C'est un pari très risqué tout le temps que d'écrire un Que sais-je? qui doit intégrer des siècles d'histoire, des centaines d'angles et de mouvements, de personnalités et de réflexions en un seul ouvrage de 116 pages (excluant la bibliographie). Florence Rochefort relève le pari haut la main en réussissant à résumer et synthétiser souvent des pans entiers du féminisme en un paragraphe ou deux afin d'en survoler un maximum.
Divisé en trois parties qui ne correspondent pas aux "vagues" aux contours flous et créant une histoire souvent très linéaire et excluant d'autres mouvements parallèles (par exemple le Black feminism émergeant dans les années '70 ou les mouvements féministes lesbiens), ce sont trois périodes couvrant un proto-féminisme (Revendication de l'égalité des sexes et l'affranchissement des femmes 1789-1860), les luttes collectives pour l'émancipation ("Le temps de l'internationalisation" 1860-1945) et un dernier qui s'efforce de couvrir tous les mouvements au sein des féminismes (pour l'égalité et la libération des femmes 1945-2000).
J'ai craint un peu pour la partie "mondiale" de l'essai, mais Rochefort couvre bel et bien les féminismes ayant émergés au Japon, en Chine, en Inde, au Moyen-Orient, en Afrique; certes, un peu moins qu'en Europe ou aux États-Unis, mais ce n'était pas non plus une histoire occidentale avec un ou deux name dropping d'Afrique juste pour dire, c'est vraiment ancré dans la trame de l'essai, c'est donc un bel exploit que d'avoir un tel essai couvrant vraiment l'aspect mondial, et pas juste une idée de féministes blanches qui exportent leurs idées partout dans le monde. On parle autant des féminismes décoloniaux, féminismes noirs ou encore des personnalités comme Gisèle Halimi, Vandana Shiva, Gayatri Chakravorty Spivak, Nazik Abid, etc.
Un excellent Que sais-je? d'introduction sur le sujet qui donnera certainement envie d'en lire plus sur les mouvements ou personnes évoquées, la bibliographie et les quelques notes de bas de pages pouvant aider à cette recherche. Je recommande définitivement.
(C'est moi où il n'y avait pas une seule Canadienne de mentionnée? Ni même n'a-t-on parlé du Canada... Bah! C'est pas trop grave, ce n'est pas le seul pays qu'il manquait et il faut bien couper quelque part si on veut aborder surtout les mouvements plutôt que les pays où ils se sont déroulés)