On n'est jamais content de ses cheveux : Rose, qui a les cheveux crépus, rêve de les avoir lisses. Pour se conformer aux normes sociales, elle sera prête à tout, quitte à gommer son identité métissée. Entre enquête de société et récit de vie, une BD riche et touchante qui parle de sexisme, de racisme, d'héritage et d'acceptation de soi.
Originaire de l'île de la Réunion, Lou Lubie publie son premier roman à dix-huit ans, avant de s'orienter vers la bande dessinée. Ses cinq premiers livres voient le jour chez des éditeurs réunionnais.
Passionnée par les possibilités créatives du numérique, elle fait ses études dans le domaine du jeu vidéo. En 2008, elle fonde le Forum Dessiné, un site communautaire de BD collective improvisée. Toujours actif aujourd'hui, le site a vu défiler 2.600 dessinateurs et près de 300.000 dessins.
Ses albums Goupil ou face – BD de vulgarisation sur la bipolarité – et La Fille dans l’écran – romance dessinée à quatre mains – lui valent une notoriété croissante. En 2021, elle revient avec L’homme de la situation, un thriller psychologique très actuel qui questionne le stéréotype de l’homme fort et protecteur.
C'est pas étonnant que Lou Lubie ait dû préciser à de nombreuses reprises que cette BD n'était pas autobiographique : elle a un don pour "remplir" ses protagonistes, pour les faire exister, leur donner une profondeur. Je me souviens m'être déjà demandé si La fille dans l'écran était en partie auto-(ou)biographique. Non, c'est juste une autrice très douée pour créer des personnages.
Ici, on a affaire à un livre qui, à travers un sujet beaucoup moins trivial qu'il n'y paraît (les cheveux) abordent des questions bien plus importantes comme le sexisme, le racisme, l'identité... je pense que c'est primordial de lire ça, en particulier si tu es "éloigné" de cette problématique. Traduis : plus tu es proche de "homme blanc aux cheveux lisses", plus il faut que tu le lises. Plus tu t'en éloignes et plus le livre va te parler évidemment, plus tu vas avoir une connexion émotionnelle forte au propos mais si tu es un homme blanc aux cheveux lisses, tu apprends à quoi sont confrontés des gens, très nombreux, qui ne sont pas toi. Et c'est méga-important.
Et ça aide de faire ça avec Lou Lubie qui traite tous les sujets qu'elle aborde avec 1. un sérieux et une rigueur qu'on ne peut pas prendre en défaut (elle cite même ses sources en fin de livre) et 2. un humour et une bonne humeur, franchement salvatrice quand on aborde ce genre de sujets (oui, parce que, les sujets en question, on passe par l'esclavage, le colonialisme, les VSS, les troubles psys...). Ce n'est pas un de mes Lou Lubie préférés mais c'est quand même un coup de coeur.
Cette BD est un petit bijou : on apprend tout sur les cheveux et plus particulièrement sur les cheveux crépus ! Lou Lubie nous retrace l’histoire/le problème de sa vie : ses cheveux ou comment arriver à se coiffer. Réunionnaise, créole mais blanche de peau aux cheveux crépus, elle ne supporte pas ses cheveux et rêve des cheveux lisses comme les autres filles de sa classe. La BD retrace son parcours du combattant, de manière humoristique, et toutes les situations cocasses dans lesquelles elle s’est retrouvée pour arriver à dompter ses cheveux. Nous apprendrons donc qu’il existe plusieurs catégories de cheveux, que ceux-ci déterminent souvent nos origines (merci la génétique), qu’ils sont la liaison avec le monde spirituel et donc associés à des croyances (ne pas tresser la nuit pour ne pas mourir jeune par exemple), d’où proviennent les cheveux naturels vendus dans les salons de coiffure (africains ou autres). On remonte au temps de l’esclavage, aux lois qui ont imposé aux esclaves de couvrir leurs cheveux car leurs coiffures étaient trouvées trop fantaisistes par les femmes blanches, aux différentes formes de discrimination que les femmes avec des cheveux crépus subissent tous les jours…
Identité sociale, le cheveu est le sujet phare de cette BD. On pourrait penser s’ennuyer à lire sur un sujet pareil mais que nenni, grâce à l’humour de Lou Lubie.
J’ai envie de donner ce livre à la moi adolescente qui a tant détesté ses cheveux, les reniant avec souffrance, colère, déni et douleur pour enfin arriver à l’acceptation.
C’est un beau bijou qui recense énormément de diktats liés au cheveu crépu/afro, incroyablement sincère et nécessaire.
J’ai vraiment pas les mots pour exprimer à quel point lire l’histoire de Rose m’a touchée, je me suis retrouvée dans chaque page, chaque phrase et chaque événement de sa vie.
Je suis antillaise et j’aime profondément mes cheveux, leur symbolique, toute sa complexité et toutes les manières dont je peux les coiffer.
Je n'aurais jamais pensé un jour trouver par hasard un livre sur un sujet qui semble de prime abord vraiment anodin, mais qui signifie énormément pour moi : les cheveux.
Pour moi comme pour Rose, la protagoniste de cette histoire, mes cheveux sont synonymes de souffrance. En plus de passer des heures depuis l'enfance à tenter de les dompter malgré la douleur, toute la société te montre que des beaux cheveux, ce sont des cheveux lisse et soyeux qui tombent sur les épaules et bougent lorsqu'il y a du vent. Alors naturellement, on grandit en souhaitant à tout prix se réveiller un jour avec les cheveux lisses, et on a honte de se regarder dans un miroir cette "touffe". Mais lorsque l'on est métissé cela va bien plus loin. Ce ne sont pas uniquement ses cheveux que l'on cherche à effacer, ce sont aussi ses racines, ses origines et sa couleur de peau, toutes ces choses que la simple forme de nos cheveux nous renvoie. Alors on les cache, on tresse, on lisse, on défrise à coup de produits chimiques même si ça brûle le crâne et que cela détruit nos cheveux et notre santé, on dépense encore et encore dans des produits et dans des salons de coiffure. Tout le monde trouve ça plus joli, plus propre, plus ordonné, et on ne souffre plus, on gagne du temps, alors on est convaincu que c'est pour le mieux. Et un jour, on réalise qu'on a fui. On se rend compte de ses erreurs. On décide d'essayer d'accepter qui on est. Cela prend du temps, il faut assumer les regards, les remarques, de souffrir à nouveau dans la salle de bain pendant des heures. Mais finalement, on se sent mieux d'être soi-même, de libérer ses cheveux lourds de sens. Et on en est fière.
J'ai été profondément touchée de réaliser à travers cette lecture que oui, se sont bien plus que des cheveux, et non, je ne suis pas la seule à avoir vécu toutes ces problématiques. Ça m'a fait du bien de pouvoir poser des mots sur tout cela.
On apprend aussi beaucoup grâce à ce livre. Sur l'histoire du cheveu afro, sur la situation actuelle à travers des études et des chiffres que j'ignorais totalement. C'est très bien amené, très bien documenté. Je pense que c'est important que toute personne qu'elle possède des cheveux frisés, crépus ou non soit au courant de cela. Les gens ne porteraient pas le même regard et ne se comporteraient pas de la même façon vis à vis des cheveux. On en apprend aussi sur la culture de Réunion, d'où est originaire l'autrice.
Cette lecture m'a donné envie de me réapproprier davantage mes cheveux. De continuer à me renseigner. Je ne suis encore qu'au début du processus d'acceptation...
Encore une pépite de Lou Lubie ! comme d’hab c’est hyper clair, intéressant, documenté et droit au but. J’ai appris énormément de choses et quand on ferme la BD on veut en savoir encore plus !! Bravo !!
Ce livre me faisait de l’œil depuis sa sortie, et surtout avec les extraits de j’avais pu lire.
Et… Bah c’est un roman graphique à lire.
C’est le genre de lecture où on apprend, qui est très riche en référence, en mention historique et qui est incroyable pour comprendre.
Il y avait plusieurs éléments que je connaissais mais j’ai appris beaucoup et surtout je n’avais pas conscience à quel point c’était complexe et le cheminement de beaucoup de personnes ayant les cheveux crépus.
J’ai vraiment adoré ce beau récit de vie, je le recommande déjà à mes proches car j’estime que c’est le genre de romans graphique à lire et à faire découvrir au plus grand nombre !
"Je suis trop crépue pour être blanche, et trop claire pour être noire" Je résumerais ma lecture avec cette citation.
Lou Lubie nous parle principalement des discriminations envers les femmes, les personnes noires et les femmes noires. Elle analyse l'évolution des regards envers les cheveux texturés et les noirs depuis la colonisation jusqu'au XXIe siècle. Avec un regard moderne et féministe, elle dénonce aussi de nombreux sujets de société qui font réfléchir tels que les raisons de la dysmorphophobie, la taxe rose et le racisme, évidemment.
Un récit touchant enrichi par des notions historiques, des explications scientifiques et des études sociologiques... Un livre complet en tout point ! Je recommande à tout le monde ! Et particulièrement à celleux qui ne se sentiraient pas à leur place.
Je n’ai pas venu venir le moment où un livre sur les cheveux pourrait autant me plaire. J’y suis allé parce que j’avais adoré Et à la fin ils meurent par la même auteure. On retrouve ici le même ton drôle, amer, politique, féministe, antiraciste, mais cette fois au service d’un livre intime. La question du cheveu (les explications sont passionnantes) permet de questionner les normes de beauté qui s’imposent aux femmes, mais aussi notre rapport (en tant que société) aux coupes qui ne rentrent pas dans la « norme », et le sous-jacent raciste qui s’ensuit. L’analyse est très intéressante et touche juste en faisant naitre une juste colère mais qui n’est jamais attisée en haine. Tout cela est déjà très bien mais le plus intéressant est dans le récit personnel. En n’acceptant pas la nature de ses cheveux, et en se cherchant capillairement, c’est l’acceptation de sa propre culture et d’elle-même que l’auteure questionne. J’ai trouvé cette partie particulièrement touchante. Une énorme réussite donc qui donne envie de creuser le reste de la biblio de l’auteure
Un magnifique récit, comme toujours chez Lou Lubie, à la croisée de la fiction et du journalisme. Le lecteur grandit avec la personnage et la société et apprend à comprendre cette discrimination méconnue. A lire de toute urgence !
En tant que métisse (à la peau très blanche) antillaise-espagnole, j'aime toujours les histoires de personnes qui apprennent petit à petit à accepter et aimer les choses qui les rendent différentes mais qui font partie d'elles. J'ai ressenti beaucoup des émotions que Rose décrit, notamment dans son enfance, concernant sa manière de voir ses cheveux. J'ai passé environ la moitié de ma vie avec mes cheveux dans deux tresses, un halo de petits cheveux autour de mon front que je détestais. Heureusement pour moi, ma mère a toujours été très fière de ses propres cheveux (plus crépus que les miens) et m'a toujours montré un bon exemple, vu qu'elle a essayé plein de styles différents et a rarement fait appel au défrisage. Donc je n'ai jamais vraiment eu l'idée que mes cheveux étaient laids, mais le côté encombrant et compliqué était bien là. C'est difficile d'être une enfant, d'avoir des traits ethniques variés et d'avoir l'impression de ne ressembler ou d'appartenir à aucune culture. C'est très mauvais pour la confiance en soi.
J'aime beaucoup les parties plus informatives que Lou ajoute en mini-bds dans certaines parties de l'histoire. Pare exemple le contexte de l'histoire de la Réunion et l'évolution de la vision des cheveux frisés ou crépus par la société, c'est toujours très intéressants d'en apprendre plus sur les raisons des préjudices qui existent encore aujourd'hui dans les milieux culturels et de travail.
Aujourd'hui, comme Rose, je suis plus appréciative de mes cheveux en général, mais je compatis beaucoup avec les sentiments de non-appartenance à une culture ou à une autre, basé sur une chose qui semble aussi insignifiante que les cheveux.
Un livre parfait pour se rabibocher avec son métissage et ce qu'il t'offre par la même occasion : le problème d'avoir des cheveux bouclés/crépus et la galère que c'est pour les aimer et en prendre soin. Vouloir plaire à tout prix aux autres ou juste s'assumer et s'aimer tel qu'on est ?
Étant métisse, j'ai le même problème que Rose : accepter mes cheveux tels que je les ai reçu à ma naissance. Et j'avoue, qu'après la lecture de ce livre, je prends enfin conscience de leur incroyable histoire et de tout ce qu'ils ont traversé afin d'arriver jusqu'à moi. Il ne tient plus qu'à moi d'en prendre soin et de les aimer.
Ça pourrait être l'histoire d'une fille qui dépense des fortunes pour se faire lisser les cheveux. Mais ce récit transcende allègrement son sujet initial pour nous amener sur plein de thématiques : esclavagisme, poids de l'histoire, racisme, histoire de La Réunion, préjugés, intégration, place de la femme, sexisme... Le tout est extrêmement documenté, de la structure du cheveu à l'économie parallèle représentée par les salons de coiffure africain dans la Goutte d'Or. Le tout avec un dessin plaisant, des caractères (petites majuscules) qui fluidifiant la lecture et des touches humoristiques et émotionnelles savamment dosées. Gros coup de coeur de ce début d'année.
La force politique des cheveux est déjà bien connue, mais ce livre y apporte un point de vue autobiographique et l'ancre à la fois à une histoire personnelle et à l'Histoire. Bien vulgarisé et assez prenant.
Quel bonheur de savoir que beaucoup de personnes seront éduquées vis-à-vis d'un sujet si important mais trop souvent souvent oublié.
Lorsque tout milieu parle de corps comme existence politique, on a tendance à oublier le facteur cheveux.
Merci à Lou Lubie de l'avoir mis en avant, avec des recherches, des sources, des exemples, tout ce qu'il faut pour comprendre. Sans oublier style graphique toujours aussi plaisant ~
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INCROYABLE j’ai pleuré oui. de grosses larmes dans la bibliothèque. un livre qui parle de la nature des cheveux pour ceux qui sont crépus, et le racisme que ces cheveux subissent
J’ai vraiment adoré cette lecture. Le format BD donne un aspect encore plus concret aux explications faites dans ce livre et permettent de mieux se rendre compte des difficultés que peuvent rencontrer les personnes aux cheveux texturés et notamment les femmes.
ayant fait une recherche universitaire sur cette thématique (et d’autres : la langue et la peau) le travail de vulgarisation, à la limite de l’autobiographique, de Lou Lubie me parle beaucoup ! j’aurais aimé encore + d’analyses socio (même dans certains détails comme la situation politique et économique à la réunion actuellement, je trouve qu’elle édulcore un peu trop la vie chère et le néo-colonialisme notamment) et que ça soit + vulgarisé (j’adore les références académiques, mais je trouve que ça casse un peu le rythme narratif, même si je sais que c’est pour venir combler une demande de « légitimité » des propos) en tout cas c’est une belle réussite dans l’ensemble, ça m’a touchée !
Comme je m'y attendais de la part de Lou Lubie, c'est une histoire qui brille par son intelligence et son humour. La vie de cette jeune fille retrace le cours du temps à travers les prismes du racisme et du sexisme capillaires d'une part, mais aussi la discrimination dans sa forme la plus cristallisée et banalisée. Une merveille ✨.
Encore une belle découverte avec cette autrice que j'aime beaucoup (sujets, dessins, humour etc). Arriver à parler d'autant de choses avec pour point de depart ses cheveux c'est fort, j'ai adoré.