Ce livre contient un ensemble de textes et manifestes écrits au début du XXè siècle par Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), un italien fondateur et pilier du mouvement artistique et culturel futuriste.
Le premier manifeste futuriste annonce la couleur: il s'agit de chanter l'énergie, le mouvement agressif, la témérité, le danger, la beauté de la mécanique et les délicieuses sensations de l'automobile et de l'avion. Il faut tourner absolument le dos au passé et aux valeurs du passé, en particulier, dans cette Italie couverte de vestiges, de musées et de touristes, envoyer paitre la sotte dévotion pour l'antiquité, la renaissance et le romantisme, pour entrer enfin dans l'enthousiasme exubérants des temps nouveaux.
Le second manifeste futuriste et tout aussi vif, criard et histrionique que le premier, se chargeant cette fois moins d'exposer les principes que de les faire sentir allégoriquement dans une prose exaltée et survoltée, exaltant la guerre, la conquête et l'aventure.
Contre Venise passéiste est un tract lancé dans la célèbre ville aquatique dans laquelle il invite les habitants à détruire les palais et églises pour combler les canaux de leurs décombres, et chasser la canaille des visiteurs qui viennent encombrer la ville, pour enfin passer à quelque chose de plus excitant qu'être une simple ville-musée.
Le mépris de la femme expose son rejet du romantisme, de la fable de l'amour, et de tout ce que les pénibles rêveries des poètes qui l'ont chanté peuvent avoir de pesant et d'horrible. Fustigeant l'état d'infériorité où la fiction de l'amour a jeté la femme, il affirme avec ferveur son soutien pour les suffragettes, afin, non pas tant qu'elles prennent leur juste part dans la vie politique, mais plutôt qu'elles précipitent ainsi la fin du parlementarisme qui n'est qu'un autre irritant vestige du passé, comme le suffrage universel, la démocratie, et toutes ces sottises passéistes héritées de la révolution française. L'homme, ainsi libéré de la femme, pourra enfin devenir aviateur!
Destruction de la syntaxe expose de manière détaillée ce que doit être la littérature futuriste: plus de syntaxe, plus de ponctuation, plus de logique, plus de psychologie (il faut abolir le Je en littérature). Il faut chanter la matière, créer de nouveaux mots, et se garder comme de la peste de faire des images, des métaphores, ou autres vieilles figures dépassé: un mot double et bien mieux, et évite toute explication inutile. La laideur tuera enfin la méchante solennité, et en haïssant la triste et ennuyeuse intelligence, nous serons enfin libres et heureux.
Ce qui nous sépare de Nietzsche est une sorte de défense contre un amalgame qu'il rejette. C'est dommage que je ne connaisse rien à Nietzsche, et je dois donc me contenter du fait que Nietzsche n'est pour Filippo qu'un autre insupportable passéiste obsédé avec ses grecs et ses païens, lâche, manquant tout à fait du courage des futuristes de tourner le dos à tout cet héritage lénifiant et encombrant.
Suit un petit commentaire de l'éditeur, une brève notice sur la vie de l'auteur, et une petite bibliographie. Je suis passé par tous les états en lisant ce livre: d'abord estomaqué et choqué par la provocation énorme et grossière, j'ai fini par y regarder de plus près et à m'en amuser, jusqu'à m'y intéresser. Et on peut y voir une source féconde, au regard de la vaste postérité du mouvement: la littérature de Joyce, les mouvement artistique d'avant-garde, l'éthique même de nos sociétés, la publicité, l'influence du futurisme est certaine et palpable.
Évidemment, le rejet en bloc et sans examen du passé est ridicule, mais l'enthousiasme qu'il a soulevé, en attirant dans ses rangs des hommes de mouvements politiques radicaux de tout bords qui aspiraient à faire table rase du passé montrent qu'ils avaient une part de vérité qu'ils ont réussi à mettre en mouvement. Ces textes, par leur caractère outrancier et provocateur, sont amusants et stimulants.