Des événements qui, il y a peu, relevaient de l’improbable, de scénarios du pire, ou de la dystopie, sont désormais notre quotidien. La science-fiction est devenue notre réalité. Nous vivons dans un chaos qui s’intensifie même si, ici ou là, fleurissent sur les ruines du capitalisme des utopies concrètes, localistes et réalisables, des cabanes et des refuges. Mais ces utopies ne sont-elles pas souvent concédées, dans les marges, par ceux-là mêmes qui promettent la colonisation de l’espace et les cités autosuffisantes pour milliardaires ?
Il y a urgence à revendiquer des lieux où se déploieraient en totale liberté nos imaginaires. L’utopie radicale peut répondre à l’extrémité des désastres actuels et à venir. Nous pouvons et devons rêver de technologies et de rencontres intergalactiques émancipatrices et ne pas laisser ce pouvoir aux seuls capitaines des vaisseaux capitalistes.
Face à la catastrophe, oserons-nous rêver d’autres mondes ?
Utopie radicale est un essai engagé et foisonnant qui appelle à la lutte pour un monde plus juste écologiquement et socialement, lutte dans laquelle la science-fiction se fait formidable terrain d’expérimentation. Alice Cabarédian lance un cri d’amour à l’imaginaire, un cri de lutte pour un monde meilleur et une invitation à créer passionnante.
Si, comme moi, vous avez appris à l'école que la dystopie était le "vraie visage" de l'utopie réalisée, jetez vous sur ce livre pour redécouvrir le genre et sa puissance agissante. En cette époque où notre réalité se tient à la lisière des science-fictions dystopiques, où le délai entre les catastrophes imaginées et nous se raccourcit, ce livre salutaire redéfinit le terme mécompris d'utopie et parle de la nécessaire reconquête de la fiction et de l'imaginaire par celle-ci comme "puissance subversive, pour non seulement réenchanter nos lendemains, ouvrir les portes de nos pensées de l'alternative, mais aussi pour repolitiser notre attention à un possible monde commun.".
Le livre explore d'abord comment et pourquoi l'utopie est devenue dystopie. En revenant aux origines du terme et en ôtant les assimilations trompeuses entre utopie et progrès, utopie et perfection, il se voit ici redéfinie. A travers des exemples, l'auteure nous montre comment des oeuvres avec des messages politiques clairs (comme 1984 de Georges Orwell ou bien plus récemment la série Squid Game) voient leur propos détourné, démontrant l'amoindrissement de l'impact, du pouvoir agissant sur les consciences des fictions dystopiques, formatées et vidées de leur substance subversive par les studios hollywoodiens, et comment il est possible et souhaitable de créer des fictions,"utopies ambitieuses" (Ursula Le Guin, Iain Banks, "Premier Contact" de Villeneuve, ...), qui n'idéalisent pas le présent en imaginant le pire des futurs.
L'utopie n'est pas le progrès. Elle n'est pas positiviste. Elle n'est pas naïve. "L'utopie est un processus, un état d'esprit, avant d'être un projet, un voyage avant d'être un rivage.". "L'utopie radicale réalisée devrait continuer à créer des utopies radicales, [...] ne jamais se transformer en point final, à ne jamais "être" mais à toujours "devenir".". Elle est "théorie de la perspective, de l'envergure et de l'altérité, pensée de la liberté et de l'égalité, critique envers le réel et surtout, humblement, envers elle même.", développement des imaginaires de l'émancipation.
Un livre que j'aurais vraiment voulu aimer. Je suis même d'accord avec le propos et crois qu'il est important de le répéter. L'utopie a sa place comme genre littéraire à part entière, elle est même nécessaire à la possibilité de penser un monde meilleur. Beaucoup d'autrices (principalement) s'y adonnent avec talent, et ses intrigues sont fortement plus intéressantes que ce que beaucoup imaginent. Utopie n'implique pas l'absence d'histoire, de drame, de tensions, etc.
J'ajouterais même que l'utopie est à l'avant-garde en ce qui concerne les efforts pour déboulonner les ressorts usés de la narration traditionnelle occidentale. Aux poubelles le Héros aux milles visages et autre fast-food littéraire peu nourrissant.
Mais voilà, ce livre tombe pile dans les travers de ces essais typiques franco-français qui me tombent royalement sur les nerfs.
Le premier de ces travers étant de dire des choses simples de la façon la plus compliquée possible. J'invite les intellectuels français à lire des essais et articles scientifiques en sciences humaines et sociales publiés n'importe où dans le monde, en dehors de l'Hexagone. L'objectif est habituellement le contraire : rendre digeste des idées complexes. Nul besoin de les obscurcir volontairement pour paraître intelligent.
Le second est de se prendre pour un poète. On peut dire clairement que l'utopie était d'abord un genre qui imaginait un lieu différent (meilleur) que le nôtre. Puis, que c'est devenu un genre plus propice à imaginer un futur différent (meilleur). Je ne vois pas l'intérêt d'expliquer cela en se lançant dans une longue métaphore alambiquée sur les "sourcils en broussaille de l'utopie". (Ce n'est même pas une blague.)
M'enfin. Les français en raffole, paraît-il. Alors, si c'est votre truc, ne vous privez pas.
Quelques idées intéressantes mais aucunement nouvelles, beaucoup de longueurs bien françaises (la langue), un point de vue bien blanc occidental français (la perspective ontologique et philosophique). J'ai aussi été déçue de l'apologie de la science fiction comme ouverture et désir de découverte/apprentissage, et surtout de la discussion de l'utopie comme ne pouvant être que de la science fiction. Dommage.
Avez-vous remarqué à quel point il est plus aisé de citer des œuvres littéraires ou cinématographiques dystopiques qu'utopiques ? Que ces dernières semblent d'ailleurs se compter sur les doigts de la main ? Et que, dans le monde réel, les utopies de voitures électriques, de conquêtes spatiales et d'écrans connectés vendus par la machine capitaliste ressemblent bel est bien à un futur catastrophique et non pas un avenir enviable... ?
Dans cet essai passionnant et militant, servi d'une très belle plume, Alice Carabédian livre un argumentaire convainquant sur la nécessité de récits utopiques dans un monde où la réalité semble rattraper de plus en plus la dystopie. Mais plus encore, sur la nécessité de récits utopiques radicaux, qui n'ont pas besoin d'être réalistes mais bien critiques, non-conformistes et pluriels, et qui sont des armes subversives remettant en perspective notre monde actuel. Et s'il y a un domaine dans lequel on peut ainsi ouvrir les possibles, c'est la fiction, mais plus encore la science-fiction, qui doit plus que jamais devenir un outil politique. Entre analyses d’œuvres utopiques/dystopiques, critique de l'influence de la dystopie sur nos imaginaires, tentative de définition d'une utopie radicale... cet essai fait partie des rares livres qui m'ont fait changer d'avis sur un sujet (l'utopie c'est chiant, l'utopie c'est forcément une dystopie en devenir, l'utopie doit absolument être réaliste pour être prise au sérieux dans le monde militant...), qui me font prendre des notes toutes les deux pages et qui me donnent envie de creuser plus loin le sujet.
Maintenant, voilà le souci : la difficulté de les trouver, ces récits utopiques qui interrogent, décloisonnent, brisent les frontières de l'impossible. Un défi pour l'imagination qui, j'espère, sera de plus en plus relevé par des auteur.trice.s de fiction.
"Tout en veillant à continuer de développer les alternatives, ici et là, car elles restent des pratiques concrètes de lutte et d'émancipation, il nous faudrait mettre en valeur un champ qui n'a pas encore été colonisé et qui, pourtant, a la force et la puissance de décloisonner les horizons : le champ des impossibles."
La première moitié m'a semblé comme une longue introduction traitant, par contraste, de la dystopie et de ses dissidents avant d'arriver à une utopie, dite radicale, tendant vers les étoiles, pour voir plus grand que les cabanes et prendre à revers les "fusées conquérantes". Il s'agit alors de s'inspirer de l'exubérance de l'étrange, de l'inédit, de l'altérité et de toutes ces riches rencontres que permet la SF, Trop peu de références à mon goût (Becky Chambers, "Premier Contact", Ursula Le Guin, Star Trek, Iain M. Banks un peu plus développé) pour mieux découvrir ce thème de l'utopie.
Un essai littéraire, philosophique et politique sur l'utopie et sa place dans les cultures de l'imaginaire et de science-fiction. Malgré certains passages un peu ardus pour un lecteur novice en théorie littéraire et en philosophie politique, le texte est intéressant et le propos convaincant. L'autrice formule avec clarté sa conviction de la nécessité de l'utopie, et surtout d'une utopie radicale, dans nos imaginaires.
Du mal à rentrer dedans au début, je trouvais les phrases trop édulcorées et répétitives, un peu lassantes j’avoue… mais que ce soit pr les textes cités ou plus globalement pour la pertinence d’une telle revendication merci 🏹 je jure je vais essayer #optimism