Cet ouvrage m'a été offert par mon prof de français en seconde, M. Brelaz. J'ai mis 10 ans à m'y plonger.
"Toute cette détresse que vous ramassez en un point est égrenée sur la route du temps; c'est le malheur de cet instant qui va porter l'instant suivant. Un homme vieux, ce n'est pas un homme jeune qui souffre de la vieillesse; un homme qui meurt ce n'est pas un vivant qui meurt.
C'est pourquoi il n'y a que les vivants qui soient atteints par la mort, que les heureux qui conçoivent le poids de l'infortune; et, pour tout dire, on peut être plus sensible aux maux ď'autrui qu'à ses propres maux, et sans hypocrisie.De là un faux jugement sur la vie, qui empoisonne la vie, si l'on n'y prend garde. I faut penser le réel présent de toutes ses forces, par science vraie, au lieu de jouer la tragédie."
"On peut prédire à un joueur qu'il jouera, un avare qu'il entassera, un ambitieux qu'il briguera. Même sans sorcier nous nous jetons une espèce de sort à nous-mêmes, disant : < Je suis ainsi; je n'y peux rien.> C'est encore un vertige, et qui fait aussi réussir les prédictions. Si l'on connaissait bien le changement continuel autour de nous, la variété et la floraison continuelle des petites causes, ce serait assez pour ne pas se faire un destin. Lisez Gil Blas; c'est un livre sans gravité, où l'on apprend qu'il ne faut compter ni sur la bonne fortune ni sur la mauvaise, mais jeter du l'est et se laisser porter au vent. Nos fautes périssent avant nous; ne les gardons point en momies."
"Au mélancolique je n'ai qu'une chose à dire: .Regarde au loin. Presque toujours le mélancolique est un homme qui lit trop. L'ceil humain n'est point fait pour cette distance; c'est aux grands espaces qu'il se repose. Quand vous regardez les étoiles ou l'horizon de la mer, votre oeil est tout à fait détendu; si l'œil est détendu, la tête est libre."
"Celui qui pense à son passé ou A). son avenir ne peut pas étre heureux tout à fait. Tant qu'on porte le poids des choses, il faut être heureux ou périr; mais dès qu on porte, en inquiétude, le poids de soi, tout chemin est rude. Le passé et l'avenir frottent dur sur la route."
" l'homme content, s'il est seul oublie bientôt qu'il est content, toute sa joie est bientôt endormie;il en arrive à une espèce de stupidité et presque d'insensibilité. Le sentiment intérieur a besoin de mouverents extérieurs.
C'est ainsi qu'il faut une espèce de mise en train pour éveiller la joie. Lorsque le Petit enfant rit pour la première fois, son rire n'exprime rien du tout; il ne rit pas parce qu'il est heureux; je dirais plutôt qu I est heureux parce qu' I rit; il a du plaisir à rire, comme il faut d'abord qui/, mange. Cela en a à manger;1 mais n'est pas vrai seulement pour le rire; on a besoin aussi de paroles pour savoir ce que l'on pense. Tant qu on est seul on ne peut être soi. Les nigauds de moralistes disent qu'aimer c'est s'oublier; vue trop simple; plus on sort de soi-même et plus on est soi-même; mieux aussi on se sent vivre."
"Venons au sérieux. Je vous souhaite la bonne humeur. Voilà ce qu'il faudrait offrir et recevoir. Voilà la vraie politesse qui enrichit tout le monde, et d'abord celui qui donne. Voilà le trésor qui se multiplie par l'echange. On peut le semer le long des rues, dans les tramways, dans les kiosques journaux; il ne s'en perdra pas un atome.
"Dès qu'un homme cherche I bonheur, i I est condamné à ne pas le trouver, et il n'y a point de mystère là-dedans. Le bonheur n'est pas comme cet objet en vitrine, que vous pouvez choisir, payer, em- porter; si vous l'avez bien regardé, il sera bleu ou rouge chez vous comme dans la vitrine. Tandis que le bonheur n'est bonheur que quand vous le tenez; si vous le cherchez dans le monde, hors de vous-même, jamais rien n'aura l'aspect du bonheur. En somme on ne peut ni raisonner ni prévoir au sujet du bonheur."
"Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne lont pas cherchée."