N'oublie pas les chevaux écumants du passé Quotes

Rate this book
Clear rating
N'oublie pas les chevaux écumants du passé N'oublie pas les chevaux écumants du passé by Singer
34 ratings, 4.44 average rating, 2 reviews
Open Preview
N'oublie pas les chevaux écumants du passé Quotes Showing 1-15 of 15
“Notre plus grande peur est la peur d'aimer. Toute souffrance a commencé par l'amour ; l'amour bafoué, renié, ignoré. L'abandon ou les cris dans une chambre d'enfant.
Si c'est cette peur qui nous fait souhaiter construire un univers où nous n'aurons plus peur - où régnera une atmosphère de sécurité- , alors l'impulsion créatrice n'est pas la bonne. Si c'est la peur qui nous fait rêver d'un monde sans violence, nous y programmons aussitôt la violence.
"Qui préfère la sécurité à la liberté aura vite fait de perdre les deux."
Il faut sortir de l'illusion sécurisante.
L'amour, par nature, met en danger. L'amour nous emporte au large, loin des estuaires et des ports de plaisance. Il décoiffe les anxieux, les craintifs, les inquiets. (p. 79-80)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Peut-être l'éducation n'est-elle pas autre chose que cette mise en scène de possibles rencontres, cet espace où se créent les conditions d'un surgissement. (p. 34)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Dans la jeunesse, l'âme n'est pas jeune. Elle est percluse du rhumatisme des modes, plie sous les idéologies, les normes en vigueur. L'Alzheimer juvénile la ronge : l'oublie de tout ce que l'enfant savait encore sur le sens profond des choses. La jeunesse transbahute tous les préjugés qu'on lui a inculqués, les jugements féroces, les catégories assassines. Elle est souvent dure comme le monde qui l'accueille. Sa lumière est sous le boisseau.
Ce long travail de la libération de l'intelligence, ce déminage du terrain après tant d'années d'occupation étrangère sont l'œuvre de la maturité. Quand l'obligation de faire un avec sa génération n'est plus une question de survie, on peut enfin écarter les œillères, laisser venir la clarté. Comme dans les grandes forêts où l'automne, en dépouillent les branches, donne le ciel à voir.
"Il faut toute une vie, écrit Jean Sulivan, pour élargir son cœur, ses opinions, pour conquérir sa liberté spirituelle." (p. 116-117)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Dès que je manie la critique, je sens s'aggraver l'irritation, et en même temps j'ai conscience que c'est cette irritation même qui crée l'adversaire ! Les deux vont ensemble. Cette indignation que je laisse monter en moi donne une énergie colossale au Léviathan qui se tient devant moi. Ainsi me place-t-il où il veut m'avoir : dans la réaction - c'est-à-dire dans la guerre. (p. 100)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“L'amour de soi !
L'amour de soi - qui est le fondement de l'amour - est une expérience bouleversante, ontologique et mystique. Il ne s'agit pas de l'amour porté à cette personnalité que j'ai réussi à construire. C'est un grande sympathie que j'éprouve pour elle tout au plus.. Non, l'amour s'ancre ailleurs. Il s'ancre d'abord dans la stupéfaction d'être vivant et étrangement dans l'expérience du corps.”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“L'homme occidental a une propension colossale à la haine de soi : l'imaginaire collectif miné de guerres et de haines idéologiques et aussi la loyauté envers ceux qui ont souffert le retiennent de vivre.
Souvent l'égoïsme n'est que le deuil hargneux du respect de soi. (p. 83)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“En dressant un mur contre la haine du monde, sa laideur, sa tristesse, sa vénalité, sa dépression - comme si tout cela ne nous concernait pas -, nous nous ôtons le seul puissant outil de changement : la conscience que ce monde n'est rien d'autre que le précipité chimique de toutes mes pensée, de toutes mes peurs, de toutes mes cruautés. (p. 81)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“L'invitation n'est pas de mélanger les différences dans une soupe immonde - one way of life -, ni d'abandonner nos visions et nos loyautés mais de les faire se frotter les unes aux autres comme silex pour qu'en jaillissent les étincelles qui éclairent la nuit du monde. (p. 73)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Et si l'essentiel d'une vie consistait à accueillir l'ébranlement, la secousse, le dérangement causé par l'autre ? (p. 73)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Une conviction m'est acquise : toute forme de rejet de l'autre, de racisme et de xénophobie a toujours la même origine : une crasse ignorance et une atrophie de la fonction d'imagination. La curiosité intellectuelle, sensuelle et vivante est le seul puissant anticorps. (p. 68-69)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Il faut oser le voir : les hommes sont profondément différents les uns des autres. De même que les cultures. S'ils sont égaux, c'est en différence. La déclaration mérite d'être formulée de neuf : tous les hommes sont différents. Personne ne peut être contraint - ni contraindre un autre - à être moins différent que tous les autres. (p. 71)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Car, en vérité, qui est plus étranger à l'homme que la femme et à la femme que l'homme ? Et ce problème se laisse retourner dans tous les sens selon la mode du jour. Il demeure entier. La femme est aussi étrangère à l'homme que l'homme à la femme, que le Celte au Romain et le Romain au Celte, que l'Arabe à l'Américain et l'Américain à l'Arabe, l'Irlandais à l'Anglais et l'Anglais à l'Irlandais, le Turc au Suisse, le Suisse au Turc… Et leur histoire est aussi sanglante que celle des nations. Leurs guerres aussi terribles. Eux aussi et elles aussi auront, s'ils veulent arrêter le char du diable, à passer par le chas de l'aiguille : le respect réciproque.
L'autre est - et demeure - terre inconnue. (p. 65)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Le monde créé est étonnant et détonant. Son unité première a explosé en milliers de manifestations. L'humanité en est une.
Quand au monde des hommes, il est lui-même l'inconcevable passage de l'UN au multiple. Du couple fondateur et mythique part l'explosion des fratries, des ethnies, des clans et des nations. (p. 61)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“Un fluide insaisissable coule d'une génération à l'autre.
Lorsque nous développons nos antennes et apprenons à déceler partout la trace d'autres passants, d'autres humains vivants ou morts, alors notre façon d'être au monde se dilate et s'agrandit.
Je suis le témoin de la scène suivante :
Un ami de longue date, Richard Baker Roshi, héritier dharma de Suzuki Roshi, et sa fille de trois ans sont installés à la table du petit déjeuner chez nous. Sophie commence avec son couteau à rayer la table. Et grâce à ce geste qui ne m'as guère enchantée, voilà que j'assiste à une leçon de transmission.
Le père arrête avec douceur la petite main.
"Halte, Sophie, à qui est cette table ?"
Alors la petite fille boudeuse :
"Je sais ! A Christiane.
- Non, mais avant Christiane !... Elle est ancienne cette table, n'est-ce pas ? D'autres ont déjeuné là...
- Oui, les parents, les grands-parents, les....
- ... Mais ce n'est pas tout !.... Avant encore ?...
Elle a appartenu à l'ébéniste qui en avait acquis le bois. Mais d'où venait-il ce bois ?... Oui, d'un arbre qu'avait abattu le bûcheron... mais l'arbre, à qui appartenait-il ?... A la forêt qui l'a protégé... Oui... et à la terre qui l'a nourri... à l'air, à la lumière, à l'univers entier... !
... Et puis, Sophie, elle appartient à d'autres... la table... à ceux qui ne sont pas encore nés et qui viendront après nous... ici même quand nous seront partis et quand nous serons morts."
Un cercle après l'autre se forme, comme après le jet d'une pierre dans un étang.
Et les yeux de Sophie aussi s'agrandissent, se dilatent.

L'hommage aux origines. Ainsi commence tout processus d'humanisation. (p. 15-16”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé
“L'homo technicus-economicus croit aussi, à sa manière, se suffire à lui-même. Arrogant, démiurge, autosatisfait, il se frotte les mains, dispose de tout ce qu'offre la planète, s'arroge tous les droits, ignore ses devoirs, coupe les liens qui le relient aux autres humains, à la nature, à l'histoire et au cosmos. Il pousse si loin l'émancipation qu'il court le risque de déchirer tous les fils et de décrocher, de se décrocher, de s'auto-expulser de la création. Son idéologie est si simpliste que n'importe quel fondamentalisme religieux apparaît en comparaison subtil et pluriel. Un seul précepte, une seule loi, un seul paramètre, un seul étalon : le rendement ! Qui dit mieux dans la trivialité criminelle d'un ordre unique ? Comment ne pas voir que chaque subside retiré à la culture et à l'éducation devra être multiplié par cent pour renflouer les services médicaux, l'aide sociale et la sécurité policière ? Car sans connaissances, sans vision et sans fertilité imaginaire, toute société sombre tôt ou tard dans le non-sens et l'agression.
Il existe à ce jeu macabre un puissant contre-poison.
A portée de la main, à tout instant : c'est la gratitude.
Elle seule suspend notre course avide.
Elle seule donne accès à une abondance sans rivage.
Elle révèle que tout est don et qui plus est : don immérité. Non parce que nous en serions, selon une optique moralisante, indignes, mais parce que notre mérite ne sera jamais assez grand pour contrebalancer la générosité de la vie ! (p. 13-14)”
Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé