(4/5, c’est-à-dire : 5/5 aux deux premiers tiers, puis 3/5 au dernier tier)
Étonnante proposition qu’est TOUT EST ORI. Difficile d’en décrire la portée exacte. Je me lance : il s’agit de l’autopsie de l’« hostile takeover » d’une très lucrative compagnie familiale œuvrant dans le marché des fruits de mer par un mystérieux Japonais qui cherche à convertir l’usine pour exploiter la richesse du nacre et produire une nouvelle couleur, l’ori. Ce n’est cependant qu’au dernier tiers du livre que cela commence à s’expliquer (pas toujours de façon limpide, d’ailleurs).
Les premières 300 pages, quant à elles, sont consacrées à mettre la table, à présenter les éclatants personnages ainsi que la dynamique de ce village de la Côte-Nord : quel fabuleux voyage littéraire est ici proposé par l’auteur. La narration est follement colorée, les dialogues sont plus que vrais et souvent tellement drôles. L’épisode de la diarrhée explosive collective m’a tant fait rire (une dizaine des pages centrées sur tous ces gens qui chient partout, victimes d’une toxine agissant rapidement sur les intestins). J’ai lu, puis relu à haute voix certains passages tellement ils étaient délicieux (parfois hilarants, parfois poétiques). La maîtrise des mots, l’ironie, le constant sourire en coin, la critique sociale ainsi que la structure des phrases me rappelaient David Goudreault. J’étais si emballé, que le mot « génie » se proposait à moi.
« Un matin, Florence est partie en autobus jaune orange pour la polyvalente des Baies, à Baie-Comeau, et elle est revenue le soir avec des seins. »
« … de toutes émotions, l’hésitation est celle qui caractérise le mieux l’humain. Les prédateurs chargent, les proies fuient; les humains hésitent. »
C’est cependant au dernier tiers que s’est étiolée ma fougue. Les qualités littéraires demeuraient, mais la tournure fantastique du récit m’a peu accroché; j’avais même hâte d’en finir. Et tout ce sperme. Oui oui : ce fluide joue un rôle important dans le récit. Sa mention est si fréquente, qu’il devient banal, autant que le sont les gigantesques érections permanentes d’un des personnages ainsi que les séances de masturbation d’une autre. Vous aurez compris que nous ne sommes pas dans le formalisme.
Mais, ce que c’est bien écrit.
« Si les crevettes femelles dont sont plus grosses, c’est simplement qu’elles sont plus âgées. Elles donnent des œufs aux gastronome qui veut bien les sucer. Quand la langue, contre le palais, fait céder ces minuscules sphères algueuses et que la bouche se tapisse d’un éclat d’iode, il fait bon se rappeler qu’on ne nait pas femme, on le devient. »