Je suis au Kingdom, coin Saint-Laurent Sainte-Cath. Mindy et Trevor analysent mon corps avec leurs mains en glu. Nikky est belle. Plus belle que moi. Plus fluide que moi. Je tombe partout. Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. On est le 6 juin 2012. Je suis à l’hôpital Notre-Dame. On m’apprend que j’ai une tumeur en nuage dans mon tronc cérébral.
Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Je suis à New York. Devant la cage des fennecs, au zoo de Brooklyn. J’obtiens une permission spéciale pour pouvoir les flatter. Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Je vois l’Autriche, je rencontre Ulrich Seidl. Il me parle de son prochain film. Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Je suis dans un show noise avec les dudes de Granular Synthesis. Je ferme les yeux. Je garde les yeux fermés longtemps. Je ne ferai rien de tout ça.
Dimanche je vais aller au Beautys avec les amis boire un milkshake Cookies & Creme. Ça, je le ferai. Les yeux ouverts, grands.
Vickie Gendreau est née à Montréal en 1989. Elle a travaillé comme danseuse nue d’octobre 2009 à juin 2012, date à laquelle on lui a diagnostiqué une tumeur au cerveau. À l’automne 2012, elle fait paraître au Quartanier Testament, son premier roman.
Ça m'a pris un moment, je l'avoue. Au début, je la trouvais ben bonne, mais je me sentais un peu prise dans une inside joke qui dure trop longtemps. Et puis, le livre fait son effet. On est pris dans le drame, chaque phrase coup de poing nous magane un peu plus. J'avais hâte que ça finisse, en même temps je relisais certains passages over and over. Amour/haine un peu mon affaire.
depuis ma première lecture de ce livre, à sa sortie, il a 12 ans; je porte avec moi l’idée qu’un.e partenaire peut être « l’homme de ma vie [sans que je sois] la femme de la sienne. » quoique paraissant tristounette dans les écrits de Vickie, cette idée m’a mené à revoir ma conception de l’amour, initialement fusionnelle et symbiotique, frôlant le malsain.
j’ai arrêté de prendre personnel le fait de ne pas occuper le même rôle dans la narrative d’autrui que cellui-ci occupe dans la mienne. je peux n’avoir été qu’un court chapitre dans son histoire, dont un.e lecteur.ice remettrait la pertinence en question, malgré qu’ellui revienne comme repère dans tous les miens, à en devenir crissement redondant.
les points de vue et besoins de chacun.e ne peuvent être identiques en tout point, en tout temps. certes, ils peuvent (et devraient) être alignés durant une relation, rester en parallèle sans avoir besoin de se chevaucher : 1 + 1 = 11, aucune priorité d’opération.
lorsque séparé.e.s, cette équité perd de sa force. nos récits de vie sont différents, ne commencent ni ne se terminent au même endroit : l’héritage qu’on laisse à quelqu’un.e dépend de son parcours plus que du nôtre.
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cette citation et l’omniprésence de fennecs étaient mes seuls souvenirs de Testament. repasser au-travers de ce livre en tant qu’adulte m’a permis d’en voir les subtilités, imperceptibles à mon œil d’ado-enfant. je demeure en admiration devant cette plume crue.
Beaucoup plus dans la poésie que ce à quoi je m’attendais, mais assez imagé et trash pour que ça me rejoigne. Finir Testament c’est un véritable (petit) deuil. 100 fennecs pour ce livre et toi Vickie xx
La forme plurivocale éclatée ainsi que le vocabulaire cru, plus près de la spontanéité et des émotions, conviennent bien pour exprimer les expériences noires de Vicky et sa fureur de mourir. Cela fonctionne très bien par endroit. Par contre, le projet mériterait d'être clarifié.
C’t’un peu dur de faire une critique de quelque chose d’aussi vrai. Mais je m’essaie. On va garder ça court, par ‘emp’e.
Vickie a un talent indéniable et une féroce authenticité. Un don incroyable pour puiser dans le symbolisme. D’habitude je corne les pages d’un livre là où je souhaite noter un passage; là je l’ai pas fait parce que c’était un livre prêté, mais de toute façon, y’aurait eu trop de pages cornées.
Elle expose sans pudeur son amour qui n’est pas retourné par quelqu’un qu’on décide, en tant que lecteur, qu’il le mérite pas pantoute; le déclin de son corps abîmé par la maladie et les traitements qu’elle reçoit pour se donner du temps de création; et la dénonciation du viol qu’elle a subi et avait jusque là caché dans la honte qui est souvent partagée par les victimes. La mort l’attend, c’pu le temps de niaiser.
C’t’un tour de force, à la fois dans le format et dans le contenu. On la voit se voir au travers du regard de ses proches, et être dure avec elle-même mais peut-être aussi s’aimer et se donner crédit pour sa fougue, son unicité, sa flamme créatrice mais surtout sa façon d’aimer sans ambages et presque sans conditions.
Je suis une «nobody» pour «rate» la vie de Vickie Gendreau. Mais merde que c'était à la fois beau et très douloureux...
« Mon amie s'est fait violer, est devenue pute puis est morte.»
« Elle m'a supplié de lui faire l'amour. Tout est toujours noir en moi depuis. Je suis sorti, j'ai refermé doucement la porte. Je l'ai laissée seule dans cette chambre. J'aurais dû rester.»
« Moi, je lui ai répondu de ne plus m'aimer, puis je me suis retourné: Frédérique était plus belle que d'habitude et elle ne s'était pas fait violer.»
Ce livre mérite cinq étoiles pour savoir que ceci a été écrit peu de temps avant le décès de l'auteur. C'est ingénieux comme récit. Reste que pour ma propre personne, c'était trash et pas facile à lire. Il aurait fallu que je le lise à un autre moment de ma vie pour avoir pu mieux l'apprécier.
C'est assez intense d'anticiper sa mort et de s'en servir comme source de création. C'est tellement triste, mais en même temps tellement sain. J'ai beaucoup aimé.
Dans ce texte mi-poésie, mi-roman, Vickie Gendreau s'adresse à chacune des personnes importantes de sa vie, et imagine ce qu'ils auraient à dire sur elle au lendemain de sa mort. C'est fréquemment très drôle, onirique, lucide aussi. Profane et trash également. Ce que j'ai le plus aimé de son écriture, c'est l'énergie cinétique. Ça bouge, ça déménage! J'ai aussi été touché par le côté féminin. Elle a beau parler de queues et de brosses, elle reste une jeune fille insécure qui ne se remet pas de ses peines de coeur et prédit qu'elle mourra prochainement sans avoir jamais vécu de vrai amour. Essayez donc de rester insensible à ça. Peu importe que son cancer, qui l'a emportée à l'âge de 24 ans, et son passé de danseuse/prostituée aient un rôle certain dans sa célébrité. Cette reconnaissance publique et tout ce qui s'en est suivi, publication à l'international et adaptations théâtrales, tout cela est très mérité sur la seule base de son talent.
C'est un peu difficile de faire une critique de ce roman. C'est dur de juger le travail de quelqu'un qui écrit sous influence (de la mort) Est-ce qu'on a le droit d'essayer d'être objectif avec une telle oeuvre ? Est-ce qu'on a le droit de prétendre connaître ou d'analyser le sentiment d'une condamnée ? L'écriture qui sort de ça, c'est un chaos qui peut paraître désorganisé mais qui est peut-être plein de sens, c'est un cri de peur peut-être, c'est une angoisse générale sur papier, c'est de s'imaginer ce que les autres diraient, vont dire, diront...
Alors bon, je dirais que la lecture de ce livre est une expérience et que je ne me sens pas le droit de la juger, parce que moi, je ne sais pas non plus comment j'écrirais si j'avais une tumeur. Il renferme des phrases magnifiques, puissantes et bouleversantes. C'est un livre très, très, très triste.
Mlle Gendreau a appris en juin dernier qu'une tumeur se logeait dans son cerveau. Elle s'est rapidement lancée dans l'écriture de Testament, roman dans lequel elle s'est imaginée déjà morte et se raconte derrière les mots de ses amis, sa famille et même de celui qu'elle aime (mais qui lui est avec une autre). Ce lègue, sorte de confrontation envers ce qui l'attend plus tôt que prévu, est d'une beauté rare, dure, sans compromis, sans vernis. La poésie y est crue, marquante.
Comme d’autres ont mentionnés, c'est presque impossible de lui donner une note. Je ne suis pas entièrement sûre que j’aie tout compris de ce livre; je ne veux pas dire nécessairement en termes d’une maîtrise manquante du français de ma part mais du format… ça m’a un peu frustrée.
Il y a eu quelques lignes qui m’ont touchée. Le livre n’était pas aussi morbide que j’avais imaginé. Mais au total j’avais le sentiment, en lisant, que cela n’étais pas destiné pour moi, que je ne devais pas le lire. En tout cas, ce n’est pas une lecture confortable.
This reads more like post modern poetry than it does prose. I know Bookthug likes to do niche books and wants to push the boundaries of what literature is. Maybe I'm just too old school. But I know that people who are looking for some unique writing will appreciate it. It's fluid and beautiful poetic writing but wasn't necessarily for me. Still a commendable job though.
La poésie du livre était touchante par moment, et le concept de base intéressant. Pour le reste, ce n'était pas mémorable. Je pense que quand on a lu Nelly Arcand et Marie-Sissi Labrèche, Vickie Gendreau a l'air trop retenue. Ça a peut-être été mon erreur d'entamer cette oeuvre en ayant en tête d'autres écrivaines québécoises donnant dans l'auto-fiction.
Difficile de donner une note à ce livre... Il m'a grandement bouleversée, par les thèmes abordés, mais surtout par l'écriture singulière de Vickie Gendreau. Touchant, mais sans trop chercher à l'être.
Après être tombée amoureuse de l’autrice dès les toutes premières pages de « shit fuck cunt », mes attentes étaient hautes pour ses autres livres. Malheureusement, celui-ci ne m’a pas hit autant que je l’aurais imaginé. Je me suis quelque peu perdue dans le format, mais aussi le contenu et tous ses sous-entendus, qui prennent un temps à déchiffrer – et ça, c’est si on y arrive. Je reste curieuse de lire « Drama queens », espérant être davantage rejointe par la prose de l’écrivaine, comme je l’ai été lors de ma première lecture.
Je ne suis clairement pas le public-cible de ce récit, car à aucun moment je n'ai été émue par la mort imminente de la narratrice. J'ai trouvé l'écriture insipide et incohérente, et faute de meilleure expression, 'fake-deep' : comme si l'autrice essayait à tout prix de nous arracher des larmes, de dramatiser son histoire, alors qu'elle n'a rien d'original à dire. L'effet est raté, c'est vulgaire et rebutant.
Une fois de plus très émue par l’écriture de Vickie Gendreau, qui me jette simplement par terre. Testament, c’est le texte qu’elle lègue à ses proches en sachant qu’elle mourra bientôt d’un cancer du cerveau. Elle meurt environ 1 an après la parution du roman. Mais son talent va bien au delà du caractère tragique de sa destinée et c’est pour cela, et rien d’autre, qu’elle mérite d’être lue 💜
Si le sujet est touchant, une jeune femme diagnostiqué d'un cancer du cerveau incurable qui demande à son entourage d'écrire avec elle le dernier chapitre de sa vie, à plusieurs mains, au fur et à mesure que la raison l'abandonne, c'est un peu trop expérimental pour moi, fastidieux... Dommage car touchant malgré tout