J’ai commencé à lire Steve Berry à ses débuts, lors de la parution de L’Héritage des Templiers en 2007, dans le Sud de la France — pas une journée pluvieuse, non, mais une de celles où l’on se sent prêt à voyager sans bouger de chez soi. Après avoir suivi les aventures de Cotton Malone pendant une dizaine d’années, je l’ai délaissé sans vraiment m’en rendre compte. Et finalement, c’est grâce à un simple crédit audio dont il fallait me débarrasser sur Audible, avant de mettre fin à mon abonnement, que je me suis replongé dans ce premier volume des enquêtes de Cotton Malone.
Dix pages. C’est tout ce qu’il m’a fallu pour retrouver un personnage que je n’ai plus jamais retrouvé ailleurs. Cotton Malone possède une aura très particulière, une noirceur presque tranquille, qui le rend à la fois distant et étrangement familier. Ancien agent du Département de la Justice devenu libraire à Copenhague, il ne ressemble à aucun héros du genre : moins flamboyant, plus réfléchi, souvent taciturne, il agit avec la prudence d’un érudit plutôt qu’avec la témérité d’un soldat. C’est précisément ce mélange de lucidité et de mystère qui fait de lui un protagoniste inoubliable.
L’Héritage des Templiers incarne tout ce que j’aime dans les thrillers historiques : une intrigue riche, solidement documentée, où la frontière entre vérité et fiction se brouille jusqu’à devenir indiscernable. J’ai toujours eu un faible pour les récits — qu’ils soient fictifs ou non — cherchant à percer le mystère de Jésus et, plus largement, de la foi. Ce roman, avec sa quête de vérité vieille de deux millénaires, m’a captivé de la première à la dernière page. Même en connaissant le dénouement, je me suis laissé happer par cette enquête ésotérique où le passé et le présent s’entrelacent dans une tension constante.
Steve Berry, à travers sa plume précise et rythmée, parvient à mêler érudition et suspense sans jamais sacrifier l’un à l’autre. Chaque chapitre dévoile une nouvelle strate du mystère, chaque lieu traversé — de Rennes-le-Château aux archives secrètes du Vatican — semble dissimuler une vérité enfouie. Et c’est là toute la force de son écriture : nous faire douter, nous faire croire, nous faire réfléchir.
Une mention spéciale s’impose pour la postface de l’auteur. Ce dernier prend le temps, après le récit, d’expliquer les faits historiques réels et ceux issus de son imagination. À une époque où cette pratique s’est raréfiée, remplacée par le sempiternel “Toute ressemblance avec des faits réels…”, il est rafraîchissant de constater qu’un auteur prenne encore la peine de partager les coulisses de sa recherche. Ce souci d’authenticité témoigne du respect qu’il porte à ses lecteurs, mais aussi de la passion qui anime sa démarche.
L’Héritage des Templiers n’est donc pas qu’un simple roman d’aventure : c’est une porte ouverte sur la mémoire collective, sur les secrets que l’Histoire dissimule derrière ses symboles et ses silences. Plus qu’un thriller, c’est une réflexion sur la foi, la vérité et la manière dont les croyances façonnent le monde.
Et me voilà, presque vingt ans plus tard, à retrouver Cotton Malone comme un vieil ami croisé au détour d’un souvenir. Je n’ai désormais qu’une hâte : poursuivre ma lecture des tomes suivants. Même si, soyons honnêtes, le prix du numérique risque bien de tempérer mes ambitions — 18 € pour un ebook de 2008 quand les nouveautés de 2025 plafonnent à 16 €, il y a de quoi méditer sur les véritables mystères de ce monde.
Benjamin L. Urbanski – Le Parfum des Mots
22 octobre 2025