Dans son roman intitulé Wasurenagusa, Aki Shimazaki nous présente le quatrième volet de sa pentalogie Le poids des secrets. Cette fois-ci, l'histoire concerne les déboires familiaux de Kenji Takahashi avec ses parents.
Membres d'une importante dynastie au Japon, ceux-ci souhaitent que leur fils, récemment divorcé, se trouve une nouvelle femme et puisse avoir un enfant avec elle. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que ce mariage avait foiré parce que leur fils est stérile. Ainsi, devant cet échec de son premier mariage, Kenji s'est réfugié pendant quelques années dans une solitude composée de son métier, puis de relations à court terme avec des prostituées. Un train-train long et morne qui s'est anéanti après sa rencontre avec Mariko, une jeune femme ayant un fils qui s'appelle Yukio. Mais comme cette femme est orpheline et monoparentale, positions sociales très mal perçues par les japonais, c'est sous l'hostilité et les préjugés des parents de Kenji que la romance se corse et devient plus dramatique. Dans un univers d'avant-guerre qui dégénérera bientôt dans une guerre qui aura des conséquences importantes sur l'évolution du pays.
Comme toujours, l'auteure de Wasurenagusa présente son intrigue dans une écriture simple à l'indicatif présent. C'est un roman qui, bien sûr, aborde la guerre et son impact sur la population japonaise, avec même des références sur le tremblement de terre de 1923, mais qui explore aussi les codes sociaux de l'aristocratie japonaise. Notamment ses petits secrets de famille, les frustrations sociales et les intérêts opportunistes des membres de ce genre de dynastie. Ainsi, bien que le récit est romantique, il porte une approche humaniste de par son exploration de la stérilité paternelle dans un système patriarcal dans lequel l'homme se doit de fournir à son épouse un descendant au plus vite pour que la dynastie perpétue.
Dès lors, ce roman ravira les fans de l'auteure, mais aussi ceux qui souhaitent découvrir l'histoire et la culture monarchique du Japon. C'est un livre romantique qui a une atmosphère moins tendue et dure que dans Tsubame, mais qui explore les préjugés sociaux des parents monoparentaux; qu'ils ou elles soient mères ou pères.
Évidemment, la guerre est abordée et on voit même Kenji vivre une période de sa vie en tant que prisonnier politique. Mais au final, cela reste un roman un peu plus léger, voire même nostalgique et mélancholique devant le passé de Kenji avec les femmes qui lui sont chères à son coeur.
Comme bande sonore, vous pouvez toujours écouter sur Spotify des musiques japonaises des années vingt et trente et même des musiques venant des films d'Akira Kurosawa, dont la poésie de ses productions se portent très bien à l'oeuvre d'Aki Shimazaki. D'un autre côté, considérant que de nombreux auteurs voient leurs œuvres adaptées en film ou série télé, je me demande comment les scénaristes verraient l'adaptation des récits de l'auteure Aki Shimazaki tout en travaillant avec les lieux, noms, et objets revenant à multiples reprises dans ses livres. Dans des intrigues toutes différentes les unes des autres, mais qui pourraient être reprochées par certains spectateurs et spectatrices de tomber dans une certaine redondance.
Évidemment, cette critique ne se porte pas sur un film, mais sur un roman. Néanmoins, je note un potentiel cinématographique très pertinent chez l'oeuvre d'Aki Shimazaki. Des textes ayant des images percutantes et des scènes bouleversantes.
Au final, je pense que tous et toutes devraient découvrir Wasurenagusa. Une très belle oeuvre dans la littérature d'Aki Shimazaki. Une écrivaine qui devient appréciée de par le monde entier, et qui mérite une plus grande attention de la part du grand public.