Une écriture solide, fluide, quelques effets de style agréables, un bon sens de l'atmosphère.
Après, l'intrigue ne m'a pas convaincue. Les prémisses sont pourtant percutantes : un type qui survit à l'assaut d'un tueur en série et qui devient ensuite spécialiste du sujet.
Je sens que l'auteur a voulu faire différent de tous les polars mettant en scène des tueurs en série, éviter de tomber dans le psychodrame, mettre de l'avant l'ampleur des recherches qu'il a menées sur le sujet. En refusant de mythifier le personnage de son tueur, il fait exactement l'inverse : il en fait un personnage bancal, une ombre, en fait, une machine à tuer, froid et sans personnalité sinon qu'il est rigoureusement organisé. Ellory joue jusqu'à la fin la carte de "il n'y a pas de 'pourquoi', les tueurs en série obéissent à une pulsion et rien d'autre, ils doivent tuer parce que c'est logique pour eux, et pour eux seulement" - comme s'il refusait d'explorer leur psychologie, de peur d'entrer dans le 'mythe du monstre'. Néanmoins, ce genre d'explication contribue à déshumaniser le tueur, à le placer dans une catégorie à part de l'humanité - un fou ou un illuminé à qui la logique ne s'applique pas, pour qui il ne faut pas chercher de cause ou d'origine. Ce qui m'embête de cela, c'est que ça m'apparaît bâclé : un individu est le fruit de son environnement, et même si l'on cherche à éviter le 'mythe' ou le cliché, on peut tenter de trouver un fondement à toute la violence qu'il porte en lui. J'aurais aimé que l'on plonge davantage dans cette fascination/admiration qu'ont certaines personnes pour les tueurs en série, dans la violence et la noirceur qui imbibent la société américaine. Ce que l'auteur laisse de côté, c'est la notion que les tueurs en série sont des êtres brisés - pas au sens tragique, empathique, mais plutôt au sens pitoyable : des hommes pervers, abjects, narcissiques, misogynes et pathétiques, incompatibles avec la vie en société, qui font souffrir pour assouvir leurs pulsions.
L'auteur reste donc du côté des faits, des chiffres, de l'enquête qui avance péniblement, sans piste convenable, et bon sang que c'est long. Sa représentation des femmes laisse à désirer, et malgré tous les efforts qu'Ellory a déployés, je n'accroche pas à son protagoniste, qui m'a semblé d'une banalité effarante. Et cette fin... je ne m'attends pas à tomber de ma chaise lors de chaque lecture, mais ici, je n'ai pas été impressionnée. Après une enquête aussi longue, on déboule sur un dénouement de quoi, vingt-cinq pages, qui boucle la boucle mais ne répond à aucune question - parce qu'Ellory, encore une fois, a choisi ne de pas explorer le 'pourquoi' de son intrigue.