Separate and Dominate Quotes
Separate and Dominate: Feminism and Racism after the War on Terror
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Christine Delphy275 ratings, 4.05 average rating, 38 reviews
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Separate and Dominate Quotes
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“Le regroupement des homes, c'est du com-mu-ta-ris-me, ni plus ni moins. Personne ne sait exactement ce que c'est - c'est la fonction du mot politique que d'être flou et plein de menaces d'autant plus terribles qu'elles sont moins précises. On craint le pire.
Un État gay en Ariège, peut-être ?
Cette hystérie est surprenante, et son prétexte plus encore. Le communautarisme, le vrai, c'est la coexistence dans un même État de règles différentes pour des segments différents de la population, qu'on appelle alors des communautés. C'est le cas au Liban, où les Druzes ont un droit civil différent des Maronites, qui ont un droit civil différent des musulmans. C'est le cas en Israël, en Inde (entre autres pays), où des « codes de statut personnel » règlent le mariage, la succession, etc., selon l'appartenance religieuse des gens. Ce n'est pas, à ma connaissance, ce que demandent les mouvements homo, ni ici ni ailleurs. En fait, ils demandent très exactement le contraire : ils demandent à ce que la loi commune leur soit appliquée ; à ce que soient abrogées les exceptions et dérogations qui les constituent en catégorie spécifique. C'est la situation présente qui constitue un communautarisme de fait ; pas leur fait, mais celui de la société qui les traite de façon discriminatoire. Et ils veulent la fin de cette situation. (p. 84-85)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
Un État gay en Ariège, peut-être ?
Cette hystérie est surprenante, et son prétexte plus encore. Le communautarisme, le vrai, c'est la coexistence dans un même État de règles différentes pour des segments différents de la population, qu'on appelle alors des communautés. C'est le cas au Liban, où les Druzes ont un droit civil différent des Maronites, qui ont un droit civil différent des musulmans. C'est le cas en Israël, en Inde (entre autres pays), où des « codes de statut personnel » règlent le mariage, la succession, etc., selon l'appartenance religieuse des gens. Ce n'est pas, à ma connaissance, ce que demandent les mouvements homo, ni ici ni ailleurs. En fait, ils demandent très exactement le contraire : ils demandent à ce que la loi commune leur soit appliquée ; à ce que soient abrogées les exceptions et dérogations qui les constituent en catégorie spécifique. C'est la situation présente qui constitue un communautarisme de fait ; pas leur fait, mais celui de la société qui les traite de façon discriminatoire. Et ils veulent la fin de cette situation. (p. 84-85)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“[Le « modèle français »] a érigé le genre dominant en modèle, ce qui était facile tant que celui-ci était le seul. Dans un deuxième temps, sommé par le genre dominé de lui faire une place, il lui dit : « Entrez et faites comme chez moi. » Il demande au dominé de se conformer à son modèle, d'être comme lui. C'est évidemment impossible, car les hommes ne sont des hommes que dans la mesure où ils exploitent des femmes. Les femmes ne peuvent donc pas, par définition, faire comme les hommes, 1) parce qu'elles n'ont personne à exploiter ; 2) parce qu'il faudrait qu'elles cessent d'être exploitées elles-mêmes pour pouvoir être à égalité avec les hommes, et 3) parce que si les hommes n'avaient plus de femmes à exploiter, ils ne seraient plus des hommes. C'est pourquoi les femmes ne peuvent pas être les égales des hommes tels qu'ils sont aujourd'hui, car « tels qu'ils sont aujourd'hui » présuppose la subordination des femmes. (p. 67-68)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“L'accès aux fonctions dont on a été écarté est justifié dans une analyse en termes de genre : c'est simplement la mise en œuvre d'une politique non discriminatoire, et une politique non discriminatoire peut et dois passer par l'action positive, ce qu'on appelle parfois discrimination inverse. Peu importe comment on la nomme : il s'agit dans tous les cas d'une action correctrice d'une discrimination passée dont l'effet se fait encore sentir, et correctrice des discriminations présentes, de jure ou de facto, qui empêchent certaines personnes, en raison ed leur appartenance de groupe, d'avoir des chances égales. Telle est la philosophie de l'action positive, là où elle est pratiquée. Telle est la philosophie de l'ONU, pour laquelle une action positive correctrice ne peut être considérée comme une discrimination - doctrine qui contredit le Conseil constitutionnel français ainsi que le dernier arrêté de la Cour européenne ; mais les conventions internationales l'emportent sur les lois nationales et sur les décisions européennes, et on peut donc espérer que l'ordre sera mis dans la maison France et la maison Europe. (p. 59)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“Qu'est-ce que le genre ? En tan que concept, il correspond à peu près à « sexe social ». La recherche a prouvé que la plupart des différences entre les sexes, les différences de statu social, de richesse et de pouvoir, mais aussi les différences dites « psychologiques », d'aptitudes et d'attitudes entre femmes et hommes, ne sont causées ni par le sexe anatomique, ni par les différences de fonction dans la procréation que ce sexe anatomique induit. En fait, le sexe anatomique n'induit que cela : des différences de fonction entre femelles et mâles dans la procréation. Le reste, couramment appelé différence de sexe, et couramment aussi rapporté à cette différence anatomique, est donc une construction sociale. La raison de cette construction sociale se trouve, selon certaines, dans les différences de fonction dans la procréation. Pour d'autres, dont je suis, la différence anatomique ne sert que de marqueur, de signe de repérage qui rend plus facile l'identification des personnes à exploiter. C'est une position considérée aujourd'hui comme osée, mais qui sera un jour, j'en suis sûre, tenue pour une évidence. (p. 57-58)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“Qu'est-ce que le système de genre ? C'est le système cognitif qui sépare l'humanité en deux groupes totalement distincts, totalement étanches, exclusifs l'un ed l'autre et totalement hiérarchisés. En ceci, le système de genre se distingue du système de classes « classique ». Il repose pourtant sur une organisation sociale en classes, les classes de sexe, ou de genre. Cette organisation sociale, dans laquelle les femmes sont opprimées et exploitées en tant que groupe par l'autre moitié de l''humanité, s'appelle le patriarcat. Le système de genre est donc l'aspect cognitif du patriarcat, organisation politico-économique, tandis que le sexisme est leur idéologie commune. (p. 57)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“Parce que classer, c'est hiérarchiser. Parce qu'aucun nom n'est neutre : « homosexuelle », ce n'est pas une description, c'est le nom d'une catégorie sociale inférieure. C'est ce qu'on fait à l'Autre. C'est comme ça qu'on signale que l'Autre est Autre.
Quand l'Autre rend réciproque ce processus qui est par définition non-réciproque, il/elle bouleverse la règle du jeu, il/elle met en cause au moins symboliquement l'ensemble de l'organisation sociale. Car les dominé-e-s sont dominé-e-s soi-disant en raison de leurs caractéristiques spécifiques ; mais nommer les dominants c'est les spécifier à leur tour. Et les spécifier d'une façon qui annule, toujours sur le plan symbolique, leur supériorité : car il existe une égalité formelle entre les appellations, du moins du point de vue de la prétention à l'universalité ; « blanc-he » est aussi particulier que « noir-e » ou « homosexuel-le ». Remplacer l'opposition « général » versus « spécifique » par l'opposition entre deux particularités, c'est s'attaquer au tabou des tabous, au sacré : à la mainmise des Uns sur l'universel. (p. 40)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
Quand l'Autre rend réciproque ce processus qui est par définition non-réciproque, il/elle bouleverse la règle du jeu, il/elle met en cause au moins symboliquement l'ensemble de l'organisation sociale. Car les dominé-e-s sont dominé-e-s soi-disant en raison de leurs caractéristiques spécifiques ; mais nommer les dominants c'est les spécifier à leur tour. Et les spécifier d'une façon qui annule, toujours sur le plan symbolique, leur supériorité : car il existe une égalité formelle entre les appellations, du moins du point de vue de la prétention à l'universalité ; « blanc-he » est aussi particulier que « noir-e » ou « homosexuel-le ». Remplacer l'opposition « général » versus « spécifique » par l'opposition entre deux particularités, c'est s'attaquer au tabou des tabous, au sacré : à la mainmise des Uns sur l'universel. (p. 40)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“L'altérisation produit donc une altération des personnalités des dominé-e-s. Or cette souffrance psychique des opprimé-e-s, les effets d'années d'humiliations encaissées jour après jour, voilà ce que les « grands » spécialiste français du racisme n'ont jamais abordé. Si la discrimination commence à être étudiée, la souffrance des victimes, voilà ce que les dominants ne peuvent même pas commencer à imaginer. Car l'altérisation altère aussi les dominants - personne n'est telle qu'elle le serait si la domination n'existait pas - mais en sens inverse ; elle crée des personnalités dominantes. Les caractéristiques des dominants ne sont pas vues comme des caractéristiques spécifiques, mais comme la façon d'être… normale. Bien sûr, elle ne l'est pas plus que celle des dominé-e-s. Et ces mêmes dominants somment les dominé-e-s… d'être comme eux. Sinon, eh bien sinon, c'est normal aussi que vous n'ayez pas le droit de - entre autres choses, voter, conduire, obtenir une promotion, avoir un logement décent, un travail correspondant à vos qualifications, vous promener sans votre carte d'identité ou tard le soir, etc. (p. 30-31)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“Le mystère de l’Autre se trouve résolu. L’Autre c’est celui que l’Un désigne comme tel. L’Un c’est celui qui a le pouvoir de distinguer, de dire qui est qui : qui est « Un », faisant partie du « Nous », et qui est « Autre » et n’en fait pas partie ; celui qui a le pouvoir de cataloguer, de classer, bref de nommer. (p. 19)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
“Tout le monde a l'air de savoir qui sont ces Autres ; tout le monde parle d'eux, mais eux ne parlent jamais.
En effet, dans quels discours apparaître l'Autre, sous sas forme singulière ou plurielle ? Sous la forme d'un discours adressé à des gens qui ne sont pas les Autres. Mais d'où viennent ces Autres ? Y a-t-il des Autres, et si oui, pourquoi ? Il faut, pour éclaircir ce mystère, en revenir à l'invite. Qui est invité à accepter les Autres ? Pas les Autres, évidemment. Et qui fait cette demande ? De son énonciateur, qui ne dit pas son nom, tout ce qu'on sait, c'est qu'il n'est pas un Autre. Ce n'est pas lui-même qu'il nous invite à accepter. Mais pas plus qu'il ne dit qui il est, il n'énonce qui est ce « Nous » à qui il s'adresse. Derrière l'Autre dont on entend parler sans arrêt, sans qu'il parle, se cache donc une autre personne, qui parle tout le temps sans qu'on n'en entende jamais parler : l'« Un », qui parle à « Nous ». C'est-à-dire à l'ensemble de la société de la part de l'ensemble de la société. De la société normale. De la société légitime. De celle qui est l'égale du locuteur qui nous invite à tolérer les Autres. Les Autres ne sont pas, par définition, des gens ordinaires, puisqu'ils ne sont pas « Nous ». Qui est ce « Un » parlant ? Avant toute autre chose, on sait, parce qu'il le fait, qu'il est celui qui peut définir l'Autre. Ensuite, il prendra une position de tolérance ou d'intolérance. Mais cette prise de position est seconde par rapport à sa capacité à définir l'Autre : à ce pouvoir. Les Autres sont donc ceux qui sont dans la situation d'être définis comme acceptables ou rejetables, et d'abord d'être nommés.
Au principe, à l'origine de l'existence des Uns et des Autres, il y adonc le pouvoir, simple, brut, tout nu, qui n'a pas à se faire ou à advenir, qui est. (p. 18-19)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
En effet, dans quels discours apparaître l'Autre, sous sas forme singulière ou plurielle ? Sous la forme d'un discours adressé à des gens qui ne sont pas les Autres. Mais d'où viennent ces Autres ? Y a-t-il des Autres, et si oui, pourquoi ? Il faut, pour éclaircir ce mystère, en revenir à l'invite. Qui est invité à accepter les Autres ? Pas les Autres, évidemment. Et qui fait cette demande ? De son énonciateur, qui ne dit pas son nom, tout ce qu'on sait, c'est qu'il n'est pas un Autre. Ce n'est pas lui-même qu'il nous invite à accepter. Mais pas plus qu'il ne dit qui il est, il n'énonce qui est ce « Nous » à qui il s'adresse. Derrière l'Autre dont on entend parler sans arrêt, sans qu'il parle, se cache donc une autre personne, qui parle tout le temps sans qu'on n'en entende jamais parler : l'« Un », qui parle à « Nous ». C'est-à-dire à l'ensemble de la société de la part de l'ensemble de la société. De la société normale. De la société légitime. De celle qui est l'égale du locuteur qui nous invite à tolérer les Autres. Les Autres ne sont pas, par définition, des gens ordinaires, puisqu'ils ne sont pas « Nous ». Qui est ce « Un » parlant ? Avant toute autre chose, on sait, parce qu'il le fait, qu'il est celui qui peut définir l'Autre. Ensuite, il prendra une position de tolérance ou d'intolérance. Mais cette prise de position est seconde par rapport à sa capacité à définir l'Autre : à ce pouvoir. Les Autres sont donc ceux qui sont dans la situation d'être définis comme acceptables ou rejetables, et d'abord d'être nommés.
Au principe, à l'origine de l'existence des Uns et des Autres, il y adonc le pouvoir, simple, brut, tout nu, qui n'a pas à se faire ou à advenir, qui est. (p. 18-19)”
― Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?
