J'ai lu les cinquante premières pages en transe, halluciné, écœuré et j'ai dû m'arrêter car il a failli me faire vomir. J'ai continué plus tard en sachant à quoi m'attendre et j'ai pris un rôle plus passif, à la fois pour me protéger du contenu et aussi par curiosité morbide, pour analyser jusqu'où il va bien pouvoir aller.
'Nuit Noire', le premier roman de cette anthologie, est une œuvre absolument fascinante et écœurante, une pièce immonde et grotesque. Je m'attendais à exécrer ce texte, à le trouver vulgaire et pervers, voir inutile et malsain. Pourtant je me suis pris au jeu et c'est une lecture qui aura été forte d'apprentissage sur moi, la curiosité morbide, et sur mon rapport à la lecture. Malgré mes adjectifs, je le trouve presque brillant dans son amoncèlement excessif de chair et d'actes dégueulasses et pervers. En plus de décrire des actes toujours plus abjectes, l'écriture à la première personne rentre dans le détail à travers les yeux du personnage qui les commet, les décrivant donc surtout comme ses fantasmes. Je pense que c'est cet aspect très "métaphysique" justement, cette plongée dans la psyché ravagée d'un mec pathétique, qui a finis par le plus me plaire. Le fait de le lire me décrire ses hallucinations prolongées, délirantes, dégueulasses, dans un amoncèlement de chair, de fluides, de viscosité sans nom m'a fait commencer à prendre le pied de la lecture. Siébert a réussis à retranscrire une fièvre malade de crimes et de tourments immondes, inexplicables, qu'il n'essaye justement jamais réellement de déployer. Je comprends parfaitement que ce livre puisse être détesté et exécré, mais je l'ai trouvé étrangement plus fin qu'il n'en avait l'air. Aussi, la radicalité presque puérile de violences s'est vraiment imposée comme un challenge de lecteur, "jusqu'où je vais aller, est-ce que ça me plaît, qu'est-ce que j'y trouve ?". Toutes ces questions, ainsi que le vertige artistique immonde que représente sa lecture, valent vraiment le coup d'y jeter un œil. Pour public plus qu'averti, mais je suis très content de l'avoir lu. C'est un texte malsain, désœuvrant, perturbant, mais aussi hypnotisant et fiévreux, dont la descente aux enfers m'a vraiment accroché. Comme un film gore dont on ne peut détourner le regard, mais qui va bien plus loin que les pires films que j'ai pu voir. Il y a aussi une pertinence vraiment agréable en fin de texte, presque naïve, qui m’a vraiment plu. Une sorte de prise de recul éclairée qui remet la lumière sur encore plus de noirceur.
‘Paranoïa’ est également un roman passionnant, il a de commun avec Nuit Noire un vertige qui s’étend et s’approfondi au fil de la lecture. Mais ici le vertige est plus narratif que purement littéraire, même si l’écriture de Siébert tend à résumer des vies en des phrases concises qui, misent bout à bout, composent un texte dense et détaillé. Je suis encore en train de le digérer donc j’ai un peu moins à en dire, mais il est vraiment passionnant et très bien rédigé, j’ai adoré.