Dans les failles du béton, dans les craquelures de l’asphalte, une fleur barbelée a pris racine.
Sans vertige du haut des immeubles, et sans peur dans l’ombre des ruelles, les étrangers se lèvent. Ils viennent de nos rêves les plus insensés ou du plus sombre de nos cauchemars. Aigus, affutés, drapés d’altérité et de symboles, armes murmurantes au poing, et infusés tout entiers de cette menace majeure à l’ordre établi des hommes : le glamour. Un enchantement si ancien qu’il frappe de terreur les uns et fait battre à nouveau le cœur lassé et assoupi des autres.
Chez les ̔̔regs̕, on les surnomme changelings, coucous ; on prétend qu’ils ont été abandonnés dans les demeures des hommes par des créatures légendaires, hostiles, sans âme, aux desseins insondables. Mais entre eux, dans les Centres d’internement, les squats dans les replis aveugles des villes et l’enclave de leurs meutes, ils se donnent à eux-mêmes le nom de ‘fay’. Au bout de leur route vers la liberté, et l’accomplissement de leur inaliénable identité, attend Frontier, la cité hors-le-monde, que les Cours de féerie, jadis, appelaient Seuil.
C’est ce périple, et tout autant celui des regs qui leur font face, que narre le premier opus du Dit de Frontier, en douze arcanes tissés de coups de sort, de sang, de feu, et de foudre.
Les textes de ce volume ont été nominés cinq fois aux Prix Merlin et Rosny-Aîné ; le recueil entier a été nominé au Grand Prix de l’Imaginaire et a reçu, en 2005 le Prix Imaginales. Léa Silhol, pionnière de la Fantasy Urbaine, continue depuis à ajouter, pierre à pierre, romans et nouvelles à la citadelle des fay.
Léa Silhol est une romancière, nouvelliste, anthologiste et essayiste française, née en 1967 à Casablanca. Elle a été par ailleurs l'une des fondatrices des éditions de l'Oxymore, directrice littéraire et artistique, attachée de presse, ainsi que musicienne dans le "concept band" Done by Mirrors. Ses univers s'inscrivent dans le champ de la Fantasy Mythique (Le cycle de Vertigen), la Fantasy Urbaine (l'univers des 'Fays' de Frontier), le Cyberpunk (la série Gridlock Coda), le Fantastique, le Réalisme Magique ("Sous le Lierre"), et la littérature expérimentale (La séquence Hyperfocus). Elle vit à l'heure actuelle dans le sud de la France avec sa famille, un chat poseur d'énigmes, et trois lévriers (galgos et podencos) sauvés des massacres en Espagne. Elle y partage son temps entre l'écriture, la musique, et la défense des causes qui lui sont chères.
À l'occasion de la réédition de MDLF... quelques mots sur les différences entre les deux précédentes éditions (L'Oxymore, 2004) : - La couverture, c'est manifeste, est nouvelle. - Les illustrations d'origine ne sont pas présentes dans cette version - Les textes et la postface sont toujours là (relus et corrigés dans les deux cas) - La préface a été remplacée par une introduction de l'auteure - L'ouvrage se termine par une bibliographie complète des textes du "Dit de Frontier".
Ma première découverte de Lea Silhol. Entre mythologie et modernisme, fantastique et dure réalité, l'histoire de rebuts d'une société à la recherche d'un paradis si dur à atteindre. Léa Silhol tisse tout au long de ses nouvelles un mythe à part entière, l'histoire de "nouveaux" changelings apparaissant à l'orée d'un siècle ou tout semble possible. Écriture de voyage, réflexion sur ce qu'est l'homme, sur le besoin d'ailleurs, ainsi que la Frontière cet endroit que l'on recherche sans vraiment savoir par où commencer les recherches. Léa Silhol décrira finalement son paradis, sa nouvelle terre dans l'ultime nouvelle ; un endroit où l'être et la nature font un, enfin.
Le recueil qui m'a fait tomber inéluctablement amoureuse de la prose de Léa Silhol. Comme un coup de poing dont on chérit l'ecchymose. C'est écrit à la pointe du couteau, les mots sont mis à vif et résonnent longtemps en nous. Les personnages sont d'une beauté brute. Décrire le contenu de ce recueil ne lui rendrait pas justice, il faut le vivre. Faites-le.