Ah, Madame Catastrophe... Elle a le cœur à la bonne place, veut aider tout le monde, mais ne fait qu’aggraver la situation chaque fois. Quelle maladroite ! Quelle empotée ! Et nous rions de ses mésaventures avec les chaussures de Monsieur Grand, la convalescence de Monsieur Heureux... Puis, nous fermons le livre, ignorant qu’en fait, Madame Catastrophe est une authentique révoltée, qui travaille à saboter l’ordre social en agissant superficiellement selon son conditionnement (souriante, pleine de bonne volonté, toujours prête à aider...) pour mieux tourner le fer dans la plaie des oppresseurs. Observons seulement ce qu’elle inflige à Monsieur Grand : après l’avoir fait tomber en attachant ses lacets ensemble, elle lui met un pansement sur la bouche en guise de bâillon, pour ensuite l’arracher d’un coup sec. Bref, sous couvert de prêter assistance à Monsieur Grand, Madame Catastrophe le torture. Elle se venge, peut-être inconsciemment en quelque sorte, de son infériorité, et dans la chute de Monsieur Grand, il faut voir celle d’un système qui ne trouve aucune défense contre une femme qui a su détourner son conditionnement au point d’en faire une arme. Aussi, de mon point de vue, Madame Catastrophe est à ranger au côté de ces résistants passifs de la littérature, comme Oblomov ou Bartleby.
Bien sûr, on peut faire abstraction de cette lecture pour ne voir dans Madame Catastrophe qu’une histoire amusante grâce à l’humour slapstick, mais même à ce niveau-là, ça fonctionne très bien. C’est en tout cas mon Madame préféré, et si vous n’aviez qu’un livre de cette collection à acheter, c’est celui-là que je vous conseillerais.