Un livre important, qui adopte une approche de la réussite finalement beaucoup plus “déterministe” (sans tomber complètement dedans) du talent et de l’intelligence, que lié à la force du “libre-arbitre”.
Comme l’auteure l’écrit elle-même, il semble important que ces facteurs qui définissent notre réussite (le milieu social et culturel, la chance, l’approche éducative mais également les croyances individuelles concernant son propre libre-arbitre et ses propres capacités, ainsi que celles des autres etc.) soient évoqués relativement tôt à l’école. Cela favoriserait déjà un peu plus une logique de tolérance.
Ce livre dégomme donc tout autant le mythe de la méritocratie, lequel est très pernicieux dans beaucoup de sociétés (et notamment au sein de nos sociétés occidentales), ainsi que dans notre manière de penser, d’agir et de se percevoir. Un tel postulat de la part d’une docteure en neurosciences est forcément rafraîchissant et constitue un bon exemple de l’importance de s’ouvrir à d’autres disciplines que celle que l’on étudie / dans laquelle on travaille, afin d’avoir une vision plus globale des choses
Néanmoins, d’un point de vue personnel, ce livre a été un peu frustrant à certains moments. En effet, comme évoqué dans un autre commentaire, ayant, à contrario, suivi un cursus en sciences humaines, je n’ai finalement pas appris tant de choses non plus ; du moins par rapport à ce que j’espérais et par rapport aux commentaires élogieux de la part de la copine qui me l’avait chaudement recommandé (laquelle a fait, de son côté, des études de lettres). De part mon intérêt initial pour ces questions (même si, à l’inverse de l’auteure, je m’intéresse beaucoup aux neurosciences, à la génétique et à la biologie, depuis quelques années), beaucoup de choses me semble assez logiques également.
Par ailleurs, certains points ne me semblent pas assez creusés (mais le livre est très bien documenté et sourcé et j’ai piqué de nombreuses références qui ont éveillé ma curiosité). Certains arguments peuvent aussi manquer de nuances, à mon sens. Quid aussi de sujets qui m’auraient parus pertinents d’évoquer, comme la neurodivergence (à la fois comme vecteur de handicap au sein des systèmes scolaires “standards”, mais aussi d’inégalités avec un taux de diagnostic allant croissant avec la classe sociale ET à la fois, de manière paradoxale, comme argument presque unique de réussite de plus en plus utilisés de la part de personnalités (“l’autisme savant” ou le terme plus actuel de “syndrome d’asperger) qui amplifient le mythe d’un talent “inné”) ou encore le manque cruel de moyens (financiers et humains) au sein de l’éducation.
Malgré tout, cela reste un livre important, pour tous les points cités plus haut.
Il ouvre aussi à l’introspection. Avec cette lecture, je réalise surtout que j’arrive encore énormément à me surprendre dans l’idée que les êtres humains peuvent être SI différents dans leur manière de se percevoir et d’appréhender les choses qui les entourent ….mais aussi que je ne suis, bien-sûr, moi-même pas immune à cette idée de “talent inné” de par l’admiration sans borne que je peux avoir pour certaines personnes (ce qui est quand même le sujet principal du livre) ;).
Je reprends également cette belle citation à retenir pour clore ce livre : “Il y a une beauté flagrante et mystérieuse dans ces phénomènes et une douceur indéniable dans la réalisation que nos destins individuels tirent des racines interminables vers l’expérience des autres.”