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La Comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale

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Avec Taylor, le « père » de l’organisation scientifique du travail, les ouvriers devenaient un rouage passif, astreint à une stricte conformité aux consignes et modes opératoires. Leur travail devait se dérouler indépendamment de leur état d’esprit, de leurs états d’âme et de leurs savoirs.

Le management moderne semble aux antipodes d’une telle orientation. Il clame sa volonté de reconnaître la dimension humaine des salariés, mise sur leur subjectivité, leur personnalité et tend à « psychologiser » les rapports de travail.

Pourtant Danièle Linhart soutient que la logique reste la même : dans les deux cas, s’organise en réalité une disqualification des métiers, de la professionnalité, de l’expérience qui tend à renforcer la domination et le contrôle exercés par les dirigeants. Le résultat est le même : un travail qui perd son sens, qui épuise. Pire encore, le travail moderne précarise subjectivement les salariés, qui, constamment mis à l’épreuve, sont conduits à douter de leur propre valeur et légitimité.

En rapprochant Taylor des managers modernes, l’auteur questionne cette idéologie qui prend de plus en plus de place dans la réalité du travail telle qu’elle se dégage à travers ses propres enquêtes et celles des spécialistes en sciences sociales du travail.

Unknown Binding

First published January 1, 2015

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Danièle Linhart

19 books4 followers

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Displaying 1 - 3 of 3 reviews
Profile Image for Zéro Janvier.
1,729 reviews126 followers
December 14, 2023
Dévorer un livre sur le travail un jour où je ne travaille pas, c'est un comble, non ?

Toujours est-il que dans ce très intéressant essai, la sociologue Danièle Linhart analyse parfaitement les méthodes modernes de management, montre en quoi elles ne sont pas si éloignées qu'elles l'affirment des méthodes tayloristes et fordistes, et comment elles provoquent (volontairement) les mêmes effets : nier et déposséder les employés de leur savoir-faire professionnel, au profit du pouvoir des dirigeants.
Profile Image for Francois Serrano.
5 reviews
July 25, 2020
Publié en 2015, La comédie humaine du travail sous-titré De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale de Danièle Linhart avait fait lors de sa sortie l'objet ici d'un bref article intitulé « Taylorisme et management moderne, même combat » avec interview de l'auteur. De quel combat s'agit-il ? Comme le montre Linhart, l'entreprise est un lieu éminemment politique où se joue et se légitime en permanence le pouvoir managérial dans le lien de subordination des salariés à l'égard de leur employeur et de ses dirigeants. Malgré les discours du management contemporain, qui semblent marquer une nette rupture avec le taylorisme et le fordisme en mettant en avant la valorisation de l'humain dans les organisations, la sociologue perçoit en réalité une continuité historique dans les modalités de la mise au travail capitaliste et la nature de la domination qui en résulte avec son lot de souffrance, de perte de sens, d'aliénation.

L'Américain Taylor (1856-1915), premier consultant en management de l'histoire, ne tolérait pas l'autonomie des travailleurs dans l'organisation de leur travail qu'il observait à une époque où le capitaliste apportait son capital mais ne possédait pas encore la connaissance intime du travail à effectuer. Taylor soupçonnait les ouvriers de flâner dans les ateliers et de ne pas donner leur maximum de productivité, ce qui dans sa rhétorique idéologique affectait la prospérité de l'Amérique. L'organisation dite scientifique du travail qu'il met en place avait in fine pour fonction de déposséder les travailleurs de leur connaissance du travail et de la mettre dans les mains exclusives et centralisatrices de la direction. Chronomètre en main, il analyse et décompose le travail en micro-tâches répétitives et standardisées à une cadence selon lui optimale. Le travailleur n'a plus à penser, la direction planificatrice pense à sa place et prescrit précisément au travailleur les tâches et le temps nécessaire pour les effectuer. En échange de cette augmentation de productivité et de leur soumission totale Taylor, puis Ford (1863-1946, au passage une admiration réciproque avec Hitler) qui invente dans la même veine le travail à la chaine tel qu'illustré au cinéma par Chaplin dans les Temps modernes, promettent aux travailleurs de plus haut salaires et d'en faire de bons consommateurs.

Les temps ont changé mais Linhart montre qu'il existe une continuité fondamentale dans l'idéologie managériale, celle d'attaquer la professionnalité des travailleurs et leur capacité à influer activement sur l'organisation et le contenu de leur travail. Le travailleur contemporain doit de plus en plus se conformer à des procédures, des process, des "bonnes pratiques" décidés en haut lieu et se voit évalué constamment de manière individualisée et atomisée par des indicateurs de performance purement quantitatifs toujours plus pressurisants : la quantophrénie (la maladie de la mesure) contemporaine n'a rien à envier au chronomètre de Taylor. La professionalité des travailleurs - l'expertise, l'expérience, le savoir, les compétences - n'est pas reconnue, est invisibilisée et contrariée par les pratiques de management contemporain néotaylorien qui vident le travail de tout sens.

Ce qui est au contraire mobilisé par les employeurs d'aujourd'hui au service de l'impératif de rentabilité financière, nous dit Linhart, n'est donc pas la professionalité, qui induit potentiellement une distance critique par rapport aux choix des directions, c'est l'humain en chacun de nous dans tout ce qu'il a de complexe mais aussi de fragile : nos désirs, nos rêves, nos peurs, nos émotions, notre besoin de reconnaissance. Le discours managérial psychologisant positionne l'entreprise comme lieu unique de réalisation de soi et du "savoir-être" et l'on attend du salarié un engagement personnel total, toujours en conformité avec les méthodes mises au point par le management, pour qu'il soit un militant inconditionnel de son entreprise. L'engagement total du militaire ou du sportif de haut niveau revient régulièrement comme figure idéale dans ce discours managérial, qui joue au fond sur la corde du narcissisme pour extraire le maximum de productivité de ses travailleurs.

Ce jeu psychologisant est dangereux. Cette négation de la professionalité et cette sur-humanisation du travail laissent au final les salariés douloureusement seuls et démunis dans des organisations où les collectifs de soutien (syndicaux notamment) du passé n'existent plus et qui sont soumises au changement permanent - et psychologiquement précarisant - au nom de l'impératif d'adaptation à l'environnement concurrentiel. On peut se demander avec Linhart si au fond le modèle managérial contemporain n'est pas avant tout pensé pour une main d'oeuvre essentiellement jeune, à l'instar du soldat ou du sportif de haut niveau, qu'il s'agit d'essorer de son énergie psychique dans une promesse, de moins en moins tenue dans le temps, d'accomplissement de soi, et une réalité d'épuisement professionnel.

L'intensification et la mise sous tension néotaylorienne du travail, des missions et des objectifs toujours plus exigeants, le manque de moyens systémique, le changement permanent, des évaluations constantes et arbitraires expliquent très largement la souffrance devenue endémique au travail dans tous les lieux investis par l'idéologie managériale contemporaine. Au lieu de respecter la professionalité des salariés et leur capacité à avoir leur mot à dire dans l'organisation et le contenu du travail, en psychologisant les leviers de productivité, le management moderne psychologise aussi de manière cohérente la souffrance au travail comme pathologie toujours individuelle et offre comme seules ressources des coaches, des lignes vertes, des psychotropes.

J'aurai amplement l'occasion de revenir sur Taylor et l'idéologie managériale que constituait en son temps le taylorisme, bien documentée par ses écrits profondément idéologiques avec le recours à la scientificité et au patriotisme comme sources de légitimation. Il est plus difficile de circonscrire ce en quoi consiste l'idéologie managériale contemporaine faute d'une documentation aussi explicite. A l'instar de la (pseudo)science taylorienne, le management se présente aujourd'hui comme une pratique nécessairement apolitique de techniques neutres visant la rationalisation et l'optimisation des organisations : aucun manager ne situera son discours a priori dans la sphère du politique, mais plutôt davantage sur celui de la rationalité économique qui doit s'imposer à tous comme une évidence. Le concept même d'idéologie managériale peut donc poser question. On voit en revanche ce que signifie l'idéologie néolibérale et dans une large mesure les managers, par leur position sociale, y souscrivent sans doute, mais faut-il aller plus loin ? Linhart fait à de multiples occasion référence à une idéologie managériale mais ne va pas jusqu'à la définir ou la détailler. Elle tente, nous dit-elle (p. 34), dans sa recherche de reconstituer un puzzle et a "le sentiment d'accéder à un fonds commun managérial, à la trame d'une pensée et sensibilité managériale qui constitue le ferment d'une idéologie".
Profile Image for Ietrio.
6,949 reviews24 followers
July 26, 2020
The work of an adult with the brain power of a 6 year old in the candy store. Linhart wants everybody to have what he has, if mommy can pay for candy, than every other child should not be deprived from having a mommy that will buy them candy. Hence, in the world of adults, everybody should have a sinecure where a lazy Linhart-like person would just sleep 8 hours a day and receive a generous paycheck from the government at the end of the month.
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