Bon, eh bien le moins qu'on puisse dire, c'est que je n'ai as vraiment aimé ce livre pourtant court (162 pages dont 55 de préface !).
Il faut dire que je m'attendais à un récit de voyage, dans le style de Victor Segalen, Henri de Monfreid ou Nicolas Bouvier. Et de surcroît un récit de voyage sur une région captivante : le sud de la péninsule arabique, Aden et l'Arabie heureuse à l'époque de la domination anglaise dans les années 30, bien avant que le pétrole ne vienne changer la donne. J'avais une idée probablement très tronquée du lieu car il est évoqué, même dessiné, dans les premières pages de Les cigares du pharaon de Hergé et j'espérait avoir la vision d'un écrivain sur cette ville mythique.
Las ! Sur les 105 pages de la nouvelle, une trentaine décrit les états d'âme de Nizan avant le départ, les 15 dernières pages (le dernier chapitre en fait) sont une diatribe contre les bourgeois (en France) qu'on verrait mieux dans un manifeste communiste que dans un livre qui s'appelle Aden Arabie. Tout cela est très daté, la dialectique fleure bon la lutte des classes mais interpelle assez peu de nos jours.
De surcroît, et cela aussi concerne les passages à Aden, le style est très hermétique. Il s'agit d'une véritable dissertation de normalien, à des phrases longues et ampoulés, des termes conceptuels, certainement pas descriptifs. En bref, c'est très difficile à lire. Un ami à moi avait dit que Le rivage des Syrtes de Julian Gracq était justement une dissertation de normalien, il n'avait pas lu Aden Arabie, parce à côté, Gracq c'est du Raymond Chandler.
C'est tout, ce livre fait parti des livres - qui se comptent sur les doigts d'une main - dont ont connaît par coeur la première phrase "J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". Il nage dans la même catégorie que des romans dont la première phrase est "Aujourd'hui maman est morte", "Longtemps je me suis couché de bonne heure" ou "C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar" mais c'est peu dire qu'il suscite largement moins d'intérêt que ces derniers. Pour Aden, je vais peut-être relire le livre dont la première phrase est "Ce soir nous arriverons à Port-Saïd où nous ferons escale" (il s'agit des cigares du pharaon, de Hergé, qui parle moins de lutte des classes et plus de la côte arabique dans les années 30)