Audrée > Audrée's Quotes

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  • #1
    Audrée Wilhelmy
    “Devant l'Opéra, la foule s'était dispersée, il ne restait qu'une dizaine de passants et un petit groupe de viveurs qui buvaient bruyamment dans un coin de la Grand-Place. Je me postai près de la fontaine, restant en selle tandis que les chiens se dispersaient pour chercher la trace olfactive de ma femme. Le temps sembla se suspendre tandis que les bêtes entraient dans les ruelles et en sortaient, flairant des milliers de pistes sans détecter la bonne. La nuit avançait sans qu'ils la repèrent, une rage sourde me tenait droit malgré des relents d'ivresse, l'agressivité des chiens m'enflammait et je me surpris à désirer la mort de Phélie comme j'aurais souhaité celle d'un animal mystique – un éléphant blanc ou un cerf à trois bois –, non seulement pour le plaisir du meurtre, mais en me figurant ce sacrifice comme la métaphore d'un geste plus grand. L'horloge du campanile sonna une heure. Il se mit à tomber une neige pâteuse qui collait aux vêtements, mais fondait sur le pelage ras des mâtins, et la température chuta. Les chiens écumaient, une buée blanchâtre s'exhalait de leur robe rendue moite par l'effort et quand, enfin, le braque halena Phélie et rappela à son côté les quatre autres bêtes, il poussa un hurlement terrible qui effraya les derniers passants. Les pharaons se précipitèrent au devant du grand chien gris, lui ouvrant le chemin comme à un empereur, et l'escadron s'engouffra dans une ruelle étroite où je le suivis avec peine.”
    Audrée Wilhelmy, Les sangs

  • #2
    Audrée Wilhelmy
    “L'air de la grève refroidit quand on avance vers le large. La nuit est longue, pleine de fumée, les mouches ont déserté la plage: peut-être qu'il est trop tard et que les insectes aussi dorment quand il fait si noir.
    Noé marche lentement. L'eau glaciale lui monte au genoux, mais elle sait nager, même dans les vagues très froides ou quand le presbytère brûle. Elle avance à reculons – dos aux flots, à fixer le village – parce qu'il y a cette ligne, juste sous le nombril: c'est terrible quand le tissu mouille jusque-là. Il vaut mieux se jeter tout le corps à l'eau d'un coup, pour ne pas sentir la barre froide monter le long du linge. De dos, le choc est moins vif contre la peau.
    La nuit est grise de fumée, les nuages ressemblent à des éponges de mer qui se gonflent d'orage et de pluie. Noé recule, elle s'enfonce vers le large et soudain, des mains se referment sur ses épaules. Elle ne sursaute pas.”
    Audrée Wilhelmy, Oss



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