A l'enterrement de mon onc' Prosper, à Saint-Locdu, mon village natable, y avait SANA. Pas très corrèque, y m'refile, au moment des gondoléances, un œuf frais dans la pogne. Bon, passons ! Y avait aussi ma cousine Laurentine, la plus foutue garce du canton. Voilà-t-il pas qu'c'te vilaine haridelle glisse et tombe dans la fosse, sur l'cercueil à m'n'onc' ! Et quand Collignier, notaire - un sacré biberonneur, soit dit en passant - nous annonce que l'héritage de Tonton va reviendre à son animal de compagnie et qu'nous deux, la Laurentine et moi, on s'ra que les jus-de-fruitiers, alors là, la cousine, è s'dresse comme un fantôme sur une lande écossaise... Mais c'est pas l'tout : l'animal dont auquel il est question, c'est pas un chien, ni même un gros matou. C'est un coq, Mongénéral qu'y s'sucenomme... Sacré Tonton ! Dommage qu'y soye canné. Parce'que, s'il avait su tout ce qui s'en aye suivi, y serait resté baba... Comme moi...
Frédéric Dard (né Frédéric Charles Antoine Dard le 29 juin 1921 à Jallieu (Isère), France - 6 juin 2000 à Bonnefontaine, Fribourg, Suisse) était un écrivain principalement connu – dans une production extrêmement abondante – pour les aventures du commissaire San-Antonio, souvent aidé de son adjoint Bérurier, dont il a écrit cent soixante-quinze aventures depuis 1949. Parallèlement aux "San-Antonio" (l'un des plus gros succès de l'édition française d'après-guerre), Frédéric Dard a produit sous son nom ou sous de nombreux pseudonymes des romans noirs, des ouvrages de suspense psychologique, des « grands romans » des nouvelles, ainsi qu'une multitude d'articles. Débordant d'activité, il fut également auteur dramatique, scénariste et dialoguiste de films. Selon ses dernières volontés, Frédéric Dard a été enterré dans le cimetière de Saint-Chef, en Isère, village où il avait passé une partie de son enfance et où il aimait se ressourcer. Un musée y est en partie consacré à son œuvre.