C'est par ces récits majeurs que Dazai Osamu (1909-1948) a laissé une empreinte considérable sur la littérature japonaise moderne, suscitant encore de nos jours une immense admiration. On le lit dans les écoles, on le commente, on le cite : il est maintenant un classique du xxe siècle au panthéon littéraire du Japon.Une vie traversée de doute, d'inquiétude, de dégoût. Une réputation scandaleuse de buveur désespéré, d'amoureux suicidaire et d'amateur de drogues le suivra toute sa vie. On peut lire ces récits, tous nourris de la vie de l'auteur, comme autant de croquis, de choses vues, comme autant de photographies que l'on disposerait dans un album si l'on veut découvrir un homme ; mais il faut les relire pour découvrir un écrivain, pour entendre cette petite musique, ce curieux mélange de véhémence, d'humour et de familiarité qui dans une même page fait coexister l'envolée lyrique, l'émotion murmurée et le ton du journal intime.
Osamu DAZAI (native name: 太宰治, real name Shūji Tsushima) was a Japanese author who is considered one of the foremost fiction writers of 20th-century Japan. A number of his most popular works, such as Shayō (The Setting Sun) and Ningen Shikkaku (No Longer Human), are considered modern-day classics in Japan. With a semi-autobiographical style and transparency into his personal life, Dazai’s stories have intrigued the minds of many readers. His books also bring about awareness to a number of important topics such as human nature, mental illness, social relationships, and postwar Japan.
Tout d'abord, je vous propose une courte introduction sur l'auteur. Osamu Dazai est un auteur japonais incontournable de la première partie du XXème siècle. Ses écrits sont caractéristiques du style littéraire Watakushi shōsetsu, c'est à dire qu'ils sont rédigés à la première personne et comportent de nombreux éléments autobiographiques. D'un point de vue plus personnel, c'est un auteur tourmenté qui est connu pour ses excès (alcools, drogues, femmes) et pour ses tentatives de suicides (la dernière ne fut pas qu'une tentative).
Les éditions Philippe Picquier ont choisi de réunir dans ce roman plusieurs nouvelles écrites par Osamu Dazai à des moments-clé de sa vie. Chaque texte est précédé d'une présentation de l'éditeur nous expliquant le contexte de celui-ci. Ce choix me semble judicieux pour ce livre, car il renforce l'aspect biographique et dramatique de l'oeuvre.
Dramatique, c'est bien le mot pour décrire ce que l'on ressent à la lecture du livre. Les textes sont souvent noirs et pessimistes mais portés par une plume agile et poétique.
« On a dépassé la mi-septembre. Mon yakata immaculé n'est déjà plus de saison, et j'ai le sentiment que sa blancheur tranche sur les couleurs du soir avec un éclat trop brutal : mon chagrin n'en est que plus intense, et je prends la vie en horreur. Le vent, dont le souffle vient rider l'étang de Shinobazu, est tiède et chargé d'odeurs d'égouts. Les lotus, que l'on a laissé croître sans prendre soin d'eux, commencent à pourrir : hideux tableau - ce sont autant d'images cadavériques ; et les promeneurs du soir affluent, le visage stupide et l'air épuisé : spectacle de fin du monde. »
Au début du livre, l'auteur ne m'était clairement pas sympathique. Il apparaît comme un jeune homme issu d'une famille riche avec un ego surdimensionné et qui de plus s’évertue à foutre sa vie en l'air... Mais rapidement, on commence à comprendre son cheminement et sa souffrance. C'est un être fascinant, un homme qui cherche désespérément son chemin.
« Immobile, je pleurais. J'eus l'agréable sensation que mes larmes faisaient fondre cette frénétique raideur qui m'habitait. Oui, j'avais perdu - et tant mieux : il le fallait. La victoire de ces êtres illuminera la route que je suivrai demain.»
Dans cette quête d'identité, on sent par moments qu'il s'apaise. Son écriture devient plus légère et il joue alors avec ses lecteurs.
« Lecteur, écoute moi : si tu es avec ta bien-aimée et qu'elle éclate de rire, tu peux t'en féliciter. Ne le lui reproche surtout pas : la signification de ce rire, c'est tout simplement qu'avec toi, elle se sent parfaitement en confiance et que ce sentiment la submerge.»
Il retombe cependant bien rapidement dans la frustration, la peur et le dégoût de lui-même. Ce cheminement est parfaitement rendu par ce livre, où l'on découvre la vie de l'auteur par le prisme déformant de ses textes. La fiction se mélange à la réalité, les faits sont déformés mais au travers de son style et de ses écrits l'auteur se met à nu. Il nous fait partager ses sentiments, nous fait entrevoir sa solitude.
« Qu'on veuille bien me pardonner. Je suis allé trop loin. Devant la vie, je n'ai pas à me comporter en accusateur ni en juge. Je n'ai pas qualité pour condamner mes semblables. Je suis un enfant du mal. Je suis maudit. J'ai commis sans doute cinquante ou cent fois plus de péchés que vous. C'est un fait : à l'heure présente encore, je suis en train de faire le mal. J'ai beau être vigilant, c'est peine perdue : il ne se passe pas de jour que je ne fasse le mal.»
Pour conclure, Cent vues du mont Fuji est le livre fort et poignant d'un auteur tourmenté dans une période chaotique. Un livre indispensable pour qui veut découvrir les grands auteurs japonais.
J’avoue ma méconnaissance de la littérature japonaise, quelques auteurs, un ou deux livres par-ci par-là, quelques mangas tout au plus. Et puis ce livre d’Osamu Dazai qui me tombe dans les mains par hasard, plus attiré par le titre et la couverture, mais sans savoir que l’auteur y déverserait son désespoir et s’y moquerait de l’icône nationale japonaise. C’est la découverte d’un homme tout d’abord, car les nouvelles du recueil ont une large base autobiographique. Dans un pays encore rigide et conformiste, Dazai s’est livré à la débauche dans une vie qui lui apparaissait comme un enfer sans fin. Criblé de dettes et vivant aux crochets de sa riche famille, il avait la passion de l’excès : femmes, alcool, drogue, tentatives de suicide. Mais cet homme pouvait écrire les textes les plus beaux, les plus douloureux et les plus drôles. Ce qui m’a frappé à leur lecture, c’est l’honnêteté brutale qui s’en dégage. Pas celle liée à la véracité des faits, car on s’arrange toujours plus ou moins avec la réalité. Mais une honnêteté dans les réactions de Dazai face aux événements, comme s’il était à la recherche d’une vérité au-delà des apparences, la vérité sur l’âme humaine. Les premières nouvelles ne m’ont pas plu et j’étais décontenancé par leur présentation éditoriale. Séparées par des photos de l’auteur et introduites par un bref paragraphe précisant le lien entre le texte et la biographie, j’étais perdu ne sachant ce qui relevait du littéraire ou du documentaire. Puis petit à petit, la magie de l’écriture a fait son effet et j’ai fini envoûté. Tout le contraire d’un voyage chez les Bisounours, "Cent vues du mont Fuji" est une plongée dans le désenchantement, une suite d’histoires largement autobiographiques dans lesquelles Dazai, très tourmenté, dresse de manière intime son portrait d’artiste impénitent et nous raconte sa vie de décadent en mélangeant sans cesse humour, émotion murmurée et emportement. Les nouvelles sont classées par ordre chronologique, ce qui permet de comprendre comment l’écrivain a évolué. J’ai trouvé qu’au fil des années son écriture se simplifiait pour aller vers plus de brièveté et de naturel. Homme au caractère tourmenté, il est dans ses nouvelles à l’affut des blessures de ses contemporains (la voix d’un ivrogne dans « I can speak », la vallée de larmes entre les seins d’une femme dans « Les cerises »), de leurs afflictions (les adieux sur les quais de gare dans « Le train »), de leurs déchirures (les retrouvailles avec la fille d’une ancienne maitresse morte dans « Merry Christmas »). La nouvelle la plus terrifiante est pour moi « Huit tableaux de Tokyo » dans laquelle Dazai décrit sa longue déchéance. Sorte de brève esquisse biographique, il y détaille ses diverses tentatives de suicide pendant une dizaine d’années dans une écriture simple, claire, qui va droit au but et qui m’a touché. Dans la nouvelle « Cent vues du mont Fuji », il tente de transmettre le charme des paysages japonais peut-être pour apaiser son mal de vivre, mais il en ressort surtout un surprenant et irrévérencieux plaisir de l’auteur à démolir l’icône nationale qu’est le mont Fuji en se plaignant des artistes qui l’embellissent toujours dans leurs représentations. Dans « L’aurore », Dazai raconte de manière franchement émouvante l’histoire d’une famille qui tente de survivre aux bombardements américains pendant la guerre. Son écriture est directe, mais en aucun cas sèche, donnant à la lecture de cette nouvelle l’allure d’un reportage poignant et captivant sur les lieux de bombardements. Des éclaircies illuminent de temps à autre cet univers obscur : une histoire cocasse avec un chien errant dans « Le chien », la beauté d’une jeune fille dans une station thermale dans « Belle enfant ». Même si ce recueil de nouvelles ne brille pas par ses manifestations de joie, ces histoires sarcastiques m’auront été précieuses pour me faire une idée de cet auteur désespéré à l’écriture franche et directe, et plus largement pour m’intéresser à ce courant de la littérature japonaise qui, sur le mode de la confession, décrit l’enfer de la société japonaise et expose le côté sombre de la vie des auteurs et le style de vie décadent qu’ils mènent. Une surprenante découverte pour moi.
Le Japon d'Osamu Dazai, je ne le comprendrai pas. Personne ne le comprendra. Et ça n'est pas grave. Le Japon d'Osamu Dazai, c'est un enchevêtrement de banalités déformé par un regard trouble, méchant, torturé. Le Japon d'Osamu Dazai, c'est une ligne droite qui se tord dans tous les sens. Et parfois fait des étincelles.
Une pépite de la littérature japonaise. Dazai, on l'étudie même à l'école au Japon. C'est un auteur au panthéon des plus grands auteurs nippons. Sa façon d'écrire le récit est si spéciale : franche, spontanée, simple, mais pas simple à la fois ! C'est un auteur avec beaucoup d'humour mais qui n'a également aucune gêne à aller sur des terrains sombres. Très vite au fur et à mesure de la lecture, on se rend compte de son génie et que l'on est peut-être bien en fait en train de lire de la poésie. Ce livre ne m'aura pas laissé indifférent. À sa fermeture à la dernière page, l'impression d'avoir un trésor en mains.
Le contact initial est assez froid. J'ai bien failli me laisser éconduire. Qui peut blâmer le lecteur de ne pas comprendre tout de suite? Ce n'est pas une manière très habituelle que l'auteur emploie pour nous interpeller... Mais pour peu qu'on porte bien attention aux pépites qui ponctuent ces "nouvelles" et qu'on perce à jour le ton particulier de Dazai, on finit par comprendre vers quoi il nous pointe.
Je suis content d'être entré dans cette oeuvre par cette porte. J'aurais sans doute renoncé à poursuivre un roman qui requière plus d'investissement.
Une lecture très particulière. Dazai a un style bien a lui, on accroche ou pas. Je suis assez perdue sur le fait d'avoir ou non aimé ce que j'ai lu. Je ne rappelle pas d'évènement exact mais plutôt de la sensation de lassitude et de trop plein que Dazai laisse transparaitre.
Ce n'est pas fait pour tout le monde et ce n'est clairement pas à lire dans n'importe quel état d'esprit : il faut être investit, ouvert et attentif sinon je pense qu'on peut facilement passer à côté d'une partie du propos.
Un ensemble textes assurément remarquables, présentés très adroitement par Didier Chiche. C'est juste pas un auteur pour moi, mais ça m'a donné envie de découvrir d'autres classiques de littérature japonaise.
Chaque nouvelle de ce livre nous fait découvrir une facette de l'écriture de Dazai, qui varie de style à chaque page pour satisfaire les goûts de chacun. Un grand auteur !