Je n'ai pas trop compris ce que Petitfils a cherché à faire avec ce livre.
Alors oui, malgré une pléthore de personnages dont il faut retenir les noms, qualités, liens, Petitfils parvient à rendre cela clair et j'ai aimé qu'il se réfère à d'autres historiens pour présenter leurs thèses et y confronter la sienne, mais le positif que je peux sur le bouquin devra s'arrêter là.
Le premier soucis que j'ai eu, c'est la forme, le ton de l'ouvrage. Le tout étant assez particulier, j'ai imaginé qu'il pouvait soit s'être vraiment mis dans l'esprit du 17e et essayait de nous présenter la façon dont les contemporains ont pu découvrir l'affaire, soit qu'il est quand même peut-être légèrement un peu, beaucoup, sexiste et biaisé.
Certain ont qualifié son ton d'universitaire, hm. Je l'ai simplement trouvé ampoulé, donnant beaucoup d'info dont on pourrait se passer (genre la description incompréhensible des blasons de chaque richards du coin) et utilisant pleins de synonymes comme s'il participant à un challenge pour utiliser le plus de fois le mot pythonisse dans un paragraphe.
Chaque personnages historiques est présenté avec moult adjectifs et surnoms : perfide, dénaturée, perverse, vicieux, diablesses, pécheresse, etc. Premier soucis, passé l'évidente horreur de certains crimes, comment est-ce que le coco connaissait assez ces gens pour les juger à tour de bras avec des adjectifs si surfaits et hyperboliques ? Et pis vous je sais pas, mais quand je lis que quelqu'un est une diablesse, cela ne m'inspire pas la peur, ça me donne envie de glousser.
Deuxième soucis quand on prête un peu attention aux mots qu'il utilise pour les femmes, on remarque qu'ils sont plus chargés lexicalement que pour les hommes. Et surtout chargée sur leur sexualité, leur pouvoir, leur apparence. Elles ne sont pas séductrices, elles sont sensuelles (et ce n'est pas compliment), si elles sont décrites comme moches par des contemporains cela est encore pire qu'elles aient eu des amants, si au contraire elles étaient jolies, elles devaient cacher leur diablerie sous de beaux atours.
Ou alors si elles étaient belles et de bonne famille cela voulait dire qu'elles ne pouvaient certainement pas connaître le dépit amoureux ni le désir de vengeance. Cela est réservé aux femmes de chambres moches et "insignifiantes".
Si bien sûr ce n'est pas cool d'égorger des bébés pour entrer en communion avec Satan, faire des messes noires tranquille, de la fausse monnaie ou prendre des amant.es ne me semble pas le crime le plus terrible de la terre. Surtout quand on voit les choses depuis notre siècle. Alors quand les maîtresses du roi soleil sont traitées de tous les noms sauf de gourgandine (et ça aurait été plus sympa comparé à certains des épithètes utilisés à leur encontre) et qu'on apprend avec soulagement qu'elles sont mortes dans d'atroces circonstances ou ont passé la fin de leur vie à se flageller dans un couvent, on peut se demander un peu ce que trafique Petitfils. Et bizarrement dans le coup, le roi qui se tape tout ce qui bouge n'est pas plus fustigé que ça...
Et oui on parle d'empoisonneurs, et oui ils ont aussi droits à leurs petits épithètes et oui les figures de prou de l'affaire semblaient être des femmes (encore que), mais ces messieurs ne sont pas jugés sur les mêmes critères que leurs consœurs (on ne parle pas de leur sexualité de la même façon, etc.) et on les innocente plus facilement. Et c'est un soucis.
De plus si l'objectivité en histoire n'existe pas, on peut essayer d'y tendre. Si Petifils fait preuve de bonne foi en présentait diverses théories et en montrant ce qu'il en pense, ses propres conclusions me semblent aussi bancales et réfutables que celles qu'il détricote. Et c'est encore plus agaçant à lire quand il a présenté sur cinquante pages, avec un semblant d'objectivité, pourquoi d'anciennes théories reposaient sur du flanc et qu'ensuite il balance ses théories à coup de certitudes et de point final.
Il faut accepter qu'en histoire, on ne créé qu'une vision qui est biaisée, peut-être basée sur des documents, mais qui ne sera jamais l'exact reflet de la réalité, et y prétendre semble soit très orgueilleux, soit très naïf.
Bref je ne relirai pas Petitifils de si tôt.