Voici donc le deuxième tome (sur trois) des Mémoires des guerre du Général de Gaulle. Il se concentre cette fois sur la période charnière entre la première contribution à la guerre des troupes françaises qu'il a rassemblées (Bir Hakeim, juin 1942) et la libération de Paris (août 1944). Elle couvre tous les événements de la période : débarquement en Afrique du nord, campagne d'Italie et bien sûr débarquement de Normandie, de Provence et aprés. Cette partie, à la différence de la première, n'est pas organisée chronologiquement mais par thèmes (dans sa partie centrale : Politique, Diplomatie, Combats).
Comme dans la première partie, le livre frappe d'abord par le style de de Gaulle, un style épique et magnifique. Outre un grand politique, c'est de toute évidence un grand écrivain qui use merveilleusement de la langue française pour nous raconter une grande épopée, la sienne. Ce sont aussi des mémoires avec tout ce que cela implique de partial. Partial veut dire que des épisodes de la guerre sont omis car il n'y était pas mais aussi qu'il nous donne la version positive de son action - ce dont on ne peut pas lui faire grief - mais qu'il ne faut pas considérer le livre comme un livre purement d'histoire. Les éléments qui pourraient ternir l'action de la France combattante sont aux mieux minimisés, au pire complètement gommés.
On apprend quand même pas mal de choses à la lecture de ce livre. D'une part, de Gaulle est d'abord et avant tout un grand politique qui a une connaissance précise du fonctionnement d'un pays, de la nécessité - et de la complexité - de bâtir une administration avec une structure complexe (fonctionnaires, préfets, gouvernements, corps diplomatique, administration militaire), tâche qu'il nous décrit par le menu lorsqu'il est à Alger. La deuxième chose qui frappe, c'est la lutte qu'il a eu à mener contre les alliés américains (Roosevelt au premier chef) pour se faire entendre et surtout se faire accepter alors que ces derniers - à la différence des anglais qui n'osaient pas les contredire - voulaient donner sa chance à Vichy et au besoin pactiser avec Pétain si ce dernier avait accepté de se retourner contre l'Allemagne nazie. De Gaulle a été d'une intransigeance qui a finit par payer, c'est lui qui a "gagné" en se faisant accepter par les américains qui ont finit, après de nombreuses bisbilles, par céder pour faire valoir sa conception très élitiste de "la grandeur de la France". Tout cela est certainement embelli mais à la lecture de ces mémoires, son action force l'admiration.
Son style et son action acharnée et - apparemment - désintéressée en font un grand personnage et rendent les trente dernières pages sur la libération de Paris émouvantes. J'attends avec impatience la lecture prévue du troisième et dernier tome de ces mémoires.
A noter comme pour le premier tome que c'est un livre assez ardu qui plaira plus à des férus d'histoire - comme moi - qu'à des lecteurs que les longues listes de noms auxquels il rend hommages barberaient.