J'avoue, pour un bouquin qui s'adresse à un public de 11-12 ans, il y a certaines thématiques comme dans le tome d'Isabeau qui me font demander si c'est vraiment approprié pour cette tranche d'âge. Mais bon, l'histoire est touchante, et pour une Française, Anne-Marie Desplat-Duc gère plutôt bien la question des Premières Nations et les personnages autochtones de l'histoire, et c'était un des éléments que je craignais constater que ça avait mal vieilli. Par contre, vu que la recherche est habituellement le fort de l'autrice et que c'est toujours clair lorsqu'elle prend des libertés avec l'histoire (comme avec Louise), c'est un peu dommage de constater qu'il y a beaucoup d'erreurs qui auraient pu être facilement évités avec de la recherche ou même un peu de logique.
- Je doute VRAIMENT qu’une jeune fille de la noblesse aurait été flagellée publiquement, et encore moins envoyée dans une prison pour les filles de joie et les voleuses. C’est exactement le genre de chose que Madame de Maintenon aurait voulu garder le plus secret possible pour protéger la réputation de l’école, et c’est d’autant plus frappant que cette histoire est basée sur un fait véridique, mais gardé tellement discret que les lettres des maîtresses qui mentionnent l’incident exigent qu’on lise entre les lignes pour comprendre ce qui s’est passé, c’est pour tout dire. Sinon, Gertrude aurait probablement été soit envoyée dans un couvent pour faire pénitence et forcée de prononcer des vœux, soit carrément renvoyée chez sa famille et forcée de marier le premier venu pour sauver l’honneur de la famille (et là, la première option aurait rendu le reste de l’intrigue un peu impossible, mais la deuxième aurait pu offrir le même débouché quant à l’intrigue). Et avant qu’on ne me mentionne la marquise de Brinvillers, ah bah la dame, c’était une tueuse en série, quand même.
- J’ai un peu de mal à croire qu’on pense encore aujourd’hui que des criminelles étaient envoyées en Nouvelle-France et mariées de force aux colons. La Nouvelle-France, on tenait à ce que ce soit une colonie modèle, et les criminels étaient envoyés aux Antilles pour travailler dans les plantations (vive le colonialisme et le commerce triangulaire, quoi /s). Les Filles du Roy n’étaient pas des criminelles ou des filles de joie, contrairement à ce que certains historiens prétendaient dans les années 70 et 80 : c’étaient des jeunes filles de bonne famille ou même de la petite noblesse qui recevaient une dot du roi, qui étaient chaperonnées par Marguerite Bourgeoys (une religieuse qui a fondé la première école pour filles de Montréal) et qui partaient en Nouvelle-France pour marier des officiers du régiment Carignan-Salières, soit l’un des meilleurs régiments de France, à qui on avait donné des terres. Je doute fortement qu’on ait jugé acceptable qu’une personne condamnée pour vol devienne femme d’officier. Je suis moi-même descendante d’une Fille du Roy et d’un soldat du régiment de Carignan-Salières, donc j’en sais quelque chose.
- Héloïse et son mari ne se seraient pas réfugiés en Nouvelle-France pour fuir les rigueurs de l’édit de Fontainebleau. Les protestants se voyaient aussi refuser l’instruction et le culte, et des marchands importants se sont même vu forcer de quitter la colonie après 1685. Donc, un notaire protestant, ça aurait été hors de question. Pour tout dire, ils auraient probablement tenté de passer en Angleterre pour joindre les États-Unis, où certains protestants calvinistes se sont réfugiés suite à l’édit.
- Autant Léon est horrible, autant ça me fait rire qu’il épouse Gertrude et qu’il ne se rende compte qu’après qu’elle ne sait strictement rien faire de ses deux mains. Vu qu’il est paysan, ce serait quand même l’une des premières questions qu’il lui poserait avant de l’épouser.