Pièce romantique qui n'est pas très facile à lire (des longueurs) mais elle est belle !
Cet Aiglon, ce duc de Reichstadt, Franz ou encore François est très poignant.
Edmond Rostand nous conte les derniers moments de l'Aiglon, ses dernières pensées et son grand amour pour son père et la France. Hommage touchant rendu à Napoléon Ier. On imagine grâce à cette pièce de théâtre combien il a dû être difficile à l'Aiglon de grandir en Autriche dans le souvenir de ce père sans jamais le revoir une seule fois. Un aiglon aux ailes brisées.
Il y a de très beaux passages, Edmond Rostand maîtrise l'art des alexandrins.
Une belle pièce de théâtre qui doit être émouvante à voir jouer.
Quelques extraits:
Le duc:
"Encor, si je pouvais en moi-même avoir foi !
Vous qui me connaissez, que pensez-vous de moi ?
Ah ! Prokesh ! si j'étais ce qu'on dit que nous sommes,
Que nous sommes souvent, nous, les fils de grands hommes!
Ce doute, avec des mots, Metternich l'entretient !
Il a raison, -et c'est son devoir d'Autrichien!-
[...]
Répondez-moi ! Dois-je me dédaigner ?
Parlez-moi franchement : que suis-je ? Pour régner,
Ai-je le front trop lourd et les poignets trop minces ?
Que pensez-vous de moi ? »
Le duc:
"Au premier rendez-vous que me donne la France,
Je dois, comme un amant, arriver en avance !"
Un dernier passage:
« Oui. Chaque jour, un livre.
Dans ma chambre, le soir, je lisais : j’étais ivre.
Et puis, quand j’avais lu, pour cacher le délit,
Je lançais le volume en haut du ciel-de-lit !
Les livres s’entassaient dans ce creux d’ombre noire,
Si bien que je dormais sous un dôme d’Histoire.
Et, le jour, tout cela restait tranquille, mais
Tout cela s’éveillait dès que je m’endormais ;
De ces pages, alors, qui les pressaient entre elles,
Les batailles sortaient en s’étirant les ailes !
Des feuilles de laurier pleuvaient sur mes yeux clos ;
Austerlitz descendait tout le long des rideaux ;
Iéna se suspendait au gland qui les relève,
Pour se laisser tomber, tout d’un coup, dans mon rêve !
Or, un jour que chez moi, Metternich gravement,
Me racontait mon père, à sa guise ! au moment
Où, très doux, j’avais l’air tout à fait de le croire,
Voilà mon baldaquin qui croule sous la gloire !
Cent livres, dans ma chambre, agitent un seul nom
En battant des feuillets ! »