Coup de coeur ❤️
Un univers envoûtant et poétique
maginez un manoir isolé du monde, où la nature semble chuchoter aux âmes sensibles. Une atmosphère de dark cottagecore, teintée de green academia, où la science et la poésie s’entrelacent. La faune et la flore y sont observées avec une précision presque sacrée, conférant au récit une aura onirique et contemplative. Quel délice !
L’univers s’étire et se transforme. Du huis clos du manoir, nous passons à l’immensité d’un vaisseau flottant, avant d’atteindre la luxuriance d’une jungle. Chaque décor insuffle une atmosphère propre, tissée de mystère et d’émerveillement.
Une intrigue captivante
Le récit alterne entre deux points de vue, ceux d’Erèbe et de Cécilie, tissant une histoire où une douceur latente s'intensifie peu à peu. D’abord, une romance feutrée dans un cadre qui évoque un roman historique, imprégné d’une atmosphère lourde de secrets et de silences, où plane l’ombre des blessures passées. Puis vient l’aventure, l’exploration, et avec elle des dilemmes moraux : les jeux de pouvoir, la quête de vérité.
Mais ce qui rend cette intrigue si prenante, c’est ce mystère omniprésent. Pourquoi Erèbe vit-il reclus ? Quel traumatisme le retient prisonnier ? Les réponses s’effeuillent lentement, maintenant une tension délicieuse qui m’a tenue en haleine du début à la fin.
Des personnages profondément humains
Si Emblèmes a été un coup de cœur, c’est avant tout pour ses personnages. Cécilie, d’abord, imparfaite et vibrante. Son désir d’émancipation dans une société misogyne et sexiste qui l’étouffe, son ambition teintée d’égoïsme, sa force parfois tranchante… Elle ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais je l’ai aimée pour ses nuances, pour son humanité brute.
Et puis, il y a Erèbe. Pfiou. Erèbe, si doux, si fragile sous ses silences. Son empathie débordante, sa mélancolie diffuse, son besoin d’être aimé et de se reconstruire… J’ai voulu le protéger, comme on voudrait protéger un rayon de lumière vacillant dans l’ombre.
Un lien d’une délicate alchimie
Loin des clichés du enemies to lovers souvent présent dans le trope du mariage arrangé, la relation entre Erèbe et Cécilie repose sur une compréhension mutuelle, un désir sincère de se découvrir. Ils sont mal assortis et pourtant… ils se complètent d’une manière bouleversante. Chaque conversation, chaque geste, chaque regard entre eux m’a serré le cœur.
Erèbe idéalise t-il l'amour face à son désespoir d'être aimé ? Cécilie finira-t-elle par fuir pour sa quête d'indépendance ? Leur lien oscille sans cesse entre fragilité et évidence, et c’est cette incertitude, cette tension sous-jacente, qui m’a profondément émue.
Une représentation précieuse de l’anxiété
Peu de romans abordent l’anxiété et le trauma avec autant de justesse. Erèbe souffre de troubles anxieux et de stress post-traumatique, et jamais son mal-être n’est exagéré ou caricaturé. Il y a ces angoisses silencieuses, ces crises invisibles, cette peur diffuse qui s’insinue jusque dans les nuits.
La justesse de cette représentation m’a profondément touchée, au point de raviver certains échos de mon propre trouble anxieux. Pourtant, loin de me déranger, cela a été une expérience presque cathartique. Voir une approche thérapeutique en fantasy est rare, et encore plus lorsqu’il s’agit de l’EMDR*, une méthode qui m’est familière. Ce genre de représentation est d’une valeur inestimable. Merci, Ina Siel, pour cette sincérité et cette finesse.
Un livre qui laisse une trace
Lire Emblèmes, c’est traverser un tourbillon d’émotions. C’est être éblouie par la beauté d’un univers, chavirer devant la complexité des personnages, retenir son souffle à chaque révélation. Ce livre m’a drainée, bouleversée. Et il mérite d’être découvert, aimé, chéri. Alors, lisez-le. Laissez-vous happer. Vous n’en ressortirez pas indemne.
*L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est méthode de thérapie par stimulation sensorielle qui procède à des mouvements droite-gauche avec les yeux et/ou des tapotements sur les genoux pour traiter les troubles du stress post-traumatique et est reconnue par des instances comme l’OMS