Bienvenue dans l'Anthropocène. Coïncidant avec le début de la révolution industrielle, c'est le nom que les scientifiques ont donné à cette période « où les activités humaines ont de fortes répercussions sur les écosystèmes de la planète et les transforment à tous les niveaux*». Ce serait donc l'humanité dans son ensemble (anthropos), la tapageuse famille sapiens, à qui reviendrait la responsabilité de l'apocalypse : une faute générale dont chacun aurait également à rougir, et dont l'expiation ne saurait être que collective.
C'est le défi de cet ouvrage : imaginer la décroissance comme transition vers une économie de la post-croissance.
On retrouve ici la double définition qui nous guidera tout au long de ce livre : la « décroissance » comme une réduction de la production et de la consommation pour alléger l'empreinte écologique planifiée démocratiquement dans un esprit de justice sociale et dans le souci du bien-être. La décroissance, jusqu'où ?
Réponse : vers la « post-croissance », une économie stationnaire en harmonie avec la nature où les décisions sont prises ensemble et où les richesses sont équitablement partagées afin de pouvoir prospérer sans croissance.
C'est un triple défi qui nous attend : comprendre en quoi le modèle économique de la croissance est une impasse (le rejet), dessiner les contours d'une économie de la post-croissance (le projet), et concevoir la décroissance comme transition pour y Parvenir (le trajet).
Définissons d'abord les termes clés du débat, à commencer par la notion de découplage. Deux variables sont dites « couplées » si l'une évolue proportionnellement à l'autre (par exemple, plus de A signifie plus de B), et elles se découplent lorsqu'elles cessent de le faire.
Quand on évoque la « croissance verte », le découplage fair référence à la dissociation entre la croissance du PIB (la variable économique) et les pressions environnementales (la variable écologique). Par « pressions environnementales », j'entends Fensemble des conséquences que les activités humaines ont sur la nature, que ce soit à travers l'utilisation des ressources (les matériaux, l'énergie, l'eau et les sols) ou ses conséquences sur l'environnement (dérèglement climatique, perte de biodi-versité, acidification des océans, pollution de l'air, de l'eau, du sol, pollution lumineuse et pollution sonore, etc.).
On parle souvent d'empreinte carbone (les émissions mesurées en tonnes) et d'intensité carbone (le contenu carbone du PIB) pour le climat, mais il existe beaucoup d'autres interactions entre économie et écologie : empreinte/intensité matérielle, eau, sol, etc. Il existe également des phénomènes plus difficiles à quantifier comme la pollution de l'eau ou les impacts sur les espèces vivantes.
Parlons alors de charge écologique pour prendre en compte la totalité des pressions qu'une société exerce sur la nature qui l’entoure.
Le chapitre précédent a défini la décroissance comme une réduction de la production et de la consommation pour alléger l'empreine pologique planifiée démocratiquement dans un espris de justice poni es dans le souct du bien-être.
Il est judicieux d'appeler cette deuxième phase la post-croissance, mot que l'on peut associer aux mêmes idées que celles des chercheurs qui parlent d'une société de décroissance (c'est-à-dire une économie qui fonctionnerait selon les valeurs associées à la décroissance). C'est une économie stationnaire en relation harmonieuse avec la nature où les décisions sont prises ensemble et où les richesses sont équitablement partagées afin de pouvoir prospérer sans croissance. Nous retrouvons ici les quatre points cardinaux définis au chapitre précédent (soutenabilité, démocratie, justice, bien-être), mais dans une perspective dif férente: non plus comme critères d'une transition temporaire, mais comme principes de fonctionnement d'une économie pérenne.
Nous devons mettre l'économie en décroissance pour éta blir une économie stationnaire en harmonie avec la nature oi les décisions sont prises ensemble et où les richesses sont équitable. ment partagées afin de pouvoir prospérer sans croissance. Pour faire simple, on pourrait dire une économie du mieux, le plus ou le moins étant devenu une question hors-sujet.