De Rokhaya Diallo, j'ai un à priori positif, parce que c'est 1) une femme 2) noire, qui milite pour des causes que je crois juste et qui tient tête à des armées d'hommes blancs gonflés d'égo et de condescendance.
Elle en prend plein la gueule, elle subit des menaces de mort, des appels au viol, on la traîne dans la boue, mais comment tient-elle debout ?
Cette femme a une résilience admirable, et les discours qu'elle défend sont importants. Ce qu'elle fait est important.
J'ai donc acheté son livre pour soutenir sa cause.
Du livre, je n'ai pas appris grand chose, en soit. Comme le dit le résumé, c'est à mi-chemin entre l'autobiographie et le guide de développement personnel... Mais ça ne m'aidera pas à me développer personnellement, par contre ça éclaircit son parcours, et ses forces. Comment et pourquoi, elle tient bon face aux marées de rageux. Mon admiration pour son travail n'en est que plus forte. J'ai aussi découvert qu'elle est réalisatrice de documentaires, en plus de son travail de journaliste et de son engagement associatif, et je ne manquerai pas de chercher ses oeuvres pour les regarder.
Elle mentionne au fil du livre une série d'autrices qui l'ont inspirée, j'ai noté les références :
Viviane Forrester : l'horreur économique
Aminata Dramane Traoré : L'étau
Naomi Klein : no logo
Awa Thiam : la parole aux négresses
Et je termine cette review avec une série de citations :
De la norme :
"la normalité est une fiction, une construction issue d'un rapport de force, où les personnes en situation de domination culturelle, sociale et économique imposent leurs critères et s'imposent comme étant la norme à suivre."
"La fierté est la réparation symbolique de l'oppression et de la marginalisation. Lorsqu'on appartient à un groupe minoré, dont la valeur est niée, on doit compenser cette dépréciation systématique en arborant sans complexe ce qui pourrait être une source de malaise en vertu des normes sociales en vigueur."
De la non-mixité :
"De tous temps et à travers le monde, la non-mixité a été un outil indispensable pour réunir les personnes discriminées, leur permettre d'échanger sur leur condition et de développer des stratégies afin de construire leur émancipation en toute sécurité. Reprocherait-on aux syndicalistes de ne pas inviter les patrons à leurs réunions ? [...] Certains groupes fragilisés dans notre contexte social ont besoin de disposer d'espaces propres pour s'exprimer en sécurité sur leur condition spécifique sans être interrompus ou freinés par les interrogations provenant de personnes qui ne vivent pas leur expérience. C'est le principe des alcooliques anonymes."
De la prétendue objectivité des journalistes :
"Dans les mécanismes d'oppression, que l'on soit dominant ou dominé, on se situe d'un côté ou de l'autre du système : notre position n'est jamais neutre. [...] L'objectivité n'existe pas, tous les points de vue sont ancrés dans un contexte social."
Du mansplaining / du whitesplaining / du savior syndrom :
"Quand des personnes prétendent savoir mieux que nous ce qui est bon pour nous, c'est souvent mauvais signe car leur opinion se nourrit de l'image qu'elles ont de nous, pas de qui nous sommes vraiment et de comment nous vivons."
De l'absence des femmes dans les médias / du patriarcat :
"L'éducation conduit trop souvent [les femmes] à sous-estimer leurs compétences et à n'accepter de prendre la parole que lorsque leurs compétences réelles excèdent celles requises pour traiter du sujet qui leur est soumis. Alors que la plupart des hommes acceptent de s'exprimer même lorsqu'ils ne sont pas réellement compétents."
Du déni français au sujet du racisme :
"Les questions que je soulève, en particulier celles qui sont relatives au racisme, suscitent un grand malaise en France, car le pays aime à se croire peu touché par ces problématiques."
Du militantisme :
"Agir pour transformer positivement une société ne peut se faire sans que les garants et bénéficiaires du système ne s'y opposent. En tant que femme noire, je n'ai pas vocation à fournir aux personnes qui ne sont pas visées par le sexisme ou le racisme des connaissances sur les sujets qui m'affectent. je préfère mobiliser mon énergie pour celles et ceux qui souffrent des conséquences de ces formes d'exclusion."
"J'aime cette réponse faite par Christiane Taubira à Eric Ciotti et, à travers lui, à la droite parlementaire :"Je vous obsède dans toute votre expression publique avec une constance qui appelle quand même l'admiration." Que des personnes qui s'attribuent tant de valeur me portent un tel intérêt ne peut que questionner."
Et pour finir, un conseil de développement personnel :
"Je pars toujours du principe qu'on ne me demandera jamais de réaliser une chose dont je suis incapable. Si quelqu'un perçoit chez moi des qualités et des compétences, c'est qu'elles existent. J'imagine pas que par charité un employeur prenne le risque de faire péricliter son activité en recrutant une personne incompétente pour produire des contenus sans intérêt."