En octobre 1879, à la rentrée, la classe de philosophie du lycée de Nancy fut violemment émue. Le professeur, M. Paul Bouteiller, était nouveau et son aspect, le son de sa voix, ses paroles dépassaient ce que chacun de ces enfants avait imaginé jamais de plus noble et de plus impérieux. Un bouillonnement étrange agitait leurs cerveaux, et une rumeur presque insurrectionnelle emplissait leur préau, leur quartier, leur réfectoire et même leur dortoir : car, pour les mépriser, ils comparaient à ce grand homme ses collègues et l'administration. Ce bâtiment d'ordinaire si morne semblait une écurie où l'on a distribué de l'avoine. A des jeunes gens qui jusqu'alors remâchaient des rudiments quelconques, on venait de donner le plus vigoureux des stimulants : dés idées de leur époque ! Non pas des idées qui aient été belles, neuves et éloquentes dans les collèges avant la Révolution, mais ces mêmes idées qu circulent dans notre société, dans nos coteries, dans la rue, et qui font des héros, des fous, des criminels, parmi nos contemporains. Et peut-être, à l'usage, perdront-elles leur puissance sur des âmes diverties par les années; mais en octobre 1879, voici seulement que naissent ces lents enfants de provinces : jusqu'alors, ils n'ont connu ni la vie ni la mort, mais un état où la rêverie sur Je moi n'existe pas encore et qui est une mort animée, comme aux bras de la nourrice. ..
Auguste-Maurice Barrès (19 August 1862 – 4 December 1923) was a French novelist, journalist and politician. Spending some time in Italy, he became a figure in French literature with the release of his work The Cult of the Self in 1888. In politics, he was first elected to the Chamber of Deputies in 1889 as a Boulangist and would play a prominent political role for the rest of his life.
Barrès was associated in his literary works with Symbolism, a movement which had equivalence with British Aestheticism and Italian Decadentism, indeed he was a close associate of Gabriele d'Annunzio representing the latter. As the name of his trilogy suggests, his works glorified a humanistic love of the self and he also flirted with occult mysticisms in his youth. The Dreyfus affair saw an ideological shift and he was a leading anti-Dreyfusard, popularising the term nationalisme to describe his views. He stood on a platform of "Nationalism, Protectionism and Socialism."
Politically, he became involved with various groups such as the Ligue des Patriotes of Paul Déroulède, which he became the leader of in 1914. Barrès was close to Charles Maurras founder of Action Française, a monarchist party. Despite the fact that he remained a republican, Barrès would have a strong influence on various following French monarchists, as well as various other figures. During the First World War, he was a strong supporter of the Union Sacrée. In later life, Barrès returned to the Catholic faith and was involved in a campaign to restore French church buildings and helped establish 24 June as a national day of remembrance for St. Joan of Arc.
Barrès est un écrivain dont la plume a été usée par le temps ; un écrivain que l'on n'ose trop évoquer par peur d'avoir l'air farouchement nationaliste. Il est vrai que son zèle ultrapatriotique et ses velléités protofascistes trouvent difficilement leur place dans le monde d'aujourd'hui. Toujours est-il que Barrès demeure l'un des auteurs les plus formidables de la littérature française, tant par son style que par sa contribution à l'émergence de l'identité de la France ; parce qu'il faut toujours remettre le nationalisme dans son contexte.
Le nationalisme français – ou devrais-je dire la construction de la nation française – sous la IIIe République mérite toutes ses critiques : l'affaire Dreyfus et le colonialisme marquent en effet les moments les plus sombres de la France. Cependant, il ne faut jamais oublier que l'État-nation, au travers de l'homogénéisation de la langue française sur le territoire et de l'inculcation de l'imaginaire collectif, a constitué le socle de la démocratie française. Sans pour autant ignorer les excès du nationalisme faut-il en rappeler ses vertus. L'amour de la patrie, la mémoire collective, et surtout, comme disait Renan, le projet d'avenir en commun – tel était le credo nationaliste du XIXe siècle. Tout ça pour dire qu'il faut toujours remettre Barrès dans son contexte. Barrès, avec les hussards noirs, Péguy, Briand, Gambetta – ont été les ardents défenseurs de la IIIe République, de la construction de la démocratie française. C'est-à-dire la volonté d'illuminer le peuple, maître de lui-même, fier de son histoire : le point culminant de l'expression de la volonté générale, telle annoncée par Rousseau un siècle plus tôt. Et ça il ne faut jamais l'oublier.
Livre étrange, hallucinant par certains points, pertinent et détestables par d'autres. Il y a des remarques très bien senties ; certaines dépassent l'époque de rédaction et mériteraient d'être mises en parallèle avec aujourd'hui. Chose étonnant, Maurice Barrès, qui ne cesse de pointer du doigt ses "déracinés" de leur Lorraine natale, commet deux erreurs qu'on attendrait de quelqu'un qui ne fut pas lorrain: il réunit le Barrois mouvant à la France en 1766 et, peut-être par hypercorrectisme comme aime à le dire Grevisse, parle de nancéen et pas de nancéien. La préface de Jean Borie est formidable, notamment dans son début concernant le nationalisme et l'attachement au terroir.
Livre qui laisse un goût âpre après sa lecture. Difficile à aborder, le livre devient passionnant aux alentours des pages 120, et nous promet beaucoup, mais se termine de manière abrupte, sèche et pouvant dégoûter certains. Barrès y expose de profondes pensées sur ce qu’être Français, La République, Le Jacobinisme.. Avec une critique parfois acerbe.
L'intrigue se déroule au coeur des années 1880, nous suivons 7 lorrains arrivés à Paris, avec des destins différents mais toujours soudés. Se lit bien malgré le vocabulaire riche que l'on connait à barres !