Le long effort des grammairiens et des académiciens pour masculiniser le français a suscité de vives résistances chez celles et ceux qui, longtemps, ont parlé et écrit cette langue sans appliquer des règles contraires à sa logique.
La domination du genre masculin sur le genre féminin initiée au XVIIe siècle ne s’est en effet imposée qu’à la fin du XIXe avec l’instruction obligatoire. Depuis, des générations d’écolières et d’écoliers répètent inlassablement que « le masculin l’emporte sur le féminin », se préparant ainsi à occuper des places différentes et hiérarchisées dans la société.
Ce livre retrace l’histoire d’une entreprise à la misogynie affirmée ou honteuse, selon les époques. Riche en exemples empruntés aux deux camps, il nous convie à un parcours plein de surprises où l’on en apprend de belles sur la « virilisation » des noms de métier, sur les usages qui prévalaient en matière d’accords, sur l’utilisation des pronoms ou sur les opérations « trans-genre » subies par certains mots.
AH après avoir écouté énooormément de podcasts sur le sujet et avec Eliane Viennot, j’ai ENFIN lu son ouvrage !
Et bah c’est très bien et, en tant que prof de français, c’est appliqué tous les jours avec mes élèves qui ont plus de bon sens que les mascus mentionnés dans le livre………………
Eliane Viennot, doctoresse ès lettres et spécialiste de la place politique et sociale des femmes sous l'Ancien régime, retrace avec efficacité mais aussi dans un style très fluide et accessible, l'origine et les raisons du basculement masculiniste de la langue française : les universités se fondent sur l'exclusion des femmes (elles ont été créées en tout premier lieu par des femmes dans le monde musulman médiéval), la clergie entend garder sa prééminence politique face à l'ascension et l'influence des femmes savantes à la fin de la Renaissance et la normalisation - progressive - du français moderne se fera par un panel résolument misogyne et élitiste et qui l'est toujours : l'Académie française.
Les usages courants alors de noms de métiers au féminin disparaîtront progressivement (autrice, philosophesse, etc) et font lever encore maintenant beaucoup de boucliers malgré l'absurdité de la norme vantée ("Madame le Ministre"). Viennot rappelle l'hypocrisie des Académiciens et autres sbires du patriarcat qui combattent "autrice" (qui n'est donc pas un néologisme) mais bizarrement pas "coiffeuse"...
Elle ne néglige pas non plus l'ensemble des effets de l'effacement des marques du féminin dans la langue française (invariabilité au profit du masculin, accord au pluriel masculin même si prééminence du nombre de femmes, etc) et ses dérivés contemporains au niveau sonore (auteure plutôt qu'autrice, en dépit de la logique étymologique latine auctor, auctoris). Elle n'évite pas non plus d'évoquer les difficultés d'adaptation d'une langue française moins sexiste : réforme orthographique comprise par le plus grand nombre, lisibilité et sens des accords de genre, absence problématique de neutre...
La pensée réactionnaire des "Lumières" à l'égard des femmes et l'invisibilisation historique du rôle cruciale qu'ont joué les femmes dans la Révolution française conduiront aussi à des conséquences politiques très concrêtes : dans un pays où il n'y a que des "citoyens", pourquoi les femmes seraient-elles conviées à donner leur voix dans la sphère publique ? en quoi diable les "Droits de l'homme" les concerneraient-elles ?
Il aurait été intéressant toutefois que Viennot fasse le lien entre la masculinisation de la langue et des institutions politiques et la désappropriation plus globale du savoir des femmes par les hommes de pouvoir à partir de la Renaissance, base des économies genrées de nos sociétés capitalistes modernes.
De plus, Viennot semble entretenir naïvement l'idée que, sans l'action réactionnaire de l'Académie française et quelques affreux misogynes puissants au début du XVIIè siècle, la langue française n'aurait pas été sexiste! Or, comme toute langue, le français est le produit de sa société, en l'occurrence patriarcale et raciste, d'où la présence à chaque époque de termes et de proverbes sexistes et racistes, au-delà d'une quelconque imposition élitiste par une académie.
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Excellent ouvrage introductif sur le processus de masculinisation de la langue française, ses raisons, répercussions, et les différentes options envisageables aujourd'hui pour y remédier.
très bonne entrée en matière pour celles et ceux qui s’y intéressent, avec une approche mondiale de la francophonie, tout en fournissant une super bibliographie pour mieux se renseigner et approfondir.
un ouvrage infiniment riche et pertinent, mettant à terre la fameuse formule "le masculin l'emporte sur le féminin."
c'est avec justesse, précision et clarté qu'Éliane Viennot rappelle une brève histoire de la langue et de la société française, pour comprendre comment et pourquoi notre si chère langue est aujourd'hui (encore, malgré les quelques réformes) très masculiniste.
un véritable cri pour inclure, voire réinclure le féminin dans la langue, (écriture inclusive, accord de proximité, féminisation des noms et adjectifs...) afin de briser ces rapports de force qui s'étendent bien au-delà du fait linguistique.
je reste cependant moins d'accord avec l'autrice concernant son propos sur l'écriture inclusive. sa vision des choses est beaucoup trop binaire (fait très assumé, et qui me crispe encore plus).
malgré ce dernier point, ce livre est à mettre entre les mains de toute personne revendiquant un conservatisme de la langue, alors même qu'elle n'en connaît pas l'histoire.
C'est après moults efforts de masculinisation du français qu'on prétend, aujourd'hui, que le masculin l'emporte sur le féminin. Mais ça n'a pas toujours été comme ça, et surtout, ça ne doit pas le rester. Dans ce petit livre, Eliane Viennot retrace l'historique de la langue française et propose des solutions simples et efficaces pour contrer les effets pervers d'une langue qui a tenté d'effacer les femmes.
« Ce qui, dans l’histoire, apparaît comme éternel n’est que le produit d’un travail d’éternisation ». L’essai d’Eliane Viennot c’est cette citation de Pierre Bourdieu appliquée à la linguistique. Replaçant l’évolution du français dans une perspective historique, elle démontre, points de grammaire à l’appui (qui ont un peu fait chauffer mon cerveau), que : 1) La langue française n’est pas neutre, mais sexiste ; 2) Il n’en a pas toujours été ainsi ; 3 )Et surtout, il peut donc en aller autrement.
La disparition de l’accord de proximité au profit de la règle selon laquelle le masculin, plus noble, l’emporterait sur le féminin ; l’effacement progressif de la forme féminine de certains noms de métiers et fonctions (les plus prestigieuses - comme par hasard) , l’utilisation par les grammairiens d’exemples littéraires étonnamment souvent tirés d’auteurs hommes, avec point bonus s’il s’agit d’une citation dénigrant le sexe féminin ; la présentation de listes de noms féminins comme simples dérivés formés à partir des noms masculins, telle Eve sortie de la cuisse d’Adam…
Surprise ! Surprise ! Ces règles, que l’on nous présente sur les bancs de l’école comme des vérités immuables, sont en réalité… le fruit d’un effort conscient de masculinisation de la langue française.
Ce processus étant relativement récent (avec un point de départ aux alentours du XVIIe siècle), il est également REVERSIBLE. Contrairement à ce que l’on voudrait bien nous faire croire, les solutions pour une langue plus inclusive (ouh le gros mot) existent déjà, elles ont simplement été « oubliées » (lire : volontairement effacées). A nous de nous emparer !
Cela faisait longtemps que je voulais découvrir le travail d’Eliane Viennot et ce premier essai m’a beaucoup plu ! L’historienne revient sur l’histoire de la langue française à partir du XVIe siècle principalement et sur l’entreprise misogyne qui s’est mise en place pour genrer du plus en plus au masculin le français - alors que cela ne va pas du tout de soi. Faisant des études de lettres et étudiant justement l'histoire de la langue française depuis l'Antiquité, j'ai d'autant plus apprécié cet ouvrage ! Mais tou·te·s en apprendront beaucoup. Notre langue française n’a pas toujours été aussi masculine mais c’est un long travail de domination, qui est passée par la virilisation des noms de métiers, par l’usage des accords, des pronoms et la transformation de mots, qui a rendu le français sexiste. Ce n'est plus à prouver, mais le patriarcat est partout. Je n'ai qu'un conseil : lisez cet essai !
L'Académie française, dans sa grande intelligence, amène beaucoup de journalistes, d'essayistes ... plus ou moins réactionnaires, à conclure que la langue française étant neutre, il est au fond normal que le masculin l'emporte sur le féminin. Et qu'un terme comme "l'homme" désigne tant les hommes et l'espèce humaine. Or l'enquête d'Eliane Viennot montre exactement le contraire : c'est par un long processus de masculinisation que la langue française est devenu un instrument du sexisme. Ce processus s'accompagne d'un rejet des femmes dans la sphère domestique et hors de la sphère politique. Un exemple étant l'apparition de l'expression "le sexe faible" : de fait durant la Renaissance, on utilise plutôt l'expression "l'un et l'autre sexe".
Un peu déçue par la lecture de ce livre, pilier d'un épisode récent du podcast "les couilles sur la table". Je m'attendais à une réflexion féministe qui prendrait racine dans l'usage de la langue française. Mais il s'agit plutôt d'un "truc de linguistes" dont le format (quelques exemples sont cités, supposemment représentatifs de toute une époque) ne m'a pas convaincue. Je recommande donc plutôt l'écoute du Podcast.
Le livre le précise, c’est une « petite histoire des résistances de la langue française », attendez-vous donc à un texte précis mais forcément court qu’il vous faudra approfondir si le sujet vous intéresse. Ça tombe bien, la bibliographie est riche et l’autrice a écrit d’autres ouvrages.
Entre histoire politique et histoire de la grammaire, cet ouvrage doit être lu par toutes et surtout tous.
L’histoire de la masculinisation de la langue depuis les XVI-XVIIe siècles, avec de nombreux extraits de textes historiques mis en perspective par l’autrice. Son écriture m’a paru très claire et direct. Dommage que la dernière partie sur la neutralité ou la non-binarité de la langue ne soit pas plus dense. Les pointes d’humour de l’autrice sont incroyables !
Pop off Eliane Viennot. Loved this read on the efforts to masculinise the french language. She did inspire me to think about what words I can use differently to show that women exist in the french language and how the language is rich enough to offer that! Some parts I did not find to be as convincing in terms of how she concludes points.
C'est un très bon livre qui se lit très bien et duquel on apprend beaucoup de choses. Je recommanderai à beaucoup de monde de le lire parce que la conclusion vaut le coup.
Très accessible et instructif, l'autrice donne d'une part plein de clés pour comprendre la masculinisation de la langue française depuis le XVIIe et d'autres part des outils pour la re-féminiser