Le Monde sur le flanc de la truite Quotes

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Le Monde sur le flanc de la truite Le Monde sur le flanc de la truite by Robert Lalonde
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“Ce n'est qu'à force de bien regarder, qu'à force de voir, qu'on s'apaise, qu'on appartient à nouveau au monde, qu'on comprend, qu'on trouve un peu sa place, étrange et précise, dans l'univers enchamaillé.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“Se savoir vivant c'est se savoir, non pas protégé et spectateur, mais marchant, cherchant, fouillant, à la fois téméraire et incertain, inquiet, espérant, n'ayant qu'une semaine, qu'un jour pour voir, connaître, comprendre.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“On regarde la télévision pour être moins seul et on se retrouve enfermé dans un cachot sur les murs duquel sont projetés les rêves des autres -- des cauchemars, le plus souvent! -- qui nous transforment comme le narrateur de La Métamorphose, en bibitte inexplicable.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“Ce qui nous manque le plus, aujourd'hui, c'est le désir, la lutte pour le désir. Nous voulons être heureux sans le désirer, sans lutter. Nous n'aimons plus rêver et nous débattre. Nous voulons, exigeons, réclamons.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“La peine, parfois, est beaucoup plus grande que l'orgueil. Il faut la lâcher, pleurer, crier, piaffer et goûter son sang dans l'eau du ruisseau...”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“La moustiquaire, un manège, un grand jeu dangereux, un piège voluptueux et mortel. En est-il autrement de ce qu'on appelle nos aventures, nos exploits, nos vices? Ces errements épouvantables et passionnés qui nous font battre le cœur et nous meurtrissent, ces incartades en zones superbement terrifiantes, abîme où le désir nous jette, flancs de montagne abrupts où s'accrochent amoureusement les grimpeurs, fusées où s'entassent, avec un effrayant bonheur de curiosité, les astronautes fous, terrains vagues où vont s'aimer jusqu'au martyre les grands solitaires obsédés. Notre passion est celle du monarque dans la moustiquaire : on y perd des bouts d'ailes, des bouts de pattes, mais – abîme promis, abîme donné –, on y retourne, comme des drogués.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“Au téléphone, un ami écrivain me parle d'exil. Apparemment, il ne pourra plus rien écrire 'ici'. Tout est fermé, bloqué, et les lecteurs restent inimaginables, à l'autre bout de son tunnel. Je ne sais trop quoi lui dire, car je suis sûr qu'il se trompe, ou plutôt qu'il est trompé par une souffrance que je connais bien, moi aussi, et qui nous a donné notre lot de poètes à la tête flambée. Je lui parle de ça, de la tentation épouvantable de partir, du leurre qu'est ce désir d'aller trouver ailleurs on ne sait quoi. Je regarde dehors pendant que je l'écoute se plaindre, avec une voix tremblante, pleine de cette émotion impérissable du poète déserté par le désir, et auquel il ne vient plus que des mots anciens, pour parler de l'éternelle misère de ne plus savoir comment faire. Je regarde dehors et aperçois le bouleau qui balance dans le vent. On oscille sans cesse, on hésite tous, toujours on bat la mesure d'une inaliénable incertitude. C'est comme ça. Je lui dis que j'aime ce qu'il est, ce qu'il fait, mais ce n'est pas assez, comme de raison. L'amour n'est pas assez quand on est seul et enfoncé si loin dans l'inquiétude. Je l'écoute et je regarde les arbres secoués par le vent et c'est pareil : nous sommes tous secoués, bardassés, perpétuellement ébranlés sur nos racines.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“On avance, comme saoulé, on marche en perdant de temps en temps le souffle, on est un intrus qui s'obstine, qui cherche follement à se sentir de nouveau chez lui, dans ce temps et cet espace neufs, saturés, et qui vous refoulent. Vous êtes l'étranger, le déserteur, celui qui a fuit, qui ne sait plus où en sont les oiseaux de leurs amours, de leurs fouilles, de leurs nids, où en sont les branches, les vers, les salamandres. Vous vous êtes absenté et tout a tellement progressé, mûri, tout s'est tellement déployé, que vous vagabondez en exilé parmi les mille commencements qui vous ont pris de vitesse, et qui vous dépassent grandement.
Vous tombez assis sur une chaise qui ne vous reconnaît plus, qui est d'un accueil rêche et frisquet, vous surprend les fesses avec des rugosités de bois récemment tourmenté par de la pluie et du vent que vous n'avez pas connus. Vous soufflez difficultueusement, comme un convalescent à qui on a périlleusement permis cette sortie aventureuse dans l'univers en fusion où vous risquez d'aggraver votre souffrance, ce mal dont vous ignorez tout encore, et qui a quelque chose à voir avec votre absence, votre éternelle distraction, votre effrayant et inguérissable désir d'être une créature séparée, grandiose, unique, gagnante. Vous vous laissez brasser, secouer, venter. Vous rattraper lentement le morceau de saison perdu, vaille que vaille, vous revenez, et de loin, vous le savez bien. Mais d'où? Où étiez-vous?”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“Nous rentrons de la ville, la tête en désordre et le coeur essoufflé, pour trouver tout changé. En quatre jours, pendant lesquels j'ai lâché un peu de ma substance pour gagner ma vie, le jardin, le bois, le ciel, l'air et l'eau ont poursuivi l'inexorable métamorphose, et je suis envahi, perdu, quasiment tourmenté. Est-ce que j'avance, moi, est-ce que je progresse, est-ce que je me métamorphose ? Ou bien est-ce que je vis dans un temps immuable, immobile où "je m'attends infiniment", comme l'écrit Flannery [O'Connor]?”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“C'est que, parler des autres, fouiller dans leurs livres, les écouter, les entendre, les réentendre, c'est ma seule façon de me taire.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“Bien sûr, si on ne regarde que soi, sa petite histoire, la tragédie du bonheur personnel (plutôt rétif à tout contentement), on n'en mène pas large.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“Légendaires et admirables ouvrages fantomatiques dont il ne reste rien, à l'aube, sauf, peut-être, le soupçon, qui va sans cesse grandissant, que l'arrogance et la forfanterie ne me feront jamais rien écrire d'autre que ces palimpsestes nuiteux, aussitôt mangés par le frétillant, l'implacable soleil du matin.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite
“J'écris pour cesser de savoir et pour commencer d'apercevoir et de sentir.”
Robert Lalonde, Le Monde sur le flanc de la truite