Ce livre est l'un des meilleurs livres jeunesse que je connaisse, avec probablement Tobie Lolness. Et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord l'écriture. Le premier tome d'Ewilan est un peu maladroit, je le reconnaît. J'ai l'impression que l'auteur cherche son style, tente des choses, utilise à la fois un lexique trop compliqué pour une histoire destinée aux jeunes adolescents et des personnages trop simplistes pour être réels. Mais à partir du tome 3 environ, tout change. Ce qui fait la vraie richesse de Pierre Bottero, c'est sa poésie. Ce sont des phrases simples, courtes, qui sont comme une flèche qui se fiche dans le coeur des lecteurs. "Le marchombre est mouvement. La mort n'est qu'un mouvement plus ample que les autres" Absolument délicieux. C'est véritablement au travers de la poésie marchombre que se révèle le talent de l'auteur, il parvient même à créer différents niveaux de poésie, celui d'Ellana, celui de Selim, celui d'Ellundril, celui de la Dame et de son Héros, c'est incroyable. Mais pas uniquement cela : il est créatif. Ces citations au début de chaque chapitre qui approfondissent le monde de Gwendalavir, ces pages du carnet de Kamil, le périple de Maniel, ce ne sont que des détails mais qui rendent la lecture tellement plus intéressante.
Ensuite les personnages. Dans l'ensemble, les personnages sont relativement binaires au début de l'histoire et reprennent des clichés des romans jeunesse de l'époque. On a le thème de l'élue au travers d'Ewilan, le guerrier surpuissant avec Edwin, les femmes fatales / guerrières avec Ellana et Siam etc. Mais au fil de l'histoire, ces personnages gagnent en profondeur.
On a d'abord Ewilan qui est assez insupportable au début mais que je trouve relativement réaliste. Quand on a 15 ans, on est égoïste! Sur bien des points, Ewilan me fait penser à une véritable adolescente qui pourrait exister, bien qu'elle soit l'héroïne. Ses aventures me paraissent bien plus crédible puisqu'elle est toujours accompagnée d'adultes rompus au combat, bien plus que Harry Potter dans le même genre, qui bat Voldemort quand il a 11 ans avec comme seule aide, Ron et Hermione (what??).
Il y a sa relation avec Salim aussi. Certains trouvent son rôle rabaissé à l'amoureux transi, mais je trouve que pour une fois que c'est dans ce sens et non dans l'autre! Salim est un excellent exemple de respect du consentement, de patience, d'aide et de présence rassurante envers Ewilan, et je trouve que c'est une meilleure représentation de l'amour que dans beaucoup d'autres fictions. Et il est son propre individu aussi! C'est un loup, un marchombre, reconnu par Ellundril Chariakin, il existe en dehors d'Ewilan. Son personnage est complet et j'ai beaucoup d'affection pour lui.
Puis il y a l'exemple parfait de la femme fatale et guerrière discrète en Ellana. C'est tellement cliché mais à la fois, tellement mieux fait que dans Hunger Games par exemple. Car si on lit sa propre trilogie, Ellana n'est pas parfaite, elle est têtue, auto-centrée, sûre d'elle, un égo un peu trop gros, et elle échoue, souvent! C'est en ça bien plus que dans ses exploits qu'Ellana avance et devient un véritable personnage.
Et puis il y a Artis, Bjorn, Maniel, Mathieu, mes préférés car ils sont tous des êtres du commun mais tous ont leu singularité. Particulièrement Artis pour qui j'ai beaucoup d'affection, et qui trouve sa place qui est la sienne dans ce tome, qui se révèle être le seul capable d'aider Mathieu lorsqu'il en a besoin.
Une critique que je ferai cependant à l'histoire c'est de présenter TOUTES les filles comme belles, comme si une femme pour avoir un rôle dans l'histoire ne pouvait exister autrement. Autant Salim, Bjorn, Artis, Duom etc. ne sont jamais caractérisé par leur physique, si Edwin l'est c'est pour le décrire comme charismatique mais qui n'ajoute en rien à sa véritable valeur qui se trouve dans sa maîtrise des armes, autant Ewilan, Siam et Ellana, même Elicia sont réduites à leur beauté. Je comprends pour Siam car cela renforce son personnage : elle a toujours été un objet de désir pour les hommes donc elle s'est encore plus enfoncée dans son amour pour la guerre. Mais Ellana? Cela n'ajoute rien à son personnage de dire qu'elle a "des cheveux soyeux" ou "des belles formes". Ellana au contraire devrait exister pour elle-même. Pareil pour Ewilan : au delà de ses yeux magnifiques, son physique toujours décrit comme belle l'objectifie. Et Elicia est la pire de toute puisque ses seules qualités sont d'être belle, charmante, douce, apaisante, maternelle etc. Donc je dirai quand même que, bien que ce soient de bons exemples à donner à la jeunesse, la représentation des personnages féminins passe un peu trop par le physique.
Et pour l'intrigue, juste, c'est incroyable. Autant la première trilogie est très classique (c'est une quête pour sauver un pays, bon, on connaît), autant dans cette trilogie on atteint enfin l'inventivité de l'auteur. Il y a tant d'originalité dans ce second continent! Une variante du Dessin? Incroyable. Des animaux gigantesques? Ça marche pour moi. Un culte démoniaque? Je dis oui. Un peuple qui vit sur des bateau à voile dans un désert? Parfait. Une organisation politique innovante? Envoie. J'adore le monde de Gwendalavir, j'adore sa description, j'adore son fonctionnement, j'adore ses usages, j'adore ses personnages, je trouve ce monde vraiment enivrant et je n'ai pas beaucoup trouvé d'équivalant en héroïque fantaisie entre ce subtil mélange de description et de détails à laisser combler au lecteur.
En bref: cette seconde trilogie est géniale, même en tant qu'adulte je la relis avec plaisir. C'est profond, poétique, magique.