"1984" fut écrit en 1949 alors qu'Orwell assistait à la naissance d'un monde divisé en deux blocs Est / Ouest. Il imagina une Angleterre uchronique, dystopique et totalitaire, rattaché au bloc de l'Eurasia perpétuellement en guerre avec l’Estasia et/ou l’Océania.
Je n'ai jamais lu ce classique des classiques et son passage dans le domaine public en 2021 a donné lieu à plusieurs adaptation dont celle de Coste. Je découvre profite celle de Coste et suis surpris que les plus de 400 pages originelles aient été traduits en si peu de mots.
On ressent par contre à chaque case l'atmosphère oppressante, déshumanisée, la désincarnation des individus, gris, formatés. Réduites à des ombres.
A l'image de Big Brother qui réduit le langage et la pensée de sa population, Coste limite ses couleurs au primaire : blanc, noir, bleu, rouge, jaune. la puissance évocatrice des images est monstrueuse, on a davantage l'impression de passer d'un tableau à un autre dans une gallerie de musée que de regarder des bulles de BD.
On ne s'attache pas facilement au héros tant sa réalité reste éloignée de la notre. Il est pourtant lancé dans la quête la plus universelle : trouver un sens à sa vie. On s'attache progressivement, lorsque Winston achète un presse-papier en corail parce qu'il est beau et inutile et surtout dans le tiers le plus marquant, horrifiant, la torture physique et psychologique. L'histoire d'amour quoique pivot au roman est survolée, on a du mal à comprendre comment Winston tombe amoureux d'une étrangère.
Les passionnantes pages consacrées à la novlangue explorent le lien entre les mots et pensée. Le pouvoir totalitaire en place utilise la novlangue pour contrôler la pensée et limiter la liberté d'expression. Elle est conçue pour éliminer les concepts en supprimant les mots qui les représentent.
Ce language inventé m'a rappelé le nadsat de "A clockwork Orange" même si ses fonctions sont différentes.
Si Orwell avait prophétisé à raison, la déshumanisation de la société, l'appauvrissement de la langue et la surveillance généralisée, son concept de Big Brother symbolisant "une concentration morbide" s'est effacé devant l'éclatement des surveillances par chacun d'entre nous. Hier le "Vu du 12/10/23 : La fin et les moyens" passait un extrait de 1970 dans lequel Romain Gary anticipait déjà cet éclatement de la société.
"La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force"