Jérôme Alleyrat avait seize ans quand son père prit l'habitude de coucher avec lui, et lui avec son père. La mère a décidé de s'enfuir. Quand il arrive à Paris, un matin de septembre 1991, il a vingt ans. À cette date, l'épidémie de sida bat son plein. Peu concerné par cet événement, tout entier concentré sur la quête d'un plaisir qui frôle l'anéantissement de soi, Jérôme est arrêté au beau milieu de son accomplissement par l'irruption sous son toit de la maladie, en l'espèce : son voisin de palier qu'il recueillera, soignera, accompagnera jusqu'à la fin. De cet épisode fondateur découlera l'orientation de sa vie tout entière. Sa trajectoire remet au centre de notre attention ce qui désormais a disparu derrière le rideau de fumée de la réification triomphante : le goût du sexe, l'élan vers l'autre, la tentation du bien.
C'est bien écrit, très bien écrit même, mais je suis malgré tout resté assez indifférent à ce récit. C'est presque trop bien écrit, trop littéraire, au détriment du récit lui-même. Trop profond, peut-être.
Chaudement conseillé par un ami car le livre ultime de son auteur préféré, j'ai bien malgré moi détesté. Rejet sensible de l'écriture. Des phrases alambiquées gratuites, des situations pseudo-poético-symboliques absurdes (allongé sur le sol de l'église ?), des trajectoires idéalistes (deux sœurs dont les maris respectifs semblent s'être concerté afin de leur laisser à chacune la liberté, c'est-à-dire leur mort, un héritage et pas d'enfant). Les passages forts sont des passages en force (le début !). De beaux moments cependant, telle que l'émouvante mort dans l'escalier du jeune homme atteint du sida. Néanmoins, malgré des phrases sensibles éparpillées dans ce (pourtant court) livre, mon intérêt n'a pas survécu à l'épreuve de la page.