J'étais très curieuse de lire ce livre qui enthousiasme les jeunes lecteurs autour de moi, contente d'avoir une lecture francophone pour une fois, plutôt qu'une traduction d'un succès anglo-saxon. Autre point très positif, l'éditeur propose ce premier tome de la série à un tout petit prix en ebook, c'est très bien. Dans un but marketing certainement, mais c'est tout de même très bien !
Il y a de très bonnes choses dans ce livre dont j'ai lu une petite moitié. J'ai eu un peu mauvaise conscience de si peu apprécier un texte autant travaillé, mais j'étais trop agacée et j'ai préféré arrêté. Les maladresses étaient trop nombreuses et trop fréquentes pour que je puisse passer outre.
Le cadre de l'histoire est bien pensé et fonctionne bien : un nouveau président des EU décide de privatiser à tout va pour corriger le déficit du pays, la NASA devient privée et les acheteurs balaient tous les projets en cours sauf celui de la conquête de la planète Mars. Puis, pour rentabiliser leur investissement, ils décident d'envoyer non pas des astronautes pour commencer à coloniser la planète, mais douze jeunes gens des deux sexes dans le cadre d'une télé-réalité inter-planétaire - six mariages promis pour commencer à peupler Mars.
Le style de l'auteur est de qualité, il écrit bien dans la forme (hélas pas dans la technique, voir plus loin). C'est bien agréable de lire des romans jeunesse avec des phrases joliment structurées et un vocabulaire riche.
L'idée de proposer une héroïne, Léonor, attirée par le programme pour des raisons plus pragmatiques que glamours est bonne, même si en creusant un peu on réalise que c'est la seule raison qui pourrait pousser quelqu'un de cet âge-là (tous ont autour de 18 ans) à aller s'expatrier sur une planète lointaine pour ne jamais en revenir, en compagnie de seulement onze inconnus...
Le choix de mettre en scène des personnes de pays différents est également très rafraîchissant.
La double narration alternée, première personne du singulier pour Léonor et troisième personne pour suivre ceux restés sur terre, était une bonne idée et aurait pu enrichir beaucoup le récit si les choix narratifs de l'auteur avaient été plus subtils.
L'histoire est intéressante, très riche, et aurait pu me passionner si je n'avais pas été sans cesse rebutée par les points qui me semblent de réels défauts… :/
Enfin et surtout, l'auteur a très bien travaillé, avec beaucoup d'enthousiasme, aux aspects pratiques et techniques de la conquête de l'espace, accordant beaucoup de soin en particulier au vaisseau spatial, offrant même un croquis détaillé, c'est très sympa.
Les points faibles sont hélas trop pesants dans ce livre et m'ont forcé à abandonner ma lecture, bien que j'aurais été assez curieuse de connaître la suite. Voilà qui prouve que j'aurais été un piètre éditeur ! Jamais je n'aurais accepté un manuscrit nourri de ce genre de lourdeurs, j'aurais insisté et insisté pour que l'auteur les corrige ! Et pourtant, tel quel ce roman enthousiasme ses lecteurs, je dois donc, encore, pinailler trop, peut-être...
Pour commencer la volonté de l'auteur de ne rien laisser dans l'ombre appauvrit beaucoup l'ambiance du livre : dès les premiers instants on apprend ce que fomentent les "méchants", alors qu'il aurait été tout à fait possible, et souhaitable à mon avis, de les faire parler à mots couverts plutôt que de nous jeter leurs sinistres plans à la figure à la première occasion ! Les seuls mystères qui nous restent à découvrir sont le petit secret bien caché de chacun, une caractéristique très particulière (ça vous rappelle une télé réalité, oui moi aussi !). À mon stade de lecture j'en avais déjà découvert deux, alors c'est sûr que c'est intrigant, mais de l'ordre du détail.
Ceci aurait permis en outre de corriger un défaut rédhibitoire à mes yeux : très souvent les personnages expliquent quelque chose en détail à des personnes qui le savent déjà parfaitement bien ! Ces propos artificiels sont là pour le lecteur, et uniquement pour lui, et c'est aussi gênant que vaguement ridicule. Surtout quand on assiste au complot des méchants et qu'ils se renvoient la balle pour tout nous expliquer de leurs plans qu'ils connaissent tous sur le bout des doigts.
Autre maladresse narrative, curieusement très souvent rencontrée dans bien des succès marketings (jamais dans les classiques, et pour cause !), alors que cela me semble être le B.A.BA de l'écriture : quand on emploie la première personne du singulier, à moins de choisir un mode confession (le personnage s'adresse directement au lecteur et lui explique ce qu'il doit savoir), on ne devrait éviter de signaler des évidences. Par exemple, on peut dire "Je rejette en arrière mes cheveux qui me gênent", mais pas "Je rejette en arrière ma splendide crinière de cheveux blond doré". Tout simplement parce que, premièrement, la personne SAIT que ses cheveux sont blonds et que, deuxièmement, à moins de nourrir un culte de sa personne d'un narcissisme effarant, personne ne pense de soi en termes admiratifs.
Dans ce livre c'est catastrophique : Léonor parle sans cesse de ses cheveux ROUX (quelle surprise, oh la la mes cheveux sont roux dis-donc ! en 18 ans je n'avais ja-mais remarqué, mais dis-donc c'est vrai qu'ils sont roux !!). L'auteur est manifestement complètement sous le charme du personnage qu'il a inventé et il en fait trop, tout le temps, beuh.
Par exemple : "J'essuie ma poitrine couleur de lait, la seule partie de mon corps que les taches de rousseur ont oublié d'éclabousser" (très jolie formule d'ailleurs, à la 3° personne du singulier j'aurais apprécié).
Je ne sais pas pour vous, mais quand je sors de la douche, je n'ai pas ce genre de propos en tête ! ^-^
D'une manière générale, j'ai trouvé les personnages ratés, ils n'ont jamais pris vie à mes yeux. Il y a beaucoup de contradictions, comme celle de présenter des jeunes gens triés sur le volet, ayant accepté de quitter la Terre à tout jamais pour se marier à un inconnu dans un choix excessivement restreint, de subir une année d'entraînement intensif, des jeunes gens au passé douloureux, des jeunes gens qui ne peuvent qu'être intelligents et réfléchis, et de les faire parler de manière complètement idiote et stéréotypée les trois quarts du temps. J'ai particulièrement grincé des dents à entendre les filles s'extasier en mode groupie sur les photos des prétendants qu'elles découvrent enfin, alors qu'elles sont embarquées sur une fusée depuis 3 jours pour aller vivre sur Mars pour toujours ! Qu'on tienne ce genre de propos superficiels à propos de personnages publics ou de romans je le conçois. Mais dans une situation de ce genre, réelle ? Non, c'est ridicule. Aucune fille ne s'inquiète de la personnalité des prétendants, juste de la taille de leurs biceps et de la couleur de leurs yeux. Sauf l'héroïne, évidemment, c'est censé être la seule à avoir du plomb dans la tête, mais ce n'est pas crédible du tout. Elles devraient avoir peur, au moins un peu, être inquiètes, se demander QUI sont vraiment ces personnes qui vont partager le reste de leur vie. Là on dirait des enfants de cinq ans à un goûter d'anniversaire !
La psychologie des personnages est inexistante, on reste dans le stéréotype à peine nuancé. L'image offerte des jeunes adultes de 18 ans n'est vraiment pas flatteuse...
Enfin le style est souvent très niais et démodé. Pas dans le genre désuet, dans le genre vocabulaire mal choisi, les effets de style... Ça sonne très faux à mes oreilles, c'est crispant. Et l'admiration éperdue de l'auteur pour ses personnages me gêne beaucoup (pourtant c'est un bon choix, il semble que ça marche super bien près de la plupart des lecteurs !)
Voilà quelques exemples :
"Mais rien ne peut nous calmer. Nous nous poursuivons comme des folles. On descend les barreaux de l'échelle quatre par quatre, et Louve [le chien] aussi – les caniches sont les meilleurs chiens de cirque c'est bien connu ! Aboiements, cris de joie, dérapages plus ou moins contrôlés, batailles d'oreillers".
Ce passage est censé être mignon j'imagine, je le trouve cruchon…
"Ses cheveux châtains, denses et lisses, sont coiffés avec application, soulignant ses traits réguliers, la structure harmonieuse de son visage. La lumière des projecteurs embarqués fait briller ses yeux gris sous ses sourcils droits et épais, donnant à son regard une intensité peu commune".
N'en jetez plus, on a compris, c'est un fantasme vivant !
Et on a le droit à ça à chaque fois, à chaque personnage, presque à chaque scène.
Alors certes c'est bien écrit, mais je n'aime pas les post-it du genre :"là, regarde, il est super beau, pâme-toi !!" ou "regarde elle est si belle, si cool, si parfaite, c'est le personnage idéal !!
Je préfère me faire ma propre idée, grâce ce que l'auteur me montre et non pas par ce qu'il m'impose…