PIGMENTS-NEVRALGIES Quotes

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PIGMENTS-NEVRALGIES PIGMENTS-NEVRALGIES by Léon-Gontran Damas
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“Citez-m’en :

Citez-m’en
citez m’en un
citez m’en un
un seul de rêve
qui soit allé
qui soit allé
jusqu’au bout du sien propre”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“Pardonne à dieu qui se repent

de m’avoir fait

une vie triste

une vie rude

une vie dure

une vie âpre

une vie vide

car

à l’orée du bois

sous lequel nous surprit

la nuit d’avant ma fugue afro-amérindienne

je t’avouerai sans fards

tout ce dont en silence

tu m’incrimines”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“Il n’est point de désespoir

Il n’est point de désespoir si fort soit-il
qui ne trouve au carrefour sa mort à l’aube
et bien parce qu’il n’est point de désespoir
qui ne trouve au carrefour sa mort à l’aube
l’écho avec son œil mauvais
la langue saburrale
a bel et bien tort
de prendre
cet air entendu quelque part
et de répéter à tout venant tout vent
trop tard

trop tard

Car
l’écho que j’ai à l’œil
de vouloir se donner l’air
d’avoir l’œil mauvais
et la langue saburrale
ignore
que le désespoir est mort à l’aube”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“Sur une carte postale

Passe pour chaque coin recoin de France
d’être
un Monument aux Morts
Passe pour l’enfance blanche
de grandir dans leur ombre mémorable
vivant bourrage de crâne
d’une revanche à prendre
Passe pour le crétin d’Allemand
de se promettre d’avoir la peau du Français
et d’en faire
des sauts de lits
Pour le crétin de Français
de se promettre d’avoir la peau de l’Allemand
et d’en faire des sauts de lit
Passe pour tout élan patriotique
à la bière brune
au pernod fils
mais quelle bonne dynamite
fera sauter la nuit
les monuments comme champignons
qui poussent aussi
chez moi”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“RAPPEL
(Pour Richard Danglemont)

Il est des choses
dont j'ai pu n'avoir perdu
tout souvenir

Et brimades en bambou
pour toute mangue tombée
durant l'indigestion
de tout morceau d'histoire de France

Et flûte

Flûte de roseau
jouant sur les mornes des airs d'esclaves
pendant qu'aux savanes
des boeufs sagement ruminent
pendant qu'autour
des zombies rôdent
pendant qu'ils éjaculent
les patrons d'Usine
pendant que le bon nègre
allonge sur son grabat dix à quinze heures d'Usine.”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“A ce moment-là seul
comprendrez-vous donc tous
quand leur viendra l'idée
bientôt cette idée leur viendra
de vouloir vous en bouffer du nègre
à la manière d'Hitler
bouffant du juif
sept jours fascistes
sur
sept

A ce moment-là seul
comprendrez-vous donc tous
quand leur supériorité
s'étalera
d'un bout à l'autre de leurs boulevards
et qu'alors
vous les verrez
vraiment tout se permettre
ne plus se contenter de rire avec l'index inquiet
de voir passer un nègre
mais
froidement matraquer
mais
froidement descendre
mais
froidement étendre
mais froidement
matraquer
descendre
étendre
et couper leur sexe
pour en faire des bougies pour leurs églises”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“SOLDE
(Pour Aimé Césaire)

J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs souliers
dans leurs smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon

J'ai l'impression d'être ridicule
avec mes orteils qui ne sont pas faits
pour transpirer du matin jusqu'au soir qui déshabille
avec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres
et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

J'ai l'impression d'être ridicule
avec mon cou en cheminée d'usine
avec ces maux de tête qui cessent
chaque fois que je salue quelqu'un

J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs salons
dans leurs manières
dans leurs courbettes
dans leur multiple besoin de singeries
J'ai l'impression d'être ridicule
avec tout ce qu'ils racontent
jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-midi
un peu d'eau chaude
et des gâteaux enrhumés

J'ai l'impression d'être ridicule
avec les théories qu'ils assaisonnent
au goût de leurs besoins
de leurs passions
de leurs instincts ouverts la nuit
en forme de paillasson

J'ai l'impression d'être ridicule
parmi eux complice
parmi eux souteneur
parmi eux égorgeur
les mains effroyablement rouges
du sang de leur ci-vi-li-sa-tion”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“HOQUET

Et j'ai beau avaler sept gorgées d'eau
trois à quatre fois par vingt-quatre heures
me revient mon enfance
dans un hoquet secouant
mon instinct
tel le flic le voyou
Désastre
parlez- moi du désastre
parlez-m'en
Ma mère voulant un fils très bonnes manières à table
Les mains sur la table
le pain ne se coupe pas
le pain se rompt
le pain ne se gaspille pas
le pain de Dieu
le pain de la sueur du front de votre Père
le pain du pain
Un os se mange avec mesure et discrétion
un estomac doit être sociable
et tout estomac sociable
se passe de rots
une fourchette n'est pas un cure-dent
défense de se moucher
au su et au vu de tout le monde
et puis tenez-vous droit
un nez bien élevé
ne balaye pas l'assiette
Et puis et puis
Et puis au nom du Père
du fils
du Saint-Esprit
à la fin de chaque repas
Et puis et puis
et puis désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en

Ma mère voulant d'un fils memorandum
Si votre leçon d'histoire n'est pas sue
vous n'irez pas à la messe
dimanche
avec vos effets du dimanche
Cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre nom de Dieu
Taisez-vous

Vous ai-je dit ou non qu'il vous fallait parler français
le français de France
le français du français
le français français
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en

Ma mère voulant d'un fils fils de sa mère
Vous n'avez pas salué la voisine
encore vos chaussures sales
et que je vous y reprenne dans la rue
sur l'herbe ou la Savane
à l'ombre du Monument aux Morts
à jouer
à vous ébattre avec Untel
avec Untel qui n'a pas reçu le baptême

Ma mère voulant un fils très do
très ré
très mi
très fa
très sol
très la
très si
très do
ré-mi-fa
sol-la-si
do
Il m'est revenu que vous n'étiez encore pas
à votre leçon de vi-o-lon
Un banjo
vous dites un banjo
comment dites-vous
un banjo
Non monsieur
Vous saurez qu'on ne souffre chez nous
ni ban
ni jo
ni gui
ni tare
les mulâtres ne font pas ça
laissez donc ça aux nègres”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES
“TRÊVE

Trêve de blues
de martèlements de piano
de trompette bouchée
de folie claquant des pieds
à la satisfaction du rythme
Trêve de séances à tant le swing
autour de rings
qu'énervent
des cris de fauves
Trêve de lâchage
de léchage
de lèche
et
d'une attitude
d'hyperassimilés
Trêve d'un instant
d'une vie de bon enfant
et de désirs
et de besoins
et d'égoïsmes
particuliers.”
Léon-Gontran Damas, PIGMENTS-NEVRALGIES