son installation, à son fonctionnement, sans oublier la gestion des déchets engendrés par chacune de ces activités. Pour donner un exemple parmi tant d'autres, la suppression de la publicité (jointe à celle des bureaucraties et à d'autres changements technico-culturels) entraînera une diminution considérable de la consommation de papier, c'est-à-dire aussi de toute la chaîne industrielle qui lui est associée, dans laquelle il faut inclure exploitation forestière, produits chimiques, matériaux nécessaires aux installations industrielles, transport, etc.
Sans nier la pertinence de maintenir des échanges à longue distance, le fait de privilégier, dans toute la mesure du possible, les activités locales et de supprimer les absurdes détours de production qui caractérisent l'économie capitaliste (lesquels mènent, par exemple, l'ail chinois jusqu'en Europe et de l'eau - oui, de l'eau ! - des Alpes jusqu'au Mexique) réduira à peu de chose la chaîne commerciale actuelle et restreindra encore les besoins en transport. Joint à l'abandon d'une logique de production et d'organisation centrée sur l'automobile et le fétichisme égolâtre qui la soutient, tout cela entraînera une forte contraction de la consommation énergétique, qui pourra être satisfaite grâce aux énergies renouvelables, produites, dans la mesure du possible, localement. En conséquence, tout ce qui fonde le poids écrasant du secteur énergétique dans l'économie mondiale actuelle s'évanouira pour l'essentiel. (p. 91-92)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
Dens pans considérables de l'appareil industriel seront abandonnés, à commencer par la production d'armes et d'équipements militaires. Les impératifs écologiques et l'affirmation de l'agriculture paysanne rendront caduque une grande partie de l'industrie chimique (notamment l'écrasant secteur agrochimique) comme des biotechnologies fortement contestées (OGM notamment). Le secteur agroalimentaire, exemple type d'une marchandisation perverse des formes de production, s'évanouira, au profit d'une valorisation de l'autoproduction et des circuits locaux de production/consommation. […] on voit que chaque abandon de production de biens et de services aura des effets démultiplicateurs importants, puisque les besoins en édifices (bureaux, installations industrielles), en matériaux et en énergie, en infrastructures et en transports, s'en trouveront diminués d'autant. Le secteur de la construction sera par conséquent ramené à une échelle bien plus raisonnable qu'aujourd'hui, ce qu'accentuerait encore la régénération des pratiques d'autoconstruction (ou du moins une participation directe des utilisateurs eux-mêmes, aux côtés d'artisans plus expérimentés). Chaque suppression dans la production de biens et de services éliminera à son tour toutes les productions nécessaires à son installation, à son fonctionnement, sans oublier la gestion des déchets engendrés par chacune de ces activités. Pour donner un exemple parmi tant d'autres, la suppression de la publicité (jointe à celle des bureaucraties et à d'autres changements technico-culturels) entraînera une diminution considérable de la consommation de papier, c'est-à-dire aussi de toute la chaîne industrielle qui lui est associée, dans laquelle il faut inclure exploitation forestière, produits chimiques, matériaux nécessaires aux installations industrielles, transport, etc.
Sans nier la pertinence de maintenir des échanges à longue distance, le fait de privilégier, dans toute la mesure du possible, les activités locales et de supprimer les absurdes détours de production qui caractérisent l'économie capitaliste (lesquels mènent, par exemple, l'ail chinois jusqu'en Europe et de l'eau - oui, de l'eau ! - des Alpes jusqu'au Mexique) réduira à peu de chose la chaîne commerciale actuelle et restreindra encore les besoins en transport. Joint à l'abandon d'une logique de production et d'organisation centrée sur l'automobile et le fétichisme égolâtre qui la soutient, tout cela entraînera une forte contraction de la consommation énergétique, qui pourra être satisfaite grâce aux énergies renouvelables, produites, dans la mesure du possible, localement. En conséquence, tout ce qui fonde le poids écrasant du secteur énergétique dans l'économie mondiale actuelle s'évanouira pour l'essentiel. (p. 91-92)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
“L'autonomie, dont on peut faire un principe de l'action individuelle et collective, appelle quelques précisions. Le terme désigne littéralement le fait de se donner à soi-même ses propres normes, ou encore de s'organiser par soi-même. […] On peut voir alors qu'il existe une ample gamme allant des autonomies *intégrées*, dont les normes se distinguent faiblement de celles auxquelles elles ses soustraient (hormis par le fait d'en contrôler par soi-même l'application), jusqu'aux autonomies *antagonistes*, dont les règles marquent un fort écart par rapport à celles qu'elles récusent. On peut aussi distinguer des autonomies *inconséquentes*, qui refusent une domination imposée de l'extérieur pour mieux affirmer des rapports de domination à l'intérieur, et des autonomies *conséquentes*, qui excluent l'imposition venue de l'extérieur pour mieux écarter les formes de domination qui pourraient exister en leur sein. On peut enfin opposer des autonomies *fermées*, voire ségrégationnistes, fondées sur une logique identitaire qui instaure une frontière ontologique entre la collectivité autonome et le monde environnant, et des autonomies *ouvertes*, qui considèrent les relations avec les autres collectivités comme une condition de leur propre existence sociale. On ne peut donc juger d'une expérience d'autonomie sans se demander : autonomie par rapport à quoi ? autonomie pour quoi, pour quel projet social ? (p. 75-76)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
“À cela s'ajoute la dramatisation des enjeux de la compétition. Aujourd'hui, même si l'espérance d'ascension sociale n'a pas entièrement disparu, le principal ressort de l'adhésion à la société est bien plutôt l'angoisse d'être mis "hors course", de ne pas trouver sa place, de ne pas avoir de travail et, pour ceux qui en ont, de le perdre. Il s'agit d'une modalité d'intégration sociale essentiellement négative, qui est un aspect du gouvernement des conduites par la peur (on sait l'efficacité du précariat et de la menace du chômage dans al modification du rapport de forces au profit du capital). Combinant mise en concurrence totale et extension du risque de non-intégration, la compétition se transforme en une lutte à mort, une lutte pour la survie. Elle constitue alors un ressort d'adaptabilité, tendu à bloc au cœur des subjectivités. (p. 42)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Tout en se combinant à de fortes restrictions à la circulation des personnes (afin de disposer d'une réserve de main-d'œuvre illégale et docile), la constitution du marché mondial a permis un ample mouvement de transfert du capital productif et de délocalisation des industries et des services. Cette mise en concurrence des travailleurs à l'échelle mondiale a permis d'imposer, au Sud, des formes d'hyperexploitation allant parfois jusqu'à la quasi-servitude et, au Nord, une sévère dégradation des salaires et des conditions de travail, sous la menace des délocalisations et du chômage. (p. 33)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“si les fanatiques du libre marché ont dû mettre un peu d'eau dans leur vin antiétatique, ce n'est pas par une soudaine conversion "socialiste", mais parce qu'ils savent pertinemment que, comme au lendemain de 1929, seul l'État peut sauver le capitalisme et ouvrir de nouveaux fronts aux appétits de profit. Il n'y a lieu ni de s'en étonner (depuis les origines du libéralisme, l'État fait office de garant en dernier recours du marché supposément libre), ni de s'en offusquer : sauver les banques à coups de centaines de milliards de dollars ou d'euros (pris sur les budgets publics) relève de la stricte logique d'un système dont l'amoralité est une caractéristique intrinsèque. (p. 25)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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“Ce qui apparaît alors au premier plan, c'est le caractère destructeur du capitalisme. L'incertitude quant aux conditions de survie de l'espèce humaine, du fait des degrés désormais atteints de prédation et de dégradation écologique, est en passe de devenir un des ressorts les plus puissants de la critique anticapitaliste […]. Elle devrait pouvoir mobiliser en sa faveur l'instinct de survie de l'humanité, à condition toutefois d'être capable d'argumenter qu'il n'existe pas d'issue à cette spirale destructrice au sein même du capitalisme. (p. 14-15)”
― Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos
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