Quelle lecture jubilatoire! Une histoire de zombies qui - sans mauvais jeu de mots- se dévore toute seule. En ouvrant ce roman, j'étais vraiment (mais vraiment) loin de me douter du nombre de fous rires qui allaient en résulter. Peut-être était-ce la première impression laissée par la page couverture, mais je croyais aux premiers abords pénétrer dans une histoire d'horreur sombre et terrifiante. Certes, l'univers dans lequel est plongé les personnages l'est, mais Yvan Godbout réussit avec ce premier tome de la série Les yeux jaunes à rendre la «fin du monde» assez amusante.
La première chose qui m'a particulièrement plu est la narration. Le fait que Dany le personnage principal raconte sa version des faits, celle des premiers jours de tout ce chaos, en s'adressant directement au lecteur crée une immersion particulière. On retrouve des approches du genre : «Je sais très bien ce que vous pensez...», «Vous devez vous dire que c'était idiot...» «Mais qu'auriez-vous fait à ma place?». Ce procédé utilisé est judicieux et permet de briser le quatrième mur comme on le voit parfois au cinéma. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié et ça m'a fait d'autant plus rire.
Les divers éléments, que ce soit par les descriptions physiques, les lieux où se situe l'action ou les affrontements avec les êtres aux yeux jaunes, sont très visuels. Certains passages font grimacer de dégoût avec ces détails peu ragoûtants, mais c'est une histoire de zombies... Elles ont ici grandement leur place! On ressent d'ailleurs le plaisir évident que l'auteur a dû avoir à écrire et développer un tel récit. Si on n'est un tant soit peu fan de cinéma ou de littérature, les multiples références aux films de genre ou aux romans de Stephen King font sourire assurément. Le personnage principal - et narrateur - qui compare sa réalité à celle des œuvres de fiction et qui aimerait se voir comme le héros d'un film de série B et être le protecteur des siens est irrésistible. Ses réflexions et ses parallèles font partis des moments croustillants du roman qui réussissent à faire naître ce sentiment d'hilarité.
Autre aspect, les personnages sont très plaisants à suivre. On accompagne ce surprenant tandem que compose Dany et Mimi, non seulement dans leur tentative de survivre à cette fin du monde, mais aussi dans leur nouvelle lubie de décapiter des «êtres contaminés» avec une tronçonneuse et autres armes improvisées. Souvent, ils prennent leur pied en s'en donnant à coeur joie et on en vient presque comme lecteur à se sentir coupable d'avoir un sourire étampé dans le visage. Les émotions et le ton changent au fil des péripéties et des sinistres rencontres. Leurs histoires respectives (passées et récentes) ainsi que celles des autres protagonistes qui se grefferont à la trame narrative sont présentées à tour de rôle pour qu'on apprenne à les connaître davantage. Chacun est traité avec respect et humanité, une force que l'on retrouve d'ailleurs aussi dans Hansel et Gretel (un autre excellent roman d'Yvan Godbout). On peut retrouver ici et là quelques longueurs, mais le récit ne permet pas de perdre le fil par ses quelques retours en arrière. L'action ne démord pas - désolée encore pour le jeu de mots... - et certains rebondissements sont d'ailleurs assez surprenants et touchants.
En somme, cette histoire d'un petit groupe de survivants m'a agréablement surprise. Un roman d'horreur à la plume comique est un beau plaisir coupable que je conseille à qui veut bien se laisser surprendre à son tour.
* Conseil : Mon erreur a été de commencer ce livre en n'ayant pas en ma possession sa suite directe. Ne faites pas la même erreur que moi... car à la fin, vous voudrez assurément le tome 2 ! :P