« En 1841, dans son discours de réception à l’Académie française, Victor Hugo avait évoqué la “populace” pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu’il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot “misérable”, qu’il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, Eugène Sue découvrit les réalités du monde social qu’il évoquait dans son roman. L’ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d’être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. » La France, c’est ici l’ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l’État français. Dans cette somme, l’auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé son histoire depuis la fin du Moyen Âge : les guerres, l’affirmation de l’État, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l’esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale. Nouvelle conclusion
Gérard Noiriel is a French historian. He is one of the pioneers of immigration history in France. He has also focused on the history of the working class, as well as on interdisciplinary and epistemological questions in history. In this regard, he contributed to the development of socio-historical studies and was involved in founding the journal Genèses. He is a director of studies at the École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS).
A travers sa carrière d'historien, Gérard Noiriel a choisi de se consacrer à l'étude des classes populaires, dans la lignée de récents ouvrages à l'image de "Les luttes et les rêves" de Michelle Zancarini-Fournel ou "Histoire populaire des Etats-Unis" d'Howard Zinn.
Ce livre est donc l'aboutissement d'un travail consistant à s'intéresser au "peuple" français depuis sa sujétion à un Etat royal pendant la guerre de Cent Ans jusqu'à aujourd'hui sous le quinquennat d'Emmanuel Macron. Sont étudiés ici les rapports entre Etat français et classes populaires, les évolutions de ces dernières, l'impact des politiques menées, etc.
Malgré un certain parti pris idéologique évident à la lecture, Noiriel fait une description précise et détaillée de cette histoire populaire française en mobilisant de nombreux exemples et travaux d'historiens.
Le réel intérêt de ce livre tient également de son accessibilité à un public non-historien où celui-ci pourra y trouver son compte dans un livre dénué de notes de bas de page et très clair à la lecture.
J'ai beaucoup apprécié ce livre car, bien que différemment de mes lectures sur l'histoire populaire, la précision, la clarté du langage, les arguments évoqués recoupent de nombreux éléments déjà lus dans ces œuvres. Noiriel réalise l'exploit d'effectuer cette synthèse sur le long terme historique sans se perdre en longueurs et en gagnant en clarté. Une lecture différente des discours habituellement véhiculés dans l'espace public que je conseille à tous et toutes, historien.nes ou non, de droite ou de gauche, essentielle pour comprendre l'état de la France d'aujourd'hui et ce qui l'y a mené.
Très instructif de pouvoir apprendre l'histoire de France selon un point de vue différent de celui des dominants (point de vue habituel) En effet, le livre retrace les derniers siècles selon le point de vue du principal intéressé, à savoir le peuple. Bible d'informations, un peu dur à digérer mais à savourer sur le long terme.