Un petit livre amusant, frais, prometteur, au souffle jeune et étudiant : c’est le jeune Beigbeder. Je le trouve un peu surchargé de références littéraires et autres, des preuves exubérantes et pas toujours utiles d’une érudition culturelle respectable. Dany Laferrière applique le même procédé dans Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer pour l’abandonner ensuite. Beigbeder en fera autant – ses romans ultérieurs sont d’un style de plus en plus dépouillé. Son expérience en publicité doit y avoir joué sans doute : qu’est-ce que la publicité sinon un tissu de références et d’associations, la civilisation humaine réduite à un slogan, à un clin d’œil, à une image de pop-art. vrai dire, une semaine après avoir fermé le livre, j’ai presque oublié de quoi il raconte – une preuve que c’est le style et le personnage central – Marc Maronnier – qui anime le récit et pas tellement l’intrigue. C’est un roman d’amour qui part du coup de foudre de Marc pour Anne. Le texte est parsemé d’observations lucides et spirituelles sur la société parisienne, sur les dimensions sociales du monde contemporain, sur la vanité, la futilité, le cliquant, le tape-à-l’œil d’un monde bourgeois absorbé par sa propre fortune, en d’autres mots sur le drame des très riches (qui pleurent aussi). On pourrait pas mal jaser sur ce texte, mais je ne me sens pas d’humeur à le faire. L'art de la phrase de l'auteur, son goût du calembour, son phrasé très propre, noble et précis tout à la fois, en font un écrivain français par excellence. Il est aussi provoquant qu'harmonieux, symétrique, clair, en un mot bien à l'intérieur de la tradition classique française.