J'avais peur mais le livre est meilleur que ce à quoi je m'attendais, malgré quelques approximations ("accélérationnisme queer"), analogies douteuses (capitalisme/usage des réseaux sociaux) et chapitres pas très convaincants (celui sur le cringe). Le chapitre qui m'a le plus donné matière à penser est celui sur "l'obsolescence de l'authenticité"
Depuis les années 1970, le critère de l'authenticité est central dans la critique musicale bâtie pour le rock, et progressivement remis en cause par le succès de la pop de dancefloor. La critique a d'abord rejeté cette musique comme inauthentique, secrétant ainsi son déclassement et sa crise ; depuis une trentaine d'années, la critique doit répondre à la question : comment parler de ces objets qui ne correspondent pas à l'idée d'authenticité rock sur lequel la presse musicale a fondé une bonne partie de sa légitimité ?
Ackermann critique ce qu'on pourrait appeler le "paradigme d'authenticité" dans la critique musicale comme inadapté à la pop et difficile à manipuler, ce à quoi je souscris totalement. Sauf que dans son entreprise de défendre l'hyperpop comme tirant sa sincérité de son artificialité même, elle reconstitue en d'autres termes le paradigme de l'authenticité ; l'hyperpop, contrairement à d'autres éléments de la culture (genre les filtres insta... bref), serait intéressante car véhicule pour des émotions, donc sincère. Elle reconstruit là une différence vrai/faux, bien/mauvais en substituant le critère de l'authenticité à celui de sincérité, qui ne me convint vraiment pas plus et laisse la critique dans son impasse.