J'avais déjà lu Le Dimanche de Bouvines il y a plusieurs années de cela, lorsque j'étais plus jeune. Je l'avais trouvé plein de lourdeurs et ce fut une forte déception après avoir tant de fois vu apparaître ici et là le nom de Duby, tel le nom d'une légende que l'on murmure dans les sphères des historiens spécialisés en histoire médiévale.
Après l'avoir relu une 2e fois, je confirme que ma première impression, celle où j'étais plus jeune et avait moins de connaissances sur le sujet, était proche de la réalité. Bien qu'il soit indéniable que Duby soit une référence incontournable sur cette période et cet espace géographique, il n'en demeure pas moins que, tel que déjà mentionné dans d'autres commentaires que j'ai écris sur d'autres de ses ouvrages, il n'est pas le plus facile et le plus plaisant à lire. En effet, j'ai beaucoup plus apprécié Le désastre de Pavie de Jean Giono (dans la même série des Trente journées qui ont fait la France) que Duby mentionne en début d'ouvrage.
Le Dimanche de Bouvines ne se limite pas à une simple narration de la bataille mais offre un véritable commentaire de la manière que les sources l'ont relaté, en particulier dans les années qui ont suivi l'événement et jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Duby décortique les différentes chroniques en demêlant le vrai du faux pour nous permettre d'avoir la version la plus proche de la réalité. Dans le même temps, il nous offre également une image de la société féodale, expliquant bien ses caractéristiques telles que le lien entre le roi et ses vassaux, la mentalité des tournois, la manière de combattre en évitant de tuer (valable pour les nobles seulement), le dédain pour la piétaille, et bien entendu l'aspect religieux permanent dont l'interdiction de se battre un dimanche ou l'excommunication ses adversaires de Philippe Auguste. Au delà donc de la bataille en elle même, c'est toute la société féodale qui est décrite pour nous et sur cet aspect là, il faut reconnaître que Duby nous en met plein la vue.
Il garde cependant certains commentaires ironiques et méprisants qui évoquent sa vision sociale de l'histoire. Ceux-ci sont disséminés à travers le livre et ne sont pas faux en soi mais démontrent que Duby n'a pas un regard neutre. Il se moque d'ailleurs des exagérations dans les chroniques qu'il mentionne. Même si celles-ci sont amusantes, de la retenue semble de mise étant donné que l'état d'esprit et les objectifs qui ont conduit à l'écriture de ces chroniques sont à remettre dans leur contexte.
Au final, est-ce que le Dimanche de Bouvines de Georges Duby demeure un incontournable sur cette bataille? À ma connaissance, aucun autre ouvrage sur le sujet n'a été mis en avant dans la littérature que je lis régulièrement. Alors s'il existe d'autres ouvrages pertinents, celui-ci mérite tout de même sa place en tant que classique et il sera difficile de l'en détrôner.