On m’a offert ce livre il y’a plusieurs années, mais je redoutais un peu de le lire, de peur d’éprouver encore plus de dégoût et d’une sorte de mépris pour l’institution dans laquelle j’étudie. Pourtant, cette lecture m’a beaucoup intéressée.
Dans ce « roman vrai » (JDD), on découvre la complexité du personnage qu’était Richard Descoings (ou Richie, pour toute une génération d’élèves de Sciences Po). Un homme qui souffrait de problèmes de santé mentale, mais qui s’efforçait de s’en cacher. Un acteur de la lutte contre le Sida, devenue une célébrité. Un directeur proche de ses étudiants, mais parfois trop. Un énarque timide devenu un réformateur toujours plus ambitieux pour l’avenir de son école. Un homme qui a longtemps eu du mal à assumer sa sexualité.
On rencontre donc dans cet ouvrage un Richard Descoings qui évolue en tant que personne, en même temps qu’il fait évoluer son école. On apprend ses failles, on reconnaît ses forces… C’est un portrait tout en nuance, qui ne le rend pas plus et pas moins sympathique, mais humain.
Surtout, si ce roman est le portrait du directeur de Sciences Po, il est aussi celui de cette institution. Il symbolise une ère que l’école a connu : celle des changements. Année à l’étranger, procédure CEP, campus délocalisés, professeurs de renom tels que Bruno Latour, création des « Ecoles »… l’organisation actuelle de l’école doit tout à ce travailleur acharné qui a pourtant bien souvent flirté avec les limites pour pousser son école aux plus hauts niveaux, et lui donner la renommée qu’on lui attribue de nos jours.
Non contente de dresser le portrait de Richard Descoings, Raphaëlle Bacqué dépeint aussi les hautes-sphères de la politique française des années 1980 à 2000. Le destin d’anciens élèves de Sciences Po, les relations dans la nomenklatura française, les jeux de pouvoir qui s’exercent au Palais-Royal, à l’Elysée ou rue de Grenelle. On y retrouve des grands noms de la politique, et pas forcément ceux qu’il est agréable de lire : Nicolas Sarkozy, DSK, Valérie Pécresse…
Cette biographie m’a passionnée, mais on peut cependant lui reprocher certains défauts et notamment celui-là : le traitement de l’homosexualité. Le mot « pédé » est utilisé à outrance au début du livre, peut-être pour être fidèle à l’époque, mais c’est finalement assez indigeste. Guillaume Pépy, qui a partagé la vie de Richard Descoings pendant trente ans, et ce malgré son mariage avec Nadia Marik, est désigné à plusieurs reprises comme son « ami ». Enfin, chaque fois que Raphaëlle Bacqué décrit le comportement fantasque et porté sur les excès de cet homme, son homosexualité y est abordée, comme s’il s’agissait d’une transgression, d’une déviance, sans que l’on sache trop si il s’agit du point de vue de la journaliste ou simplement de ce qui transparaissait des discussions qu’elle a eu avec ceux qui l’ont fréquenté.