# Propos général
Traité sur la patience, qu'on pourrait définir comme la persévérance dans la souffrance, la douceur face à l'adversité, la maîtrise face aux assauts de la chair, du monde et du malin.
Augustin a un livre du même nom qui est en fait un sermon (cf. [[20201215173310]] Augustin - De Patientia).
# Résumé détaillé
I. Tertullien confesse humblement qu'il parle de la patience comme un malade parle de la santé et non comme quelqu'un qui la possèderait.
II. La patience chrétienne vient de l'exemple divin et n'est pas une indifférence stoïque.
III. Parcourt la vie du Christ pour en souligner toute sa persévérante et douce patience.
IV. Exhortation à suivre l'exemple du Christ comme ses disciples.
V. Le diable, l'homme pécheur et l'Israël incrédule à sa suite nous donnent l'exemple de l'impatience à fuir. "Tout péché a sa source dans l'impatience".
VI. A l'inverse, la patience accompagne toujours les justes.
VII. Toutes les occasions d'impatience ont leur précepte divin pour y répondre. La cupidité est aussi présente dans l'impatience : "L'Esprit du Seigneur a déclaré par la bouche de l'Apôtre, « que la cupidité était la racine de tous les maux. » Mais qu'elle consiste simplement à convoiter le bien d'autrui, ne l'imaginons pas. Ce que nous croyons à nous appartient à autrui. Nous n'avons, en effet, rien en propre. Tout est à Dieu, puisque nos personnes même sont à lui. Ainsi, supporter impatiemment quelque dommage, c'est toucher de bien près à la cupidité, puisque nous regrettons comme quelque chose de personnel un bien étranger. Nous convoitons le bien d'autrui, lorsque nous ressentons avec douleur la perte de ce qui n'est pas à nous."
VIII. La persévérance dans la souffrance.
IX. Il n'est pas même légitime de s'affliger de la mort des chrétiens qui nous sont proches, puisqu'ils jouissent du repos et jouiront de la résurrection. Tertullien a-t-il remarqué que Jésus pleurait la mort d'un ami qu'il allait pourtant réssusciter peu de temps après ?
X. Ne soyons pas non plus vengeur, mais patient. "La vengeance, aux yeux de l'erreur, semble une consolation de l'outrage; aux regards de la vérité, elle n'est que la réaction de la méchanceté. Quelle différence y a-t-il entre l'agresseur et l'offensé, sinon que l'un commet le mal le premier, et l'autre le second ?" Et ne soyons pas incrédules, Dieu est le juste juge : "Et nous, nos intérêts courent-ils quelque risque, remis entre les mains d'un Dieu si équitable dans ses jugements, si puissant dans l'exécution? Pourquoi donc le regardons-nous comme juge, s'il n'est vengeur aussi? C'est la promesse qu'il nous fait dans ces mots: « A moi la vengeance, et je l'exercerai! » c'est-à-dire offrez-moi votre patience, et je vous en récompenserai."
XI. Il y aurait encore bien des situations qui mettent à l'épreuve notre patience.
XII. La patience est nécessaire pour pardonner et rester en paix. L'amour est patient.
XIII. La patience du corps, c'est supporter les jeûnes et les disciplines ainsi que le martyre.
XIV. Exemple d'Ésaïe, Job et des martyres (Augustin prend des exemples similaires dans *De Patientia*).
XV. Exhortation à s'en remettre à Dieu pour la patience : " Il est donc bien vrai que la patience est un dépôt assuré dans les mains de Dieu. Es-tu offensé? confie-lui ton outrage, il te vengera; dépouillé? il se chargera de la restitution; dans la douleur? il sera ton médecin; près de mourir? il te ressuscitera. Admirable privilège de la patience, que d'avoir Dieu pour débiteur! Et certes avec raison: car c'est elle qui protège tous ses décrets; elle qui intervient dans tous ses commandements. La patience fortifie la foi, elle règle la paix, elle soutient la charité, elle cimente l'humilité, elle dispose à la pénitence, elle met le sceau à la confession, elle gouverne la chair, elle maintient l'esprit, elle enchaîne la langue, elle modère la main, elle foule aux pieds les tentations, elle repousse les scandales, elle consomme le martyre. Elle console dans la pauvreté, elle inspire la modération au riche; elle n'accable point celui qui est faible, elle n'épuise point celui qui est fort, elle réjouit le fidèle et attire le Gentil; elle concilie au serviteur la bienveillance du maître, au maître la bienveillance de Dieu. Elle est l'ornement de la femme et l'épreuve de l'homme; on l'aime dans l'enfant; on l'estime dans le jeune homme; on l'honore dans le vieillard: elle est belle dans tous les sexes et à tous les âges."
Magnifique description de la patience sous des traits féminins.
XVI. Éloge de la patience chrétienne et blâme de la patience païenne (Encore quelques similarités avec Augustin, *De Patientia* et *De moribus Ecclesiae Catholicae*).
# Remarques
1) Sur la centralité de la croix : "Je ne dis rien de son crucifiement. Il n'était venu que pour cela." (III.)
2) Sur les animaux : "ils ont été créés par le Seigneur pour nos besoins." (IV.)
3) Le diable aurait voulu séduire l'homme par jalousie du fait que lui ait été soumise toute la création (V.). Cette idée sur la chute de Satan se retrouve dans l'islam. Se retrouve-t-elle aussi dans le judaïsme ? Apparait-elle fréquemment chez les Pères ?
4) À nouveau l'idée que le sermon sur la montagne vient placer des exigences plus hautes que la Loi (VI.) (cf. [[20211217140812]] TERTULLIEN - De la prière, remarque 5 et [[20211213221142]] TERTULLIEN - De la Pénitence, remarque 4).
5) #canon Sur l'inspiration des épîtres de Paul (qu'il reconnaît toutes dans *Contre Marcion*) : "L'Esprit du Seigneur a déclaré par la bouche de l'Apôtre, « que la cupidité était la racine de tous les maux. (VII.)
6) Suppose que les croyants qui meurent sont avec le Christ : "Ces regrets même, il faut les tempérer par la patience. Pourquoi, en effet, t'affliger immodérément du départ de celui que bientôt tu iras rejoindre? D'ailleurs, l'impatience dans ces rencontres est un mauvais présage pour nos espérances, et une prévarication contre la foi; nous outrageons Jésus-Christ, lorsque nous plaignons comme si dignes de pitié ceux qu'il a appelés auprès de lui. « Je souhaite, dit l'Apôtre, de recouvrer ma liberté et d'être avec le Christ. » Leçon admirable qui ne nous apprend que mieux quel doit être le vœu des chrétiens! Si nous voyons avec tant de douleur que les autres soient déjà mis en possession de leur vœu, nous ne voulons donc pas que le nôtre soit accompli?"(IX.)
7) Le martyre est toujours défini comme second baptême : "Et quand arrive l'épreuve de la félicité, quand vient l'heure du second baptême, la patience du corps est le premier degré qui nous fait monter vers le ciel." (XIII.)